Une photographie de Yann Beauson

 

   PASSAGES...

de Renée Laurentine


Passages

Sommaire

Passages             
 Un grand fleuve y passe
                                  et passe encore
 flâne entre les quais ombreux
                                  traverse la ville
 au long d’autres berges musarde
              entre herbages et rocs
                                              traverse la ville 
 se mêle à des eaux campagnardes
                                    les emmène au loin
 là-bas vers quelque polder
 et se jette dans la mer
                                    s’y jette encore
                                                et encore
               sans cesse renouvelé
                                    s’y jette encore…
                                            **

 Je passe ici moi-même
                         je ne fais que passer
 sans savoir où me mène
 la flânerie sur les quais
            ou dans la campagne éblouie
 Mais il a tort, Apollinaire:
                                   c’est moi qui passe
 et c’est l’eau qui demeure.
Revivre l’oublié             
               Naissance de l’herbe
                                      de l’agneau 
                          vol quaternaire de l’oiseau:
 un ancien jardin renaît de ses cendres.
               Naissance de l’arbre
                                     de l’atome
 première luminosité
                       premier geste
                       première terre
                Revivre l’oublié…
 Le fil de trame à jamais cassé
                        puisque tout casse
 L’antique soleil à jamais lassé
                        puisque tout lasse
              Tout est passé
               tout passe
              Revivre est ce passage
                                    vers l’oublié.
  
               
Ton absence             
 Ton empreinte est ici
 Les objets conservent ton silence
               et ne parlent que par signes
 La pluie a succédé aux neiges de Carnaval
               La terre est hivernale,
               imprégnée des mots
               que personne ne prononce.
 Ton absence est ici,
 la trace de ton pas hésitant
 et le frôlement de tes doigts,
 tout cela reste à peine.
 Il se tisse une absence de toi
 parmi ce que tu aimais,
 ce que tu avais assemblé pour vivre,
             vivre un instant de mort différée…
 Ton passage est ici
 Les objets jalonnent ton chemin d’ombre,
               il reste un parfum de verveine
                          mais à peine…
 Il reste ton absence.
             

Renée Laurentine