Une photographie de Catherine Merdy

Fleurs de bitume

de Lucie Petit

La nuit

Sommaire

mais, tu le sais, les villes n'aiment guère les roses
et les fleurs de bitume surgissent dans leur espace

Gaston Compère - le torticolis de la girafe

Les fleurs de bitume n'ont pas besoin de lumière.
Elles fleurissent la nuit et préfèrent les néons.
Les néons font de jolies enseignes de toutes les couleurs qui clignotent aux façades noires des villes. Les espaces des villes ne connaissent pas les roses. Ils connaissent les filles de joie qui arpentent le bitume sur leurs hauts talons aux lèvres rouges. Mais, tu le sais, les néons verts les rendent maladives comme une rose dans la ville.
Les lèvres rouges attirent le client,
le client qui plonge dans le décolleté, dans le décolleté de la rue. Le client rêve déjà à son plaisir. Il se fout de la fille et de la rose rouge piquée dans son décolleté, avec sa courte jupe verte, ses bas noirs, ses lèvres rouges comme une rose, une rose de ville violente et vulgaire, sensuelle et attirante.
Les roses roses mousseuses, doucement parfumées comme une armoire de grand-mère, se cachent dans les jardins de campagne, les jardins de curé bien rangés, les jardins de curé qui font semblant de ne pas connaître les fleurs de bitume
celles qu'on voit la nuit sous les néons roses ou verts ...
la nuit, les jardins de curé ferment les yeux.