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mais, tu le sais, les villes
n'aiment guère les roses
et les fleurs de bitume surgissent dans leur espace
Gaston Compère - le torticolis de la girafe
Les fleurs de bitume n'ont pas besoin de lumière.
Elles fleurissent la nuit et préfèrent les néons.
Les néons font de jolies enseignes de toutes les couleurs
qui clignotent aux façades noires des villes. Les espaces
des villes ne connaissent pas les roses. Ils connaissent les filles
de joie qui arpentent le bitume sur leurs hauts talons aux lèvres
rouges. Mais, tu le sais, les néons verts les rendent maladives
comme une rose dans la ville.
Les lèvres rouges attirent le client,
le client qui plonge dans le décolleté, dans le décolleté
de la rue. Le client rêve déjà à son
plaisir. Il se fout de la fille et de la rose rouge piquée
dans son décolleté, avec sa courte jupe verte, ses
bas noirs, ses lèvres rouges comme une rose, une rose de
ville violente et vulgaire, sensuelle et attirante.
Les roses roses mousseuses, doucement parfumées comme une
armoire de grand-mère, se cachent dans les jardins de campagne,
les jardins de curé bien rangés, les jardins de curé
qui font semblant de ne pas connaître les fleurs de bitume
celles qu'on voit la nuit sous les néons roses
ou verts ...
la nuit, les jardins de curé ferment les yeux.
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