Une toile de Yfig

Le jeu

par Cléo Thallie

La mer, amère ?

Sommaire

 

Savoir regarder, c'est savoir aimer.

La mer s'avançait en vagues pas de danse. Le sable, froid, glacial brûlait les traces des promeneurs d'hiver. Au large des regards, le bateau peignait un sillage d'écume, ligne coton, mousse à raser d'un Dieu étourdi.

Au ciel, les oiseaux rares couraient leur marathon céleste. La brume, née dans le matin, piégée entre nuages et océan, jouait à barbouiller la toile maritime.

Plus loin, un gamin dévalait des roulades de dune, tournoyant dans l'érosion d'une terre noyée, vestige d'un combat entre pierres et vent. L'air avait pris cette distance humide, imprégné des histoires d'embrun.

Les coquillages tintaient dans le seau de l'enfant qui en avait fini de ses pirouettes sablées. Il courait maintenant au devant des ruades Neptune, joyeux dans l'innocence d'un temps qui n'en finit pas, sourd au vent glacé qui tourmentait ses oreilles offertes aux frissons de l'hiver.

Son corps jouait des hésitations océanes, tantôt bravant la vague bondissante, tantôt fuyant les assauts de la bête. Ses rires défiaient l'animal ondulant qui lançaient ses bras Vishnu, à la poursuite de ces petites jambes qui titillaient son orgueil de monstre.

Au seuil de l'univers, je regardais l'enfant.

Dans l'air salé de ce mois de décembre, j'imaginais la lutte entre les hommes, les chants guerriers, l'agonie des forêts et je songeais à cet enfant qui tenait, dans ses jeux, le monde à ses genoux.