Une affiche de Stéphane Popu

En attendant demain

de Marine Desreve

Mémoire

Sommaire

 


De mes pieds à mes cils voyagent des herbes sèches, du basalte éreinté, des maisons en chantier,
De mes lèvres à mes hanches raisonnent des portes claquées, des tuiles
dégrafées, cris de chats étouffés.

A mon cou pendent des gouttes de rosée, des violettes irisées,
Elles me forment des colliers de chemins tortueux
Je me vois de profil dans leur galbe argenté,
Decline mon sourire vert, ocre c'est selon

Je me fais des grimaces de quatre ou de huit ans,
est-ce le même cristal? la même source peut-etre,
Dans cette goutte je pleurai, elle glissait sur la vitre,
D'abord calme accrochée, puis surchargée de peine,
Elle dévalait d'une traite mes idées fixes et fières.

Sur son passage d'autres gouttes, elle les mange âprement
Une larme, une autre, des rivières en fenetre, des fleuves sur les poignées, lacs bleus sur mes cahiers.
L'ancre s'affole et pleure par compassion.

Une larme, une étincelle brillent par transparence sur la nuit noire,
Mon oeil fait des comètes,
Vogue à califourchon entre siècles et étoiles,
Sur une poussière spatiale, un pissenlit soufflé.

Un bouton d'or coule entre trois soleils,
Les quatre flammes du trèfle se trouvent dissociées.

Mais je sens dans ma main tes quatre doigts pliés,
Ils escaladent et dansent sur la cime de mes songes,
Ils remontent doucement, se font très très légers
Puis s'endorment sous ma nuque, mêlés à mes cheveux.

Dans des ronds de pensées passent mes avenirs fumés,
Au fond du lait bouilli se déchiffrent mes destins,
Déjà je sais lire
Bientot peut-etre écrire
Dans l'attente je m'endors.
Les rais de lumière de mes exploits futurs
Rejoignent les violons qui secouent mes ténèbres.

Marine Desreve