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Une photographie de Catherine Merdy |
| Le feu et l'eau par Catherine Raucy |
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A priori, le feu ne m'inspire guère, moins que l'eau ou que la terre. En tout cas pas comme feu, danger, passion: trop étrangers à ma nature, peut-être. Pourtant, quand j'étais enfant, je pouvais passer des heures dans le sous-sol de la maison, à la chaufferie, devant la chaudière ouverte. Le spectacle de ce feu reclus, rougeoyant dans l'ombre de la cave, dans le ventre d'un bloc de fonte, me fascinait. J'aimais la vie des flammes, sans cesse changeante, leur mouvement, leur ronflement. De temps à autre, j'y jetais un papier, un lambeau de journal, une feuille roulée en boule, juste pour voir les couleurs, la flamme qui s'intensifiait, plus claire, parfois colorée de bleu ou de vert, le retour à cette espèce d'agitation calme, le rougeoiement des boulets de charbon dont la forme se devinait encore longtemps, pouvait se toucher du regard, alors même que la sensation tactile était désormais interdite. Ma mère n'appréciait pas ce passe-temps, elle me grondait quand elle me trouvait là, alors qu'une grande salle de jeu, quelques pas plus loin, était à ma disposition. Mais je continuais à y aller, à la dérobée: l'endroit me plaisait, non parce que c'était dangereux, mais parce qu'il était mal vu, que son intérêt à mes yeux n'était pas compris, que c'était, dans l'usage saugrenu que j'en faisais, un lieu à moi. Plus tard, j'ai connu les mêmes sensations avec les prés du Morvan où je me promenais toute seule, ni vue, ni connue, en sautant les barrières et en me racontant des histoires. Depuis, j'ai allumé des feux de bois, j'ai regardé les flammes. Mais les sensations
les plus proches de celles que j'éprouvais dans ma cave sont celles que je ressens en
écoutant le bruit de l'eau, d'une fontaine, d'une rivière, la sensation d'un mouvement
ininterrompu, sans cesse renouvelé, comme une fugitive rencontre avec le cosmique. Ou,
dans un tout autre ordre de durée, celles que j'éprouve en guettant les fleurs de mon
jardin, leur poussée, leur éclosion lente et sure: le mouvement du feu et de l'eau, au
ralenti, la subtile et patiente combinaison de la vie, de la pluie et du soleil. |
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Catherine Raucy |
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