Petit-Paul est malade
; il a de la fièvre, beaucoup de fièvre. Petit-Paul
est inquiet, car bientôt c'est Noël et il a du chagrin
à l'idée de rester au lit encore plusieurs jours.
Petit-Paul a pris froid à l'école car ces jours-ci
le chauffage central est tombé en panne dans les salles de
classes.
Ce matin le facteur, Monsieur François, est venu proposer
ses calendriers à tous les voisins ; sa maman n'a pas voulu
choisir parmi la pile de calendriers tous plus beaux les uns que
les autres. Elle est allée dans la chambre de Petit-Paul
avec le facteur et c'est Petit-Paul qui a choisi ; il a pris un
calendrier avec sur la couverture deux chats, un blanc et un gros
noir et puis aussi derrières ces deux chats un chien noir
et blanc, un ratier sûrement. Une fois reparti, la maman et
le facteur, il a ouvert le calendrier et a lu la liste des départements,
la population des villes, les horaires des marées, tous ces
renseignements bien utiles mais qui sont bien fatiguants pour un
petit garçon de huit ans et qui a une bonne bronchite avec
de la fièvre
Après un court moment, il s'est assoupi, le calendrier grand
ouvert dans ses bras.
Gros Patouf est un bon
gros chat noir à la bouille toute ronde. Il était
venu, un jour, comme ça, de quelque part, on ne sait d'où,
peut-être des voisins en haut du village qui étaient
réputés pour avoir plusieurs nichées de chats
dont ils ne savaient que faire et malgré cette origine incertaine
il fut adopté aussitôt par toute la famille et surtout
par Petit-Paul et aussi par la maman qui aimait bien les chats.
En fait, il avait été adopté par tous excepté
par la chatte blanche qui répondait au doux nom de Mélody
laquelle ne voulut jamais laisser un brin de son territoire à
cet intrus et dès qu'elle le voyait descendre de la fenêtre
quand la maman lui ouvrait, non seulement elle le toisait mais souvent
elle allait jusqu'à lui souffler dessus tout en faisant mine
de le griffer avec sa patte avant. Il y avait aussi le chien de
la grand-mère, Rita qu'elle s'appelait, c'était une
chienne, une ratière qui coursait les chats, c'était
son malin plaisir à cette chienne, alors, quand elle vit
Gros Patouf venir s'intégrer à la famille animale,
elle grogna bien un petit peu, mais pas trop et avec le temps les
choses semblèrent s'arranger
Cela faisait à peine une semaine que Gros Patouf avait été
hébergé dans la famille que la maman et aussi Petit-Paul
s'aperçurent qu'il avait beaucoup maigri, il n'avait plus
d'allant, il restait de longs moments immobile, le regard fixe,
droit sur ses pattes de devant. Il était comme devenu un
très vieux pépé chat !
Le vétérinaire vint à son secours, il fallut
l'emmener à son cabinet, il lui fit une prise de sang pour
savoir s'il n'avait aucune maladie grave, il ordonna des antibiotiques
et une nourriture appropriée.
Après ce bon traitement, il reprit des forces, quelques kilos
et son dynamisme revint. Malgré les gros câlins qu'il
pouvait faire à tous moments, ce chat avait un vilain défaut
: il volait. Le ventre plein, il continuait à voler. Tout
ce qu'il trouvait et qui se mangeait, il le volait. Il allait jusqu'à
ouvrit la porte du frigidaire
mais le froid le faisait reculer et
il s'en allait sans rien prendre. Même les punitions de la
maman, de plus en plus lourdes, le laissaient indifférent
: quand on le grondait, il relevait la tête, ses yeux verts
droit devant lui à attendre que cela se passe ! Et le lendemain,
il recommençait de plus belle !
Mélody, superbe dans sa fourrure blanche le surveillait du
haut du radiateur bien chaud et douillet à cette époque
de l'année et ne comprenait pas les vilaines manières
de ce gros Patouf, elle si délicate, ne mangeant que ses
croquettes diététiques achetées exclusivement
chez les vétérinaires !
Avec le temps toute la petite troupe, au fil des jours, semblait
s'accommoder les uns aux autres sous la surveillance tantôt
bienveillante tantôt grogneuse de Rita la chienne.
Comme on approchait de Noël, la maman acheta quantité
de bonnes choses pour le réveillon, de la viande, du poisson,
du chocolat, plein de gâteries qui faisaient saliver tout
le monde et c'est à ce moment-là que le drame arriva.
Gros Patouf ne put réfréner ses mauvais instincts,
il faut dire aussi que la maman avait oublié sur la petite
table de la cuisine tout un morceau de poisson fraîchement
acheté, c'était trop pour lui, il grimpa sur la table,
déchiqueta le papier et s'enfuit avec dans la gueule une
bonne partie du poisson. La maman furieuse, cria très fort,
lui donna une bonne correction, le jeta dehors et le menaça
de toutes les sanctions possibles. Gros Patouf s'enfuit, penaud
et disparut dans le jardin.
Le lendemain, la neige en abondance se mit à tomber, à
gros flocons et les rues, les jardins, se recouvrirent d'un épais
manteau blanc en quelques heures. Gros Patouf n'était toujours
pas revenu. Petit-Paul était malheureux de cette situation,
comment faire pour qu'il revienne à la maison passer les
fêtes de Noël avec toute la famille, avec Mélody
et Rita ?
Il n'hésita pas à sortir dans la neige au risque de
prendre froid, il appela de toutes ses forces : " Gros Patouf
! Gros Patouf ", rien n'y fit, il demeurait introuvable. Le
soir même, un peu avant la tombée de la nuit, il répéta
l'opération et là, au bout d'un moment, il vit une
tache noire, sous la rangée de thuyas qui bordait le jardinet,
c'était le chat noir, à moitié mort, recouvert
d'une couche de neige, le museau gelé, les pattes raides
Petit-Paul se mit à hurler, au point qu'il se réveilla.
Il était en nage dans son pyjama, l'eau ruisselait le long
du cou, des larmes coulaient sur les joues
Il avait rêvé
!
Il retrouva le calendrier qui avait glissé du lit et gisait
sur le tapis au moment où sa mère ouvrit la porte
de sa chambre tenant dans ses bras un petit chaton gris et noir
:
-Regarde, chéri, ce que Claudine, la voisine, vient de nous
offrir, un petit chat qui
vient de naître, elle te le donne, ça sera ton cadeau
de Noël ! Un petit chat, tu imagines ? Ça te plaît
?
-Oh oui. Je peux le prendre avec moi dans le lit ?
-Bien sûr, il est à toi, c'est toi qui va t'en occuper,
lui donner à manger, le soigner
quand il sera malade
Comment vas-tu l'appeler ?
-Je crois que je vais l'appeler petit Patouf
Oh ! Maman, c'est mon
plus beau cadeau de Noël, dit-il en enfouissant la petite boule
de poils sous les draps entre ses bras et d'ajouter, " maman,
je sens que je suis presque guéri ! "
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