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Une photographie de Catherine Merdy

Le calendrier des postes

de Jean Rémy Fleuret

Le jouet

Sommaire



Petit-Paul est malade ; il a de la fièvre, beaucoup de fièvre. Petit-Paul est inquiet, car bientôt c'est Noël et il a du chagrin à l'idée de rester au lit encore plusieurs jours. Petit-Paul a pris froid à l'école car ces jours-ci le chauffage central est tombé en panne dans les salles de classes.
Ce matin le facteur, Monsieur François, est venu proposer ses calendriers à tous les voisins ; sa maman n'a pas voulu choisir parmi la pile de calendriers tous plus beaux les uns que les autres. Elle est allée dans la chambre de Petit-Paul avec le facteur et c'est Petit-Paul qui a choisi ; il a pris un calendrier avec sur la couverture deux chats, un blanc et un gros noir et puis aussi derrières ces deux chats un chien noir et blanc, un ratier sûrement. Une fois reparti, la maman et le facteur, il a ouvert le calendrier et a lu la liste des départements, la population des villes, les horaires des marées, tous ces renseignements bien utiles mais qui sont bien fatiguants pour un petit garçon de huit ans et qui a une bonne bronchite avec de la fièvre…
Après un court moment, il s'est assoupi, le calendrier grand ouvert dans ses bras.

Gros Patouf est un bon gros chat noir à la bouille toute ronde. Il était venu, un jour, comme ça, de quelque part, on ne sait d'où, peut-être des voisins en haut du village qui étaient réputés pour avoir plusieurs nichées de chats dont ils ne savaient que faire et malgré cette origine incertaine il fut adopté aussitôt par toute la famille et surtout par Petit-Paul et aussi par la maman qui aimait bien les chats. En fait, il avait été adopté par tous excepté par la chatte blanche qui répondait au doux nom de Mélody laquelle ne voulut jamais laisser un brin de son territoire à cet intrus et dès qu'elle le voyait descendre de la fenêtre quand la maman lui ouvrait, non seulement elle le toisait mais souvent elle allait jusqu'à lui souffler dessus tout en faisant mine de le griffer avec sa patte avant. Il y avait aussi le chien de la grand-mère, Rita qu'elle s'appelait, c'était une chienne, une ratière qui coursait les chats, c'était son malin plaisir à cette chienne, alors, quand elle vit Gros Patouf venir s'intégrer à la famille animale, elle grogna bien un petit peu, mais pas trop et avec le temps les choses semblèrent s'arranger…
Cela faisait à peine une semaine que Gros Patouf avait été hébergé dans la famille que la maman et aussi Petit-Paul s'aperçurent qu'il avait beaucoup maigri, il n'avait plus d'allant, il restait de longs moments immobile, le regard fixe, droit sur ses pattes de devant. Il était comme devenu un très vieux pépé chat !
Le vétérinaire vint à son secours, il fallut l'emmener à son cabinet, il lui fit une prise de sang pour savoir s'il n'avait aucune maladie grave, il ordonna des antibiotiques et une nourriture appropriée.
Après ce bon traitement, il reprit des forces, quelques kilos et son dynamisme revint. Malgré les gros câlins qu'il pouvait faire à tous moments, ce chat avait un vilain défaut : il volait. Le ventre plein, il continuait à voler. Tout ce qu'il trouvait et qui se mangeait, il le volait. Il allait jusqu'à ouvrit la porte du frigidaire…mais le froid le faisait reculer et il s'en allait sans rien prendre. Même les punitions de la maman, de plus en plus lourdes, le laissaient indifférent : quand on le grondait, il relevait la tête, ses yeux verts droit devant lui à attendre que cela se passe ! Et le lendemain, il recommençait de plus belle !
Mélody, superbe dans sa fourrure blanche le surveillait du haut du radiateur bien chaud et douillet à cette époque de l'année et ne comprenait pas les vilaines manières de ce gros Patouf, elle si délicate, ne mangeant que ses croquettes diététiques achetées exclusivement chez les vétérinaires !
Avec le temps toute la petite troupe, au fil des jours, semblait s'accommoder les uns aux autres sous la surveillance tantôt bienveillante tantôt grogneuse de Rita la chienne.
Comme on approchait de Noël, la maman acheta quantité de bonnes choses pour le réveillon, de la viande, du poisson, du chocolat, plein de gâteries qui faisaient saliver tout le monde et c'est à ce moment-là que le drame arriva. Gros Patouf ne put réfréner ses mauvais instincts, il faut dire aussi que la maman avait oublié sur la petite table de la cuisine tout un morceau de poisson fraîchement acheté, c'était trop pour lui, il grimpa sur la table, déchiqueta le papier et s'enfuit avec dans la gueule une bonne partie du poisson. La maman furieuse, cria très fort, lui donna une bonne correction, le jeta dehors et le menaça de toutes les sanctions possibles. Gros Patouf s'enfuit, penaud et disparut dans le jardin.
Le lendemain, la neige en abondance se mit à tomber, à gros flocons et les rues, les jardins, se recouvrirent d'un épais manteau blanc en quelques heures. Gros Patouf n'était toujours pas revenu. Petit-Paul était malheureux de cette situation, comment faire pour qu'il revienne à la maison passer les fêtes de Noël avec toute la famille, avec Mélody et Rita ?
Il n'hésita pas à sortir dans la neige au risque de prendre froid, il appela de toutes ses forces : " Gros Patouf ! Gros Patouf ", rien n'y fit, il demeurait introuvable. Le soir même, un peu avant la tombée de la nuit, il répéta l'opération et là, au bout d'un moment, il vit une tache noire, sous la rangée de thuyas qui bordait le jardinet, c'était le chat noir, à moitié mort, recouvert d'une couche de neige, le museau gelé, les pattes raides…
Petit-Paul se mit à hurler, au point qu'il se réveilla.
Il était en nage dans son pyjama, l'eau ruisselait le long du cou, des larmes coulaient sur les joues…Il avait rêvé !…
Il retrouva le calendrier qui avait glissé du lit et gisait sur le tapis au moment où sa mère ouvrit la porte de sa chambre tenant dans ses bras un petit chaton gris et noir :
-Regarde, chéri, ce que Claudine, la voisine, vient de nous offrir, un petit chat qui
vient de naître, elle te le donne, ça sera ton cadeau de Noël ! Un petit chat, tu imagines ? Ça te plaît ?
-Oh oui. Je peux le prendre avec moi dans le lit ?
-Bien sûr, il est à toi, c'est toi qui va t'en occuper, lui donner à manger, le soigner
quand il sera malade…Comment vas-tu l'appeler ?
-Je crois que je vais l'appeler petit Patouf…Oh ! Maman, c'est mon plus beau cadeau de Noël, dit-il en enfouissant la petite boule de poils sous les draps entre ses bras et d'ajouter, " maman, je sens que je suis presque guéri ! "

*

 

Jean-Remy Fleuret