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Ce thème m'est venu de lecture sans cesse recommencée de Colette Nys-Mazure : Enfance portative. Ce sont les plus beaux textes sur l'enfance que j'ai jamais lus :
A la tombée du jour
l'enfant fait provision de jardin :
il découpe trois fuites d'hirondelles,
deux bonds de chat,
un vol lourd de bourdon.
il fixe entre langue et palais
le jus de reine-claude craquelée,
un lait de groseilles sures.
Il emprunte le blanc ondoyant
des marguerites,
le fuschia des pétunias,
le soleil des pissenlits.
Paupières tirées, il pourra rebâtir
son royaume
et l'habiter.
Tout son saoul de sommeil
(nocturne d'été)
Cloette Nys-Mazure - Enfance portative
Esperluète éditions
J'aurais voulu dire ces paysages de l'âme dont j'ai encore confusément conscience et que mes propres enfants me font entrevoir parfois. Mais la clé est perdue.
Comment apprivoiser la fragilité du silence sans réclamer qu'on emporte les horloges ?
Dans la marge, l'enfant à cheval sur une chaise lit les hiéroglyphes de votre absence.
Monique Laforce - Dessine-moi une maison
Le Loup de Goutière
Alors pour une fois, je voudrais vous mettre ici mes mots. Pas ceux de l'analyse commentée que je fais chaque fois. Mes mots créés. Mes mots à moi. Pas pour les comparer à ceux de ces deux remarquables poétesses (le texte tient avant tout de l'exhutoire) mais tout simplement parce que ce sont les seuls qui disent l'enfance telle que je la vois.
Je passais l'autre jour non loin de cette pierre
où l'on me dit que tu reposes.
J'y laissai derrière moi deux trois grains de bruyère
sur la surface plane et rose.
Où vont-ils donc les enfants morts et leurs cortèges de silence
quand leurs rires se sont tus, que s'est tue la souffrance,
rien ne s'achève encore.
A tenir contre moi le corps chaud de ma fille
j'ai du mal à me rappeler
ce temps où nous jouions aux billes
corps contre cœur sur les pavés.
Le duvet de tes joues, le satin de sa peau…
Et notre enfance mise en terre.
Voici que montent à mes yeux, au souvenir de toi,
les larmes de ma mère
ABM - Les corps de glace
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