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Quel bien ça fait de ne plus avoir à parler. Quand
tout s'est tu autour de soi, le ciel se crève pour s'ouvrir
en grand. L'immobilité des choses rend moins pénible
la fuite des êtres, le bouillonnement du sang, l'agitation
des nerfs et des muscles. L'immensité du néant
caresse. Les plaies cicatrisent. Et même le coeur adopte
sa vitesse de croisière! Un inédit horizon s'était
soudain levé. Cédant au charme subtil et vénéneux
de la nouveauté, on y va tout droit y croire ! Jusqu'au
bout de la solitude! Jusqu'au bout de la solitude, il
faut en avoir frôlé des êtres, respiré
des vies, caressé et griffé des âmes pour enfin
s'y cogner. Au-delà de la frénésie d'émotions
incongrues, factices ou véritables qui sait ? l'étendue
de la vérité aspire au vertige et envahit, se répand
en une nausée impossible à vomir. De la sueur aux
larmes. À l'intérieur, un rêve encore parfois
palpite. De toute son ampleur. Les apparences lui prêtent
vie, l'espace d'un regard, de quelques mots échangés,
dans le souffle d'une gorge qui déjà, s'étrangle.
Au-delà de la frénésie, l'illusoire paroxysme
de l'écueil du repos frileux, à tort décrété.
Mais c'est la mort alors qui prend le dessus, et s'empare
de l'instant pour le figer, le transforme en objectif, unique,
exclusif! non pas à atteindre mais à retrouver,
pour toujours, à jamais, à réinventer. La fusion
est un piège dans lequel la peur de soi-même menace
d'enfermer. Elle, ne demandait rien. Lui, attendait. Quoi ?
Une ouverture dans la brume. Un appel au timbre d'évidence.
Il en fut d'eux comme de tant d'autres. La mortelle rencontre
au sulfureux parfum. Tendu vers le soleil, l'amour! qui
s'éveille! n'est bientôt plus qu'une
ombre. Le passé remémoré vaut pour tout l'or
du monde. L'avenir ne s'imagine qu'en vertu des possibles
ailleurs entrevus. Supposés. Jusqu'au bout de la solitude
il n'y a rien, qu'un malaise ordinaire. Jusqu'au
bout de la solitude, c'est là qu'il faut se rendre,
et aller se perdre enfin pour enfin se trouver dans toute sa vérité.
Elle est partie bien trop tôt, bien trop vite. Et sa fuite
précipite sa chute. Il avait rué, à leur insu,
vers le plus grand péril d'aimer hors limites, comme
on aime un regret. Croquer son amertume, et la ressasser. Un regret
qui forme le deuil d'un bonheur avorté. D'une joie
difficile. Ses soupirs cristallisent son échec, indiquant
le sens de la belle formule désespérée. Ce
fut un voeu. Puis un aveu. Tout s'y résume et
s'y dissout. La messe est dite. Ç'aurait pu être!
ç'aurait pu être tellement autre que ça
a été : une promesse tenue si fort que serrée,
étreinte ; éteinte. À monter si vite, si haut,
la fatalité ne pouvait que plus profonde redescendre. Retombée,
elle écrase. Rejeté du havre dont le phare éclairait
les étoiles au fond de ses yeux quand il lui livrait son
désir, il rampe. Il s'englue à cesser peu à
peu de respirer. Il étouffe. Il étouffe et ne peut
s'arrêter. Rien ne cesse en lui de se tordre en tous
sens, violence, sans répit sans pitié. Perdu. En soi,
un songe a pourri et exhale une honteuse odeur qui imprègne
toutes les pensées. Mauvaises pensées, en direction
certaine vers la haine de soi. Elle ne viendra plus. Elle s'en
fout cette fois vraiment pour de bon. Ne veut plus attendre. Trop
peur. Trop brûlant. Trop glacé! L'abandon
seul est flagrant. Elle ne reviendra pas. Douceâtre béatitude
de l'impasse. Du grain de sa peau son courage s'évapore.
Mais en lui son absence réside tout entière, et trace
des nuées de vertige. Le manque de cette vie qui passait
par là! manifeste ce vide intime qui interdit le partage!
Son silence vampirise l'euphorie défunte. Sourds échos,
caverneux qui hoquètent, serpentent, s'insinuent dans
les veines, à chaque respiration et, en vagues intempestives
s'enchaînent et se brisent aux récifs du réel.
Définitif. C'est l'air qui manque alors. Premiers
instants, premiers frissons! envolés. Abattus. Résister
à l'espoir. Se défier des vertus du Temps. En
pure perte l'oubli s'indifférencie, gouffre qui
doit happer ce qui ne veut malgré tout pas se résigner.
Il ignore la vérité si pesante. Refuse. Refuse. Refuse
ce qui est tel qu'il est du terme à l'origine.
Il glisse et se met à hurler. Et lentement s'inflige
la morsure narcissique du remords à outrance. À outrance,
à l'excès, et s'évader, et s'échapper,
et naître en creux vers l'amour, cet amour supprimé,
disparu, ne faisant plus qu'un avec le néant éternel
en son éternité.
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