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Yann Beausonu

L'échec d'Eros

de Sandrine Joseph

A vos amours...

Sommaire

 

Les dieux avaient décidé:
Du haut de l'Olympe, ne sachant plus que faire pour tuer l'ennui, Zeus le grand avait tenu conseil et tous avaient approuvé sa décision:
La mise à l'épreuve du pouvoir d'Eros.
Las d'observer les malheureux mortels dont la vie était hélas, sans jeu de mots, mortellemnt ennuyeuse, ce cher Zeus s'était penché sur le cas de deux amoureux qui à selon lui sortaient du commun. ils s'aimaient d'un amour sincère et profond mais se disputaient pourtant souvent.
La mission d'Eros était de rendre leur entente parfaite et leurs amours éternelles. Il avait pour ce faire une journée (c'est à dire un an chez les mortels). S'il échouait, il serait condamné à rejoindre Héphaïstos au pays des ténèbres.
L'affaire n'était pas simple et le défi intéressant.
Ayant pris connaissance du sujet à traiter il décida d'insufler à l'homme la fibre poétique. Il se mit à la tâche avec foi, conscience et confiance.
L'homme s'adonna passionément à l'écriture et put donc transcrire son inspiration qu'il attibuait à sa seule muse: la femme ainsi:

"Mon amour,
Ce mot ne reviendra pas souvent par peur de provoquer moi-même sa profanation déjà trop assurée par d'autres lèvres et d'autres esprits.
Je t'envoie toutes les balises qui te permettront de remonter le cours de ce qui pourrait être notre passion et notre ruse, aller jusqu'à la source, prendre le coeur en amont, aux premières lettres tels aux premiers sens.
Et, attendu que j'ignorerai tous tes arguments, de quelque taille qu'ils soient, qui iront à l'encontre de mon travail de tête j'attends argumentation.
Enfin ci-gît un volcan de baisers en éruption sur toutes tes lèvres."

Il se prit m^me à transformer en chant ses inspirations avec des compositions telles celle-là:

"Toi t'as les sabots
Et moi le fardeau
On monte ensemble

Le hur(l)ement des chiens
Nous main dans la main
On se ressemble

Sous le temps pluvieux
On aime être à deux
C'est bien ensemble

Le temps n'est pas beau
Mais (l)e coeur n'est pas gros
On reste ensemble"

Dans un premier temps, la femme ne réagit pas mais finit par le faire en ces termes:

"Ce désir empire qui m'étreint
Sans doute est-il démesuré
Et difficile d'y résister
Raison, sentiment, à quel saint?
Quand frémissent épidermes, neurones
Faillible est ce corps qui se donne
Délicat l'esprit tourmenté
Pourfendre: enfer, vice ou vertu?
Alors que l'on se voudrait aux nues
Quand se fait empressé l'aimé"

Tout alla pour le mieux pendant au moins six mois. Puis, détourné de ses activités par la Belle et douce aphrodite, mandatée par Zeus, Eros perdit quelque peu le fil de l'histoire de ces mortels qu'il jugeait fades et sans intérêt.
Gaïa lui rappella à toutes fins utiles que son incartade risquait de lui coûter sa place et sa renommée sur l'Olympe. Il redoubla donc d'efforts provoquant ainsi un regain de passion et d'amour au sein du couple.
La femme, qui s'était aperçu des changements de comportement de son compagnon n'en fut que plus heureuse de retrouver son amoureux, qui traduisait leur passion en ces termes:

"Je me sens tendre vers toi comme si tu brûlais mon sang. Comment saurait-il mentir lui, ce coeur qui ne demande qu'à battre et être porter à chaud. Il suffit de labourer tous les vestiges de mes vertiges pour que je sois tout à fait à vous ma belle dame, nonobstant que la noblesse soit déficitaire à l'échelle de valeur sensuelles, plus profondément votre...."
Et, elle, éperdue de bonheur et finalement aidé par Eros qui tenait à supplanter ses détracteurs lui rendait réponse de la sorte:

"Comment te dire les mots
Envahis par les flots
Assailis par les maux
Déroutés sur le dos
Mais....
Turgescence apaisée
Satiété
Cavité refermée
Satiété
Petite mort?
Oh! Encore!"

Torride plus que jamais était leur union.
Zeus décida donc de corser l'affaire qui s'avérait finalament trop aisée.
La femme n'en pouvait plus de l'alternance: logghorée, amour/ silence, haine de son compagnon. Car bien entendu, elle pensait que les fluctuations de son couple n'étaient dûes qu'à la mésentente et l'incompréhesion de leurs deux êtres.
Malheureusement pour Eros, il se laissa gagner par les douces naïades et leurs charmes en fin de semaine. L'homme redevint alors irrascible, égoïste et désintéressé. Sa femme quant à elle retomba dans la déprime. Désemparée, ne comprenant plus la tournure que prenait leur relation à l'approche des fêtes de fin d'année. Elle se résolut à prendre une décision irrévocable quand bien même son amour intense pour son compagnon devait en pâtir.
Sa missive fut brève et concise:

"Telle une fleur au seuil de l'hiver
Appeurée par l'envers
Je me recroqueville
Afin que puisse renaître
L'osmose de nos deux êtres
Pour que le soleil brille
Mais toi dis moi
Que veux-tu que je lui dise?
De peur que l'on ne s'enlise
Mon coeur é(t) moi
Ne sachant plus que faire
Effrayés, en déroute
Assailis par le doute
Préfèrent alors se taire."

Et, l'homme, comme de bien entendu, n'y répondit pas car Eros, trop occupé à festoyer avec ses naïades, faisait qu'il reste coi et même davantage, face aux attentes de sa compagne.
Quand Eros se reveilla le lundi, grisé par ses ripailles de la veille.
Il était trop tard.
il avait échoué.
Non seulement il n'avait pas aidé le couple à s'aimer davantage mais il avait fait en sorte que leur relation se dégrade à tel point qu'ils ne parvenaient même plus à se parler, se supporter.
Eros fut convoqué par le Conseil et du reconnaître son échec. Il fut foudroyé par Zeus par un éclair qui l'envoya rejoindre Héphaïstos au royaume de l'ombre où ce dernier l'attendait avec un nouveau défi.



 

Sandrine Joseph