Une photographie de
Yann Beausonu

Les chemins de Séréna

de Philippe Rousseau

A vos amours...

Sommaire

 

Sur la moue de ses lèvres se levait l’amour. Puis le sourire de la sérénité sur les lèvres de Séréna me nourrissait l’esprit. Comme je voulais souvent prendre à la commissure de leur pulpe rose l’écho d’une bise elle me dit un jour : " Attends ! Ma vie descend son cours ; si tu veux t’y baigner, gare à la rive d’impatience, choisis celle d’en face, celle du mystère. Les impatiences sont vénéneuses à petit feu, le mystère, lui, ne peut jamais tuer le lien passionnel. "

Alors, rasséréné par Séréna, je bannis à jamais l’impatience, les impatiences qui poussent sur sa rive, et je caressai doucement le mystère sur ses tempes du bout affleuré de mon index, mon souffle peignant ses cils, et je vis sous son œil comme un tatouage violet en forme de croissant de lune, un rubis gravé appelant le contact de ma paupière sur cette porte sensuelle.

Je pressai donc ma joue passionnée sur sa lèvre devenue purpurine et sentis battre mon pouls dans un sourire crispé. Lorsque j’ouvris l’œil contre la courbe de son nez de princesse le rubis darda dans ma pupille câline le rayon épais de sa magnificence, le rayon signant la lumière qui habitait son visage, avec ses multiples liaisons secrètes, lié aux forces de l’ombre.


Depuis ce jour elle est devenue Séléna, la prêtresse lunaire : son chemin de mystère s’élève vers la lumière bleue de la lune tellurique ; sa joue est un gouffre où les courants mènent jusqu’à sa nuque par un souterrain des sens. Sous le lobe de l’oreille repose la Mer de la Tranquillité. En haut de son sternum, dans la salière de gelée, c’est le suc de sa peau qui se concentre. J’ai perçu l’arrivée des courants débordants au creux de ses poignets. Mordillant ses mollets j’ai repris le goût de la source que j’avais laissée dans ses cheveux.

Séléna, cycle de la lune, femme toujours recommencée…





 

Philippe Rousseau