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Je te reconnaîtrai à mes lèvres qui brisent
des phrases embrouillées qui renversent le temps
je te reconnaîtrai à mes mots qui dérivent
comme un bateau jeté entre marées et vents.
Je te reconnaîtrai à mon corps qui frémit
comme une feuille belle à la saison des ors
je te reconnaîtrai à ma voix qui faiblit
comme un vent qui se couche en rond jusqu'à l'aurore.
Mes bateaux d'ignorance
quitteront un matin
le port de ton absence
grand largue vers demain.
Je te reconnaîtrai quand mes mains inutiles
fermées à double cri dans l'étau noir des poings
se rouvriront enfin, tremblantes et indociles,
dans la lumière fragile de ce nouveau matin.
Je te reconnaîtrai aux battements profonds
des tambours revenus des confins de l'espoir
au rythme déchiré du sang de l'émotion
qui crève le silence de ton premier regard.
Les tam-tams exilés
en mes terres arides
s'éveilleront un jour
allegro malhabile.
Je te reconnaîtrai à ton cur qui se love
en pleine plaie ouverte au beau milieu du mien
et cicatrisera la sale déchirure
qui l'avait tant saigné qu'il n'en restait plus rien.
Je te reconnaîtrai aux souvenirs qui fondent
laissant la vie passée dans l'au-delà du temps
la peur de te quitter comme on quitte son ombre
de n'avoir pas su naître et te savoir vivant.
Les chemins de silence
rejoindront doucement
le jardin d'espérance
le dernier campement.
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