Quand nos jeux s'amoindrissent en s'ombrant d'habitudes,
Tu te blesses pour rire et te montres pansée,
Offrant des liens d'étoffe, une peine à deviner,
A ma tendre passion redoublée d'inquiétude.
Alors, suivant ton jeu sans dévoiler ta plaie,
Je cherche la caresse que tu as décidée
Dans les reflets moqueurs de ces yeux déridés
Qui me disent de prendre où je suis appelé...
Bouche mince, souffle bas, la sueur
Ronde aux flancs, tu chemines en labeur
A suivre tel sillage de l'ondoyant bonheur
Enserré dans les langes de ta neuve douleur.
Est-ce une vraie terreur, le double de ton cur,
Cet arc désespéré qui t'emporte, ventre ouvert,
Dans la voûte secrète des membres en travers
Jusqu'à l'orée rompue d'une étrange fureur
?...
Quelle douceur à présent, quelle blancheur
Est sur toi ! Les veines que tout à l'heure
Je sentais battre et croître, s'effacent à mesure
Que rougissent les draps qui boivent ta morsure.
Quand nos jeux faneront, quand nos regards fuiront,
Ta blessure et nos lèvres resteront sur l'écorce
Cette étoile de sang qui s'arracha de force
A mes reins enroulés dans les plis de ton nom.
Extrait de Variations sur Mi (d'après O. Messiaen)