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Libération sexuelle en province 1
Le militant, le prof et l'esthéticienne.
Elle s'appelait Karen ou Karine; à une ou deux voyelles
près, ça na guère d'importance. Elle
était jeune et jolie, esthéticienne, et vivait dans
une tour d'HLM sympa mais HLM quand même...
Lui s'appelait Gilbert, ou peut-être Robert ou Gérard...
Il était technicien et délégué syndical.
Dans une usine moyenne de ville moyenne,moyenne et sous-préfecture
aussi. Un hasard d'une nécessité très calculée,
cette usine: "on" avait soigneusement étudié
son implantation.
Pour offrir une porte de sortie "honorable" à toute
une génération de petits exploitants agricoles qui
s'auto-exploitaient quatorze à seize heures par jour pour
moins que rien...
Tous gardaient un bout de terrain et s'estimaient très heureux
de bosser huit ou neuf heures par jour chez Bidule, « une
bonne boîte »,les fameux pneus Bidule du bonhomme Bidule.
Tout risque de syndicalisation abusive semblait être écarté
pour quelques années au moins...
Une erreur du hasard fit que ce fichu Gilbert était un militant
convaincu, et convaincant. Il réussit à mettre sur
pied une section syndicale, ce qui n'était pas une mince
affaire et le mobilisait beaucoup dans un tel contexte. Sa copine
desthéticienne était moins mobilisée,
donc nettement plus disponible, et c'était aussi ma voisine
de palier...
Et moi le prof, j'étais moi, et après "sept ans
d'Afrique" et un divorce, je tentais obstinément de
rester - ou de ( re- ?)devenir moi, selon les mois du calendrier
et l'émoi de la journée. J'étais étiqueté
"hyper-sensible"; j'avais les cheveux longs jusqu'aux
épaules avec une gueule de Jésus, croix portative
intégrée...Accessoirement, parce qu'il faut bien vivre,
bouffer et payer son loyer, avoir une montre et une bagnole pour
aller bosser, j'étais p'tit prof de français (correct
exigé ! ) au collège des Bateliers, bien plus près
de la gare que de la Volga...
Parce que c'était dans l'air du temps et de ces années
70 finissantes - ou 68 retombantes - l'amiral du collège
avait mis en place des cours facultatifs d'éducation sexuelle
- on ne disait pas encore "affective et sexuelle" - Prudemment
et avec une sagesse certaine, il avait consulté les deux
associations de parents d'élèves rivales et complètement
complémentaires... et aussi les élèves...et
encore demandé des professeurs volontaires...
Gag: tandis que la feuille de certains collègues restait
désespérément vierge sous leur nom, plus de
cinquante élèves s'inscrivirent sous le mien. Etait-ce
dû à mon charme mi-slave-mi-batave-mi-rave, ou à
mes cheveux longs, toujours est-il que Monsieur le grand Amiral
me convoqua dans son bureau cossu. Il n'alla pas par quatre ou cinq
chemins - ça fait gagner du temps et de la salive
- :
« - Monsieur Z..., en tant que divorcé, vous sentez-vous
apte à assurer
de l'éducation sexuelle?" - sic !-.
Jeus sans doute quelques difficultés à ne pas
éclater de rire. C'est fortement déconseillé
dans ce genre de situation. Je réussis je ne sais plus trop
avec quels arguments "officiels" à réconforter
cet auguste « brave homme », ce qui me permit pendant
quelques mois de participer à une expérience au demeurant
fort sympathique et enrichissante. Je dois d'ailleurs ajouter,à
la décharge de "l'auguste", qu'il avait manifestement
des circonstances exténuantes, et qu'il prenait effectivement
le risque de payer cher cette "audace", en tant que collège
public, si quelque fervent virulent et tordu de l'enseignement privé
- encore très con-et-fessionnel dans le coin - avait eu le
moindre prétexte pour cracher son venin...
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Libération sexuelle providentielle 2
L'envol de l'esthéticienne, ou le parcours du con-battu
et du con-vaincant.
Ma propre vie de prof seffilochait tranquillement au fil
des semaines entre corrections et bulletins, conseils de classe
et réunions parents-profs ou autres, lorsqu'en plein hiver
ma voisine de palier fit irruption dans ma routine... si bien huilée
que j'avais à peine conscience de vivoter comme un végétal
dans une cave. Un dimanche soir où son copain était
parti, où le copain qui logeait avec moi était également
absent, Karen se jeta purement et simplement à mon cou, sur
le palier, devant ma porte, vers 21 heures quinze. Je me souviens
très bien de l'heure, parce que je venais juste de prendre
...mon somnifère!
Elle était jeune, fraîche et sympa... « Que faire?
» comme aurait dit Lénine. La nuit fut longue et très
peu lénifiante.Bizarrement, mes "performance" samélioraient
au fil des heures, c'est-à-dire au fur et à mesure
que les effets du somnifère se dissipaient. Evidemment, je
me suis réveillé en retard le lundi matin.
Au collège j'ai croisé le vice-amiral adjoint, un
type sympa, du reste.
Très en retard je me suis excusé en voltige: "Les
somnifères! ah, les somnifères!" ...
Ce n'était que le début de quelques semaines pour
le moins agitées. J'ai revu Karen, deux ou trois fois me
semble-t-il, sans retrouver les élans de la première
nuit. Indécrottable, pour ne pas dire incurable : encore
et toujours ce besoin d'être amoureux pour m'ouvrir, sinon
m'éclater. Sans doute l'un de mes rares "progrès"
dans le sens de la Vie: laccepter ...et l'assumer! Tout en
prenant conscience que j'avais beau être (très) amoureux,
si l'autre était (très) peu amoureuse, je ne pouvais
vraiment pas être amoureux pour deux....juste un point de
math élem...
Or cette Karen desthéticienne était "libérée",
ou en bonne voie destampillage avec ce label tant désiré
et décrié à la fois. Toujours intéressant
pour les fantasmes masculins que la Femme (des autres!) soit "libérée"!
...
Karen me raconta par exemple comment, avec ses copines, elles réunissait
leurs copains, dans l'un de leurs appartements HLM, pour les caresser,
les faire bander et leur mesurer la queue, de préférence
dans la cuisine - je n'ai jamais vraiment compris pourquoi dans
la cuisine - avant bien sûr den tirer le meilleur usage
possible dans les meilleures des positions possibles. "Il faut
cultiver notre pelouse". Le Kama-Sutra se démocratisait
ainsi parmi les masses laborieuses des HLM, au moins aussi rapidement
et victorieusement que la pensée fortement colorée
dispensée dans le petit livre rouge de Mao.
C'était aussi l'époque où, dans les jadis célèbres
"petites annonces de Libé", de nombreux mecs pro-clamaient
encore la dimension "éloquente" de leur calibre
- étalonné dans quelles conditions ? il planait toujours
un doute sur lhomo-logation -.
Une information de la plus haute importance qui émergeait
enfin ailleurs que dans les graffitis sur les murs souvent obscurs
des W-C publics. D'ailleurs, depuis des années, le Chasseur
français - que je dévorais, pendant les vacances,
chez mon grand-père abonné, par collections entières
- classait bien, dans ses pages matrimoniales, les annonces par
ordre croissant de revenus. Il faut reconnaître que Libé
n'a jamais classé ses petites annonces à fin-alitée
co...latérale par taille de calibre...
Bref, je métais encore fourré dans un drôle
de guêpier, même si Karen ne portait jamais de guêpière.
D'autant plus que le copain de l'esthéticienne était
aussi le copain du copain du prof - entre militants - et le prof
apprit ainsi que le délégué seindycal militant
était justement parti, ce fameux premier week-end avec esthéticienne,pour
chercher des paperasses afin d'épouser sa copine ...méandre
d'un moment du couple...
Le prof et le syndicaliste étaient tous les deux actifs apôtres
de Wilhem Reich - relu avec les lunettes d'après Mai 68...
à peu près comme Staline avait dû relire Marx
- ils s'essayèrent à gérer bravement et avec
modernité la bonne vieille situation triangulaire si souvent
indi-gérable.
Lesthéticienne fut autorisée, ou sauto-autorisa,
ou se fit autoriser par son copain à revoir le prof... mais
bien sur le corps a ses raisons que la raison ... Pour le prof,
le corps-accord n'y était plus.
Pour le militant, savoir sa copine dans les bras du voisin, dans
l'appartement de l'autre côté du palier, fut un peu
fort de café, même si les théories de la libération
sexuelle se trouvaient ainsi soi-disant pleinement abreuvées.
Toujours est-il quun soir, ny tenant plus, le militant
enjamba son balcon pour passer sur le balcon du prof. Il contempla
d'abord héroïquement le début des ébats
du prof et de lesthéticienne; puis il frappa à
la fenêtre ...Bien
élevé et sans somnifère, le prof les caressa
vaguement tous les deux pendant quils "re-faisaient"
l'amour avec une émotion retrouvée pour eux, mais
désormais absente pour lui...
Ils se sont finalement mariés, mais ils n'ont pas eu beaucoup
d'enfants...un seul...un petit garçon je crois, environ un
an après. Ils ont divorcé deux ou trois ans plus tard...
La Vie est un long fleuve relativement tranquille, souvent bordé
d'arbres magnifiques, qui se reflètent dans ses eaux éclairées
aux couleurs du ciel. Heureux comme un Moïse sur son Nil, porté-bercé
à la fois par mon kayak "de plaisance", j'aime
à distinguer de loin les superbes saules retombants, chers
à Monet presquautant que les nymphéas.
Pas bête, mais aimant le mélo, le langage populaire
les appelle tout simplement des saules pleureurs.
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