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"Il y a des gens qui peuvent être
ailleurs quand ils veulent, ils n'ont pas besoin d'avoir un passeport."
-Jacques Prévert, Soleil de nuit
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1.
Je n'entends rien.
Des bruits recouvrent les miens.
Je penche mon oreille remplie d'animaux. Je voudrais qu'ils tombent.
Ils courent, terrorisés, comme pour échapper à
un feu.
La peur les rend méchants. L'absurdité de leur voyage
les martèle, les
aplatit. Ils deviennent fausses pièces, ronds factices qui
roulent
d'ailleurs en ailleurs.
2.
Ils veulent m'empêcher d'entendre. Font interdire certains
mots,
patrouillent en uniforme de fourrure blafarde. Un projecteur à
lumière
crue, brutale, sans abri, nous découpe en deux ailleurs,
nous compte.
L'ordre ne règne pas. Nul ne peut m'écarter en deux
moitiés de rideaux.
Dès que j'entends, lis ou pense ton nom, je me recouvre de
moi, toute
imposture arrachée de ma poitrine.
Somme toute, une portion appréciable de terre sourde se déploie
entre
nous, mais elle est chaude.
3.
Une diode attentive clignote. Des gens me parlent. C'est un peu
pareil.
Ils veulent savoir ce que je vais prendre comme boisson, comme plat,
comme couleur préférée, ils s'agitent autour
d'une table. Le bois
étouffe les sons.
Je retrouve les animaux du dedans, cuits, rôtis, étouffés.
Je fais semblant de vivre quelques instants de distraction pour
que les
gens partent et me laissent tranquille.
4.
Complice, la diode attentive se synchronise aux battements de mon
coeur.
Cette lumière-là est une parole consciente de tous
ses recoins.
Quelque chose émane de moi. Surgit. S'étonne de se
retrouver.
Je prononce ton nom, encore.
Sous sa lueur, chaque oreille a droit à la
vie.
Ici comme ailleurs, il a le pouvoir d'innocenter le monde et d'acquiter
les animaux.
J'entends à nouveau.
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