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La fenêtre était grande au rez-de-chaussée,
la vitre embuée, le froid humide et la matinée grise.
Au travers je voyais depuis lextérieur la silhouette
dAmélia : le vert dun chandail surmonté
dun halo de chair et dune tache de blondeur. Javais
revu Amélia de temps en temps, au cours de son désespoir
récurrent, au cur de ses questions sur lutilité
de sa vie, dans lesquelles elle se noyait, privée de la bouée
inopinée des gestes quon fait vers un visage baissé
en mal de tendresse lorsquon en a fini avec la stérilité
de lattitude conventionnelle.
Je savais que rien ne la sortirait vraiment de la poisse de vivre,
rien pour refaire battre de curiosité ses paupières
comme des pétales dans un vent soudain, rien si ce nétait
peut-être lautre, ce quelquun qui donnerait du
regard et du souffle pour faire exister le cur, qui servirait
une coupe de sentiments à vivre. Mais je nétais
pas celui-là, une vitre mentale me séparait du destin
dAmélia que, ainsi que je le sentais, je ne pouvais
sauver.
Une vitre réelle offrait maintenant sa page de mystère.
Dans la buée le doigt traçait quelques lettres : TU
LAS. Si cétait à moi de lire cela, quavais-je
? Je repensais à ce quelle mavait raconté,
confié, demandé. Que pouvais-je avoir ? Puis je me
dis que, ne mayant pas vu, elle sécrivait le
message à elle-même, dans son sens à elle :
SAL UT. Non pas bonjour mais ce salut quelle cherchait
toujours, jusquà lécrire dans la buée
avec son apostrophe de turbulence et son espace dincertitude.
Elle effaça alors lapostrophe et le L : TU AS. Je
me questionnai tout de même sur ce que jaurais pu avoir,
quelle clef pour son devenir. Puis je compris davantage le message
dans sa tête : SA UT. Lespace dincertitude au
milieu du mot tranchait une idée : quel saut heurté
allait-elle effectuer ? Quel saut fait-on dans le désespoir
? quelle hésitation au milieu ? Amélie cherchait son
salut dans le saut. Je me devais dentrer pour intercepter
sa trajectoire que je devinais tragique. Je devais rectifier le
message quelle se donnait. Cest alors que jeus
lidée de mapprocher de la vitre et décrire
dans la poussière humide, au-dessous de son mot : AILE
( " viens sous mon aile "), MA ( " ma tendre ").
Et de lautre côté, comme un flash à ses
sens, elle lut alors, avec cet espace dincertitude entre les
lettres ( car saurais-je si cela réussissait ?), son prénom
: AM ELIA.
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