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dans la pesanteur totale
dans la pesanteur infernale
la saturation des eaux noires
solides
dures
comme des rocs poncés
par l'éternité
dans la fixité définitive du temps
l'ombre grotesque
l'ombre trop blanche trop lisse
du passeur attentif au regard de l'eau
s'immobilise la barque docile
à quelques mètres
les hauts cyprès
perdus dans la musique wagnérienne
et
l'instant arrêté
avant d'accoster sur l'île maudite
tu songes à ta vie
à toute cette vie perdue
à ces soleils tellements beaux
sur les plages criblées d'amour fou
tu penses
à tous ceux qui sont passés dans tes yeux
et que tu n'as pas vus
tu regrettes tes silences
et toutes ces années mortes tirent leurs volets
inutiles
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