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Elise est du genre à aimer l'amour du cur, pas celui
du sexe opposé, ni même celui de soi. Elle veut découvrir
sa fortune chez un marin de passage et puis rester sur le bord des
quais à attendre son retour durant des années. Pourquoi
passerait-elle sa vie à se lasser d'un même marinier,
d'un éclusier, alors qu'on voit défiler tout près,
à la marée, les grands bateaux qui ne reviendront
pas ?
Elle sait qu'il n'y a que par le manque que les gens se poussent
à se rencontrer. Manque de phrases toutes faites à
échanger, manque de baisers à donner, et d'autres
manques qu'il faudra cultiver. Mais ce n'est pas dans les livres
qu'elle a pas appris tout ça.
Seule au monde, parmi les autres espèces d'être vivants
dans les forêts, comme elle s'en va faire ses tours jusqu'au
souper dans la nature, loin de la ville et de ses sécurités,
elle ne regrette pas l'amour classé des gens qu'elle croise
sans s'attarder. Parce qu'après un moment passé ensemble,
il n'y a bien que des oiseaux pour ne pas se raconter n'importe
quoi plutôt que rien du tout. Leurs mots restent pleins de
légèreté, de longues redites toujours nouvelles.
Ils parlent d'avenirs qui ne pourront pas être, de liberté
à découper, et d'horizons lointains, vus de haut,
où ils ne vont jamais aller.
N'en déplaise à la frêle Angèle, l'Ailleurs,
c'est toujours partout où on a décidé que ça
serait. Et ce n'est pas prêt d'en bouger.
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