Une photographie de Mari Mahr

Je te vois, l'étranger !

de Cathy Garcia

Ailleurs

Sommaire

Combien y a t'il d'étages en ce monde, d'escaliers à gravir, à dévaler et à gravir encore ? Où m'emmènes-tu, l'étranger ? Y a t'il vraiment une révélation au bout du lointain ailleurs ?

Y a t'il des chemins étoilés au pays où tu es né ? Des déserts à remuer, des oasis calligraphiées sur des peaux brunes et parfumées ? Y a t'il des cieux émeraude versant des offrandes salées sur des coupoles de verre ? Y a t'il un océan d'amour et des plages encore vierges ?

Où m'entraînes-tu, étranger ? Vers quelle cité aux blanches murailles?

Y 'a t'il à leurs pieds des enfants qui jouent toute la nuit, alors que les parents dorment d'un sommeil lourd à même le sol ? Peut-on croiser la vieille misère et son cortège de maladies honteuses ?

Y a t'il des aubes rougeoyantes et des coups de feu qui claquent à faire hurler les chiens? Y a t'il des jeunes filles qui mûrissent trop vite sur des trottoirs sans ombre ? Combien de fois peuvent-elles être achetées avant qu'elles ne pourrissent sous l'indifférence du monde?

La bonne conscience est-elle cotée en bourse ?

Étranger, je te vois comme une ombre, je vois le sillage dangereux et magnifique que tu laisses derrière toi, il m'attire et me fascine mais je garde juste assez de distance pour saisir la fraction de seconde, pendant laquelle une porte apparaîtra, là où je ne distingue encore que des murs!

Toujours cette histoire de bonne combinaison au bon moment. Ce n'est pas le paradis que je crois pouvoir trouver ailleurs, c'est simplement la vie dépouillée de mes garde-fous.

Puisque nous y sommes, pourquoi refuser de nous frotter aux aspérités du monde? Impossible de se perdre, la Terre est ronde ! Est-ce cela, étranger, que tu veux m'enseigner ? Alors, donne-moi encore une chance d'apprendre !