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C'était
période de vacances et le temps doux se prêtait aux
promenades.
Aussi, tous les jours l'enfant de la maison sortait en faisant de
grands signes de main à sa mère et en lui criant :
« A tout à l'heure ! ».
Il
aimait errer dans les champs envahis de fleurs sauvages et colorées,
regarder le blé encore en herbe, balancé par le vent
d'un côté, puis de l'autre. Il aimait courir autour
des prés où broutaient les vaches insensibles à
ses sauts et à ses cris.
Tout
était prétexte à jeu. Un oiseau qui pérorait
pour éblouir sa compagne, un papillon blanc ou jaune qui
lui frôlait les doigts, ou un lapin sauvage effrayé,
déboulant à la recherche de son terrier.
Le
soir venait et il rentrait épuisé, affamé.
Chaque
jour, il s'éloignait un peu plus de la maison, à la
découverte d'autres prés et d'autres chemins. Et,
chaque soir il retrouvait sa maison accueillante, sécurisante.
Un
après-midi, il s'éloigna sur un chemin caillouteux
qu'il n'avait pas aperçu auparavant. Apparemment, ce chemin
était peu fréquenté, l'herbe poussait au milieu
et aucun sillon n'était creusé de part et d'autre
par le passage des tracteurs. Il traversa un petit bois ombragé,
s'assit par terre à l'écoute du silence de la campagne,
de ce silence bruyant pour qui sait écouter le chant des
insectes, le frémissement des feuilles, les oiseaux invisibles.
Il
s'endormit.
Au
soir tombant, en revenant chez lui, il décida que le lendemain,
il prolongerait l'exploration de ce chemin..
Le
lendemain donc, équipé d'un sac empli de provisions,
il partit tôt après avoir embrassé sa mère.
« A ce soir ma petite maman ! ».
Il
laissa le petit bois derrière lui, marcha, s'arrêtant
de temps en temps pour taquiner les vaches en imitant leurs meuglements,
cueillant quelques fleurs qu'il offrirait à sa mère.
Il se reposa un instant au bord d'une petite mare où des
petites grenouilles composaient une symphonie de croassements rauques
et monotones.
Ce
chemin nouveau ressemblait, finalement à tous les autres
! Il allait faire demi-tour, lorsqu'il aperçut au loin une
pancarte plantée au milieu du sentier. Il s'approcha, déchiffra
avec difficulté les lettres décolorées par
le soleil et la pluie : « UN CONSEIL : N'ALLEZ PAS PLUS LOIN
».
Une
interdiction bien étrange ! Les écriteaux affichaient
plutôt : « CHASSE GARDEE », ou « propriete
privee, défense d'entrer » ou encore « attention,
risque d'incendie ».
L'enfant
se trouvait déconcerté. La pancarte oubliée,
rongée par le temps, un peu de guingois, fascinait l'enfant.
Il secoua sa tête et regarda au-delà et ne vit qu'un
chemin bordé de talus et de bosquets.
L'inquiétude
le fit s'en retourner sur ses pas. Le soleil brillait encore haut
dans le ciel. Il aurait pu explorer un petit bout du chemin derrière
le panneau ! Le paysage semblait tellement identique !
Que pouvait-il bien risquer dans un environnement qui ressemblait
tant à celui qu'il connaissait ? Il s'agissait probablement
d'une vieille pancarte oubliée !
Il
revint, s'arrêta à nouveau, relit le texte.
Hésitant,
il décida de réfléchir tout en grignotant.
Il restait indécis, même le ventre plein !
La
curiosité lui donna du courage. Il avança un pied
et attendit ainsi quelques instants, en équilibre au-dessus
d'une frontière imaginaire.
D'un
bond, il se trouva derrière la pancarte. Rien ! Rien ne s'était
passé !
Il
éclata de rire et s'élança sur le chemin en
courant, léger, satisfait, heureux d'avoir vaincu sa peur.
Il
observa alors autour de lui. Aucun champ, aucun pré, pas
de vaches non plus.La nature à l'état naturel ! Ici
aucun tracteur n'était jamais venu, aucune machine n'avait
labouré, semé ou récolté.
Seul
le chemin existait et avançait toujours, tout droit.
Il
se mit à marcher lentement, intrigué et curieux. Ici,
le silence était réellement silencieux. Un brin d'angoisse
le fit frissonner.
Pour
la première fois le chemin amorça un virage.et s'arrêta
net, le bout comme tranché à la hache.
L'enfant
regarda avec prudence. Il ne voyait rien. Il frotta ses yeux. Mais,
décidément il n'y avait rien ou plutôt un immense
espace sombre !
La
peur s'enroula au creux de sa gorge. Il recula doucement, les yeux
fixés sur la cassure du chemin. Il avait hâte de revenir
chez lui au plus vite. Il se retourna brusquement.
Ce
n'est plus la peur qui l'étouffa à cet instant, mais
la stupeur, l'hébétement, l'incompréhension.
Tout
avait disparu.
Plus
de chemin, plus d'arbres, plus de gazouillis d'oiseaux. Seulement
un immense désert dont il sentait l'air brûlant caresser
son visage.
Que
devait-il faire ?
S'élancer
au bout du chemin, dans l'inconnu ?
Avancer dans le désert aride, sans repères ?
Attendre ? Quoi ? Qui ?
Il
ne savait que faire, mais il comprit que jamais il ne retournerait
dans son monde.
Il s'assit calmement.
Le temps lui laissait le temps de choisir.
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