Une photographie de Catherine Merdy

Le chemin interdit

par Pascale Dahmani

Adolescences

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C'était période de vacances et le temps doux se prêtait aux promenades.
Aussi, tous les jours l'enfant de la maison sortait en faisant de grands signes de main à sa mère et en lui criant : « A tout à l'heure ! ».

Il aimait errer dans les champs envahis de fleurs sauvages et colorées, regarder le blé encore en herbe, balancé par le vent d'un côté, puis de l'autre. Il aimait courir autour des prés où broutaient les vaches insensibles à ses sauts et à ses cris.

Tout était prétexte à jeu. Un oiseau qui pérorait pour éblouir sa compagne, un papillon blanc ou jaune qui lui frôlait les doigts, ou un lapin sauvage effrayé, déboulant à la recherche de son terrier.

Le soir venait et il rentrait épuisé, affamé.

Chaque jour, il s'éloignait un peu plus de la maison, à la découverte d'autres prés et d'autres chemins. Et, chaque soir il retrouvait sa maison accueillante, sécurisante.

Un après-midi, il s'éloigna sur un chemin caillouteux qu'il n'avait pas aperçu auparavant. Apparemment, ce chemin était peu fréquenté, l'herbe poussait au milieu et aucun sillon n'était creusé de part et d'autre par le passage des tracteurs. Il traversa un petit bois ombragé, s'assit par terre à l'écoute du silence de la campagne, de ce silence bruyant pour qui sait écouter le chant des insectes, le frémissement des feuilles, les oiseaux invisibles.

Il s'endormit.

Au soir tombant, en revenant chez lui, il décida que le lendemain, il prolongerait l'exploration de ce chemin..

Le lendemain donc, équipé d'un sac empli de provisions, il partit tôt après avoir embrassé sa mère. « A ce soir ma petite maman ! ».

Il laissa le petit bois derrière lui, marcha, s'arrêtant de temps en temps pour taquiner les vaches en imitant leurs meuglements, cueillant quelques fleurs qu'il offrirait à sa mère. Il se reposa un instant au bord d'une petite mare où des petites grenouilles composaient une symphonie de croassements rauques et monotones.

Ce chemin nouveau ressemblait, finalement à tous les autres ! Il allait faire demi-tour, lorsqu'il aperçut au loin une pancarte plantée au milieu du sentier. Il s'approcha, déchiffra avec difficulté les lettres décolorées par le soleil et la pluie : « UN CONSEIL : N'ALLEZ PAS PLUS LOIN ».

Une interdiction bien étrange ! Les écriteaux affichaient plutôt : « CHASSE GARDEE », ou « propriete privee, défense d'entrer » ou encore « attention, risque d'incendie ».

L'enfant se trouvait déconcerté. La pancarte oubliée, rongée par le temps, un peu de guingois, fascinait l'enfant. Il secoua sa tête et regarda au-delà et ne vit qu'un chemin bordé de talus et de bosquets.

L'inquiétude le fit s'en retourner sur ses pas. Le soleil brillait encore haut dans le ciel. Il aurait pu explorer un petit bout du chemin derrière le panneau ! Le paysage semblait tellement identique !
Que pouvait-il bien risquer dans un environnement qui ressemblait tant à celui qu'il connaissait ? Il s'agissait probablement d'une vieille pancarte oubliée !

Il revint, s'arrêta à nouveau, relit le texte.

Hésitant, il décida de réfléchir tout en grignotant.
Il restait indécis, même le ventre plein !

La curiosité lui donna du courage. Il avança un pied et attendit ainsi quelques instants, en équilibre au-dessus d'une frontière imaginaire.

D'un bond, il se trouva derrière la pancarte. Rien ! Rien ne s'était passé !

Il éclata de rire et s'élança sur le chemin en courant, léger, satisfait, heureux d'avoir vaincu sa peur.

Il observa alors autour de lui. Aucun champ, aucun pré, pas de vaches non plus.La nature à l'état naturel ! Ici aucun tracteur n'était jamais venu, aucune machine n'avait labouré, semé ou récolté.

Seul le chemin existait et avançait toujours, tout droit.

Il se mit à marcher lentement, intrigué et curieux. Ici, le silence était réellement silencieux. Un brin d'angoisse le fit frissonner.

Pour la première fois le chemin amorça un virage.et s'arrêta net, le bout comme tranché à la hache.

L'enfant regarda avec prudence. Il ne voyait rien. Il frotta ses yeux. Mais, décidément il n'y avait rien ou plutôt un immense espace sombre !

La peur s'enroula au creux de sa gorge. Il recula doucement, les yeux fixés sur la cassure du chemin. Il avait hâte de revenir chez lui au plus vite. Il se retourna brusquement.

Ce n'est plus la peur qui l'étouffa à cet instant, mais la stupeur, l'hébétement, l'incompréhension.

Tout avait disparu.

Plus de chemin, plus d'arbres, plus de gazouillis d'oiseaux. Seulement un immense désert dont il sentait l'air brûlant caresser son visage.

Que devait-il faire ?

S'élancer au bout du chemin, dans l'inconnu ?
Avancer dans le désert aride, sans repères ?
Attendre ? Quoi ? Qui ?

Il ne savait que faire, mais il comprit que jamais il ne retournerait dans son monde.
Il s'assit calmement.
Le temps lui laissait le temps de choisir.