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Dante
Sauveur Gatti, Armand de son nom de plume au Parisien
Libéré , est né à Monaco en 1924, dans une famille d’immigrés
piémontais qui lui a appris dès son plus jeune âge que la meilleure
arme pour s’en sortir était la maîtrise de la langue ; seul moyen
de devenir libre. A seize ans, il prend le maquis puis il est arrêté ;
torturé, il récite des vers à ses bourreaux. En déportation, il aura
la révélation du théâtre : trois rabbins qui jouent devant leurs
camarades de camp et qui lui enseigneront leur conception : le théâtre
n’a de sens que s’il dit : j’étais, je suis, je serai.
« J’ai compris que c’était un espace de vie » explique
Armand Gatti.
A
la libération, il est journaliste et reçoit le prix Albert Londres en
1954. Auteur dramatique, metteur en scène, cinéaste, poète, la forme
n’a pas d’importance pour lui, seule compte l’idée pour laquelle il
se bat. Inventeur du spectacle sans spectateur, il n’a de cesse de répéter :
« ça ne veut rien dire, le public ! ». D’ailleurs, il ne
supporte pas l’institution, publique ou privée, il n’y a pas de différence
parce que pas de liberté. Homme de combat, sa vie elle-même est un
engagement et son parcours est empli de rencontres : Pierre Joffroy,
Kateb Yacine, Ernesto Guevara, Mao Tsé-Toung, Jean Vilar. De Gaulle le
surnommera « le poète surchauffé » et ordonnera à son
ministre de la culture, André Malraux, d’interdire La
Passion du Général Franco.
Armand
Gatti poursuit son chemin au cœur du langage et travaille
avec ceux que l’on appelle les exclus mais il déteste ce terme,
comme s’il pouvait y avoir d’un côté les exclus et de l’autre les
inclus, cela n’a pas de sens à ses yeux ! Au contraire, il
revendique le fait de pas être un assistant social. « La
seule chose qui m'intéresse, c'est l'écriture. Et, derrière cette écriture
: le goût de l'effort. Le langage et les préoccupations artistiques
motivent beaucoup plus l'expérience que la solution d'un problème social
quel qu'il soit. » Et pour éviter tout malentendu, il précise :
« ce que nous cherchons, ce n'est pas le social, c'est la révolution. La
vraie révolution est celle du verbe. Je mets la barre très haut pour
arracher mes frères au langage misérable auquel ils sont condamnés par
la société. La maîtrise des mots est subversion et insolence. »
(Le Monde février 2001).
Vous
l’avez déjà compris, j’ai eu un véritable coup de cœur pour
l’homme et pour ses idées à travers la visite de ce site sobre,
plaisant à explorer, à la
façon d’un livre ou d’un journal. Vous allez faire plus ample
connaissance, sous différents aspects vous permettant de parcourir sa
vie, son œuvre. En bas de chacune des pages, vous trouverez des liens qui
vous conduiront dans son univers. N’oubliez pas d’aller à la page
intitulée la déforestation du langage (lien en bas de page « Les
racines du ciel »), vous lirez une mise en parallèle passionnante
entre Armand Gatti et Howard Barker, deux auteurs contemporains, décriés par
la critique. Le seul reproche à formuler à l’encontre de ce site est
le manque de repères temporels même si, a priori, les éléments sont présentés
chronologiquement.
Après
lecture de toutes les lignes de toutes les pages, il me reste le secret
espoir d’avoir le privilège de le rencontrer un jour, alors que trotte
encore dans ma tête cette idée selon laquelle « plus
un langage est inventif, plus il multiplie l’homme, plus il devient
facteur d’enrichissement. » (interview en 1995). Amoureux des
mots que nous sommes, nous ne pouvons que le rejoindre.
Bon
surf littéraire.
Nina
Siget.
Dimanche
17 mars 2001.
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