janvier 2002
 

une toile de Laurence de Sainte Mareville

Des cités et des histoires

 par Anita Beldiman-Moore

Présentation des texte en prose choisis par le comité de lecture pour le mois de janvier 2002

 

Bonjour à tous, ce mois-ci trois textes, trois auteurs s'offrent à nous. Trois villes aussi dans ce qu'elles ont de plus différent et de plus caractéristique.

New York d'abord et ses cadres affairés, stressés, courant à côté de leur propre vie que l'on retrouve dans "Demain" de Pierre-Jean Bascuñana. L'auteur, admirateur de Vladimir Nabokov, Philip Roth et Jim Harrison connaît bien ce milieu des affaires et de l'entreprises. Richard Mainville remarque que "la trépidence de New
York est bien rendue"
et Paul Raucy ajoute que le récit donne "une idée de
l'ordinaire dans ce qui peut apparaître comme exotique"
. Quel autre décor choisir en effet pour cette nouvelle qui nous parle du temps qui s'arrête soudain et nous laisse isolé, immobile au milieu de la foule qui passe à son ryhtme dément. Paul Auster ne nous avait-il pas prévenus : "New York était un espace inépuisable, un labyrinthe de pas infinis, et, aussi loin qu'il allât et quelle que fût la connaissance qu'il eut de ses quartiers et de ses rues, elle lui donnait toujours la sensation qu'il était perdu. Perdu non seulement dans la cité mais tout autant en lui-même" (La cité de verre - Trilogie new-yorkaise, Actes sud (Babel) : 1991).

Varragne ensuite... Varragne ou la quintessence de la petite ville de province ou les personnages tournent entre les murs qu'ils ont eux mêmes errigés. Varragne ou le paradis perdu de l'innocence et qui s'incarne en cette femme hors des normes et du temps, "La jouisse", tout au long de l'émouvante nouvelle de Virginie Durant qui a fait écrire à Lise Willar : "Excellent, émouvant. je n'ai rien à ajouter". Ajoutons cependant que l'auteur n'en est pas resté là puisqu'elle a publié en 2000 son premier roman "Emma Rovski" aux Editions du Moine Bourru et que s'annonce déjà le prochain "Caveau des brunes".

Venise enfin. "Venise ! Est-il une ville qui ait été plus admirée, plus célébrée, plus chantée par les poètes, plus désirée par les amoureux, plus visitée et plus illustre ?
Venise ! Est-il un nom dans les langues humaines qui ait fait rêverr plus que celui-là ? Il est joli, d'ailleurs, sonore et doux : il évoque d'un seul coup dans l'esprit un éclatant défilé de souvenirs magnifiques et tout un horizon de songes enchanteurs." Guy de Maupassant dans "Une belle fierté de gloire ancienne" (Histoires de Venise, Ed. Sortilèges : 1996).

Venise que Guillemette de Grissac et sa délicatesse habituelle dessine comme une dentelle mais non sans cruauté dans ses "Trois contes vénitiens" qui ont enflammé Lise Willar : "J'ai tout aimé, le style flamboyant de noms et d'adjectifs multicolores, les
connaissances artistiques, le choix des peintures et des bâtiments historiques"
et dont Catherine Raucy loue le "goût pour la satire qui donne lieu à des textes réussis, à l'humour plutôt féroce". En écho à la présentation de Maupassant Lise admire l'originalité des récits : "les thèmes sont aussi surprenants qu'inédits".

Laissez vous donc emporter vers ces rivages littéraires et prendre par la magie des trois narrations de ce mois, sans chercher à y trouver la vérité mais seulement des morceaux de vie (vécus, rêvés, qu'importe). Car comme le dit la citation préférée de Pierre-Jean Bascuñana :

"Il n'y a pas de vérité, il n'y a que des histoires." (Jim Harrison)