Le comité de lecture n'a pas eu beaucoup
de chance en ce premier mois de l'année. Sur un grand nombre de
textes reçus et lus, seulement deux, deux auteurs et deux textes
ont su nous émouvoir, nous donner envie de poursuivre. Le travail
des membres du comité de lecture en poésie est substantiel, la
lecture ne manque pas, contrairement au temps... Pourtant parfois,
ces mêmes membres aimeraient publier un plus grand nombre de poèmes.
Alors comment faire ? Nous recevons beaucoup de textes, vous êtes
nombreux à nous proposer vos écrits. Je serais tentée de vous inciter
à les soigner jusqu'à la perfection, de nous offrir le meilleur
; ça n'est pas facile, sinon il ne serait pas utile de parler
à nouveau du problème de la publication des textes sur Ecrits...
Vains ?
Donc à ce jour, nous
avons sélectionné Muriel Modely avec son déroutant poème " La
jeune fille avait un rat à son côté" et Thierry Roquet avec
"Une soirée tranquille". Vous connaissez ces deux auteurs
car Thierry a été notre coup de coeur dernièrement. Quant
à Muriel, certains de ses textes sont déjà dans la librairie. Nous
les encourageons, leur écriture tient la route, ils iront plus
loin encore, ils en possèdent les moyens.
"La jeune fille
avait un rat à son côté " de Muriel Modely : "Il y a
quelques très beaux passages. La dernière strophe est superbe",
Ghalia El Boustami.
(...)
Que
la vie est amère
Que la vie est citron
Qu'il faut bien des frissons
Pour déglutir son jus
Sans grinçailler des dents
« Pauvre, pauvre maman , songe Alice,
Couchée dans le froid de ta boîte,
Que valent tes sermons ? »
Sa mère nourrit les fleurs dans le fond du jardin
(...)
Ce poème surprend. Il commence
doucement, sans en avoir l'air... Presque une chanson. Puis,
sans y prendre garde nous sommes, nous lecteurs, confrontés à
ce qui touche à la profondeur de l'Etre.
Le
second texte sélectionné," Une soirée tranquille " de
Thierry Roquet, n'est pas si tranquille que ça…
(...)
un
pull noir sur le dossier de la chaise
ses bras touchant le sol
mollement
j'ai ouvert les volets...
La poésie de ce texte réside à la fois dans un savoureux mélange
d'angoisse et de dérision face à une situation des plus banales
:
Un homme rentre chez lui comme tous les soirs et se laisse aller
aux gestes mécaniques, ces petits réflexes, ce fameux rituel de
l'ordinaire qui plongent l'individu dans des pantoufles de glue.
Soudain, la conscience se ranime, l'homme surprend le tapage de
l'absence de ses proches… et c'est la panique.
La chute est édifiante ! Thierry Roquet a su nous éviter la petite
morale prévisible, confortable, mais surtout… pantouflarde.
Ghalia El Boustami nous écrit à son propos : "
... j'ai un coup de coeur (...) C'est
très original. Cet auteur a vraiment un style particulier. Il
nous mène en bateau dans son monde, d'émotion en émotion, avec
humour et une certaine pudeur, avec tendresse."