La démarche de Jean François Paillard est originale. Ecrivain, il a publié un premier
roman foisonnant, délirant et sombre, lan dernier, Animos (éditions
du Rouergue, collection La Brune ), associé à un album
dimages qui met en scène lunivers graphique du roman intitulé le Guide du
XXI siècle[1].
En septembre prochain paraîtra son deuxième roman et son pendant illustré, la vie
rêvée, le tome II du guide susnommé. Entre lécriture et le dessin quil
pratique depuis son plus jeune âge, Jean François Paillard a résolument décidé de ne
pas choisir. Il souhaite même réitérer tous les 2 ans cette expérience, en publiant un
roman complété par un ouvrage graphique.
Des champs de betteraves à Sciences Po en passant par San
Francisco
Jean François Paillard est né, à Paris, en 1961. Il grandit en grande banlieue
parisienne, dans un village perdu au milieu des champs de
betteraves
Cest lépoque où les cadres et les ouvriers
essaiment autour de Paris où lindustrialisation va grand train, où les paysages
ruraux se transforment, les villes nouvelles surgissent et grignotent la campagne. Thème
quon retrouve dans Animos : cet environnement urbain plaqué, comme factice, au
milieu des champs qui fait dire à Jean François quil a limpression
dêtre un peu de nulle part , sans vraies racines. Ce sentiment est
renforcé au cours de son adolescence, lorsque ses parents sinstallent à Mantes la
Jolie. Univers petit bourgeois où on tenait à distance
tout ce qui rappelait la banlieue mais où le sentiment dêtre
coincé dans un univers conçu par des gens qui ne vivaient pas sur place
est le même pour tous.
Après son bac, Jean François vit un an aux USA, près de San Francisco. Il y
apprécie une ambiance assez surréaliste , on est en 78,
cest encore les hippies, un esprit de contestation, des villas en cèdre rouge au
milieu de paysages désolés. Il rencontre des vétérans du Vietnam, des gars dune
trentaine dannées cassés dans leurs têtes et
côtoie une génération proche de la sienne pour qui la guerre nest pas quun
simple mot.
Cest aussi la découverte dune autre littérature (Hubert Selby Jr, Hunter S
Thompson, BD underground, etc.), issue de la contre-culture hippie des années 70.
Un vrai choc littéraire, jai découvert quon pouvait écrire
dune façon beaucoup plus libre .
A son retour, Jean François prépare un peu par hasard, le concours dentrée à
Sciences Po, et le réussit. De 81 à 88, il mène une vie détudiant
attardé et se passionne pour les Sciences Humaines (droit, anglais,
préparation de lagreg de sciences sociales, DEA de sociologie à lEHESS,
etc.). Durant 7 ans il étudie, tout un tas de choses en marge de la
littérature , lit énormément dessais (philo, socio), pioche à
droite à gauche des savoirs, des expériences. Tout en écrivant en marge, des textes
courts, des nouvelles, ce qui lui fait dire quil se considère un
peu comme un autodidacte de lécrit .
De lentreprise à lécriture
Après avoir côtoyé le monde de lentreprise durant quelques années et avoir
exercé différentes fonctions (consultant, chargé de mission dans un groupe de maisons
dédition, directeur des ressources humaines
), Jean François est
aujourdhui journaliste free lance et surtout écrivain. Cest
toujours difficile de lier activité professionnelle assez intense et son propre travail
de création mais jessaye vraiment que ce ne soit pas quun simple hobbie.
Lunivers professionnel est à la fois source de compromission et dinspiration
importante. Il faut en passer par-là pour savoir ce que cest que de se
compromettre dans un univers professionnel (Il a participé au cours de
sa carrière à la mise en place de plans sociaux
).
Analyse de la compromission
Ses thèmes de prédilection puissent leurs racines dans son vécu aussi bien personnel
que professionnel. Tout ce qui touche à la compromission et par extension à
lunivers concentrationnaire lintéresse et lui pose question. Ce sont des
thèmes quon rencontre dans Animos et quon retrouvera dans son prochain roman.
Son intérêt marqué pour la guerre et les camps est lié à un épisode assez curieux de
son enfance. Jean François, âgé de 8 ans tout au plus, est emmené par ses parents en
visite au mausolée de la déportation à Paris. Il sy perd et est confronté à des
images et des photographies abominables et dérangeantes qui le marquent fortement. A sa
sortie du musée, le fait de voir que la vie continuait malgré tout,
quil faisait beau ma pas mal frappé... Lévénement nen a été
que plus traumatique pour le gosse que jétais ! .
Par une approche littéraire, nourri de ses lectures et de son intérêt pour la
sociologie, il tente de comprendre comment les individus sont capables de
sengager dans des processus de destruction massive, comment ceux-ci arrivent à se
compromettre dans des organisations qui les dépassent (
,) tout ce travail
dautojustification dactes injustifiables (A grande
échelle : cf. Papon, lAllemagne nazie, etc.), et plus proche de nous cette
logique denfermement assez implacable qui nous concerne tous
à travers les thèmes de lurbanisation galopante, la rurbanisation, la
transformation de zones rurales en zones commerciales, anonymes
Ainsi dans son second roman, le personnage principal un jeune cadre
dune entreprise immobilière, va être amené à faire des choses pas très
sympathiques
Il vit dans une résidence gardée, il conduit une bagnole automatique,
traverse des zones dactivités, fait ses courses dans des centres commerciaux
géants
Encore une fois, creusant ces thèmes abordés dans Animos, où sa volonté était de
sonder les conséquences philosophico-sociologiques de laprès guerre (enfermement,
isolement, urbanisme, etc.) Jean François sinterroge sur la manière dont on
participe sans y penser à des processus globaux, questionne la notion de paysages
modernes, de zones urbaines et isolées, scrute nos manières de vivre et dhabiter
aujourdhui lespace.
Le tome II du guide du XXI siècle se présentera comme une sorte de
critique en images de cet univers commercial mais aussi comme un livre de chevet (sans
prétention aucune) qui veut explorer des thèmes différents traités à lemporte
pièce .
Naissance dAnimos
Lhistoire dAnimos, de sa conception est une longue histoire. Féru de
nouvelles et de poésie, Jean François commence par écrire des textes courts quil
envoie à différentes maisons déditions. Contacté il y a plus de dix ans par Les
Presses de la Renaissance, on lui conseille vivement décrire un roman, car les
nouvelles décidément ne sont pas très vendeuses surtout lorsquon est inconnu.
Animos est ainsi composé de textes écrits aussi bien il y a 20 ans que dautres
beaucoup plus récents. Lintérêt de lécriture réside dans le style et les
techniques employés. Jécris des petits textes en essayant de varier aux
maximum les plaisirs . Jean François constitue une sorte de bases de données
qui va donner naissance à une histoire globale puis il élague petit à petit. Avec les
images du guide du XXI siècle, il procède de la même manière, accumulant depuis
lenfance des matériaux divers, qui peu à peu prennent forme, se répondent. :
je garde énormément de choses
Animos réussit lécrit
Laccueil de la presse est plutôt positif. Pour Jean François un
premier roman est remarqué ou il est totalement ignoré mais je ne sais pas si seule la
qualité littéraire est en jeu
Au début lorsque le livre sort on est très
content, on dévore les critiques puis on se demande si certains lont vraiment lu
Les réactions des lecteurs sont évidemment importantes. Elles surprennent parfois,
certains ont vu des choses dans le livre auxquelles on navait pas même pensé
et passe loral
Jean François, par lintermé diaire dun ami, Laurent Benjamin, directeur des
éditions théâtrales Crater ( http://www.geocities.com/~ruisseau/editions/crater.html
) fait la connaissance dun comédien Jean Marc Hérouin à qui il propose de faire
des lectures publiques et /ou radiographiques de passages dAnimos. Cette rencontre
débouche sur une adaptation théâtrale dune partie du roman donnée lété
2000 à Avignon (Off). Un projet est en cours, celui dun film vidéo dune
heure basée sur cette expérience. A suivre,
donc !
Pour les impatients et les curieux qui ne
pourront attendre lan prochain pour découvrir le nouveau roman de Jean François
Paillard (toujours aux éditions du Rouergue) une partie des images et du texte de La vie
rêvée (tome II du guide XXIème
siècle) paraîtra, pour nous mettre en appétit, dans la revue darchitecture
INEX[2], une revue annuelle atypique publiée par le groupe Périphériques
(soa@club-internet.fr), qui nhésite pas à donner la parole à des artistes sur des
questions liés à lurbanisme.
Influences diverses :
Littérature :Raymond Carver, Robert Coover, Hubert Selby Jr, Henri Michaux, Robert
Pinget, Céline
Sciences humaines : Erwin Goffman (et plus particulièrement les études de
sociolinguistique), Luc Boltanski, Pierre Bourdieu
BD : Moebius
Poésie :Christian Prigent, Edouard Glissant, Jacques Roubaud (les expériences de
lOulipo),
Théâtre : Christian Siméon, Remi De Vos, Christian Rullier
En savoir plus sur Animos : http://www.lerouergue.com/adulte/labrune/labrune_frame.html
Lire la critique en ligne sur paru.com :
http://paru.com/redac/critiqueLittérature/axxxx617.htm
Contacter lauteur : jean-francois.paillard@libertysurf.fr
[1] Auto-édité. On peut le trouver dans toute bonne librairie dart, dans
certaines galeries. Et par exemple Au Funambule , 48, rue Jean
Pierre Timbaud, Paris 11ème.
[2] Librairie Hune par exemple, dans toutes librairies dart et darchitecture.
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