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La critique de Moi, Dora Maar,
par Brigit Bontour

 

Entretien avec 
Nicole Avril

par Brigit Bontour

   Ecrits...vains  ?  Pourquoi vous êtes-vous intéressée à la personne de Dora Maar en particulier ?

Nicole Avril :

J’ai toujours été fascinée par Picasso dont j’ai vu la majeure partie des expositions lui étant consacrées. De la même façon je collectionne les livres écrits à son sujet. Donc j’ai été souvent amenée à croiser Dora Maar, tant elle est indissociable de la vie du peintre.

D’autre part l’histoire de Dora se confond avec  celle du siècle. Elle a connu tous les auteurs ou peintres qui ont poussé les gens de ma génération à peindre ou à écrire.

Elle est une figure emblématique du 20 ème siècle :  avec la guerre et l’entrée dans le monde moderne. Elle est aussi la seule avec qui l’amour de Picasso s’est décliné sur tous les registres  à travers ses œuvres : une très rare douceur dans les premiers portraits : « Dora », la sensualité débridée avec le »Minotaure » et enfin la rupture avec la « Femme qui pleure ».

Le peintre a construit une partie de son œuvre majeure sous les yeux de Dora. Guernica, bien sûr le tableau le plus symbolique, dont elle a suivi la réalisation en photographiant toutes les étapes du chef-d’œuvre, mais bien d’autres aussi.

 

Ecrits...vains  ?

A quels auteurs pensez-vous lorsque vous parlez de ceux qui vous ont incité à créer ?

Nicole Avril :

Eluard bien sûr que j’ai beaucoup lu, mais aussi Bataille,  Breton, les surréalistes.

J’ai été fascinée par les rapports d’amitié amoureuse entre Eluard et Dora. Les étés de Mougins sont en fait  de merveilleux étés à quatre.

 Ecrits...vains  ?

 Comment avez-vous « rencontré » Dora plus précisement  ?

Nicole Avril :

Lors de la vente de 1998 au palais de la Chimie à Paris,  après sa mort.

Bien qu’elle ait vécu plus de quarante ans après sa rupture avec Picasso d’une façon assez modeste – économiquement parlant-, elle n’a jamais vendu un seul des objets, toiles, ou dessins qu’il lui avait donnés.

Tout un pan de l’oeuvre de Picasso est alors apparu : beaucoup de choses n’avaient jamais été vues.

Elle avait tout gardé avec une fidélité totale. Cette qualité est  aussi rare et extraordinaire que la richesse des trésors découverts ce jour là.

 Ecrits...vains  ?

Trouvez-vous concevable l’histoire de Dora Maar, cette femme intelligente, célèbre qui s’efface totalement après la fin de sa passion pour un homme, aussi génial soit-il ?

 Nicole Avril :

Je crois qu’il faut nuancer le propos : elle  a été très célèbre, mais n’est pas devenue inconsistante après leur relation : elle a continué à créer. Différement bien sûr et se tenant loin des feux de l’actualité.
Avant sa rencontre avec Picasso,  elle était peintre et photographe : elle avait eu le temps de balayer tous les genres photographiques. De la publicité (Pétrole Hahn en 1935) à l’art,  à la mode avec Assia un célèbre mannequin de l’entre deux guerres, ou au social avec ces photos sur la misère prises dans les rues de la banlieue de Londres.

Elle avait participé comme photographe à de nombreuses expositions où elle était souvent la seule femme et avait atteint un niveau proche de celui de Man Ray, tout en gardant sa propre sensibilité proche des surréalistes.

Après sa rupture avec Picasso, elle a continué à peindre. D’abord très influencée par lui elle s’ en est totalement dégagée  pour aller vers une abstraction mystique, alors que  Picasso ne s’est jamais illustré à travers l’abstraction . Bien au contraire, puisqu’au siècle de l’éclatement, de la métamorphose du visage, il l’a toujours maintenu.

 Elle s’est tournée par choix vers le mysticisme. S’est rapprochée de ce qu’elle avait vécu avec les surréalistes, eux-mêmes inspirés par les mystiques Espagnols. Il ne faut pas oublier que Paul Eluard a écrit en 1929 « Mourir de ne pas mourir » d’après Thérèse d’Avila.

 

Ecrits...vains  ?

Pourquoi décrivez-vous une telle passion d’une façon si calme, si tranquille ?

 Nicole Avril :

Pour trois raisons :

D’abord parce-que je situe le roman en 1973, juste après la mort de Picasso. Trente ans après leur rupture, elle a eu le temps d’effectuer son travail de deuil. La passion s’est muée en amour. Elle n’a plus à craindre ses rivales, à le disputer aux autres femmes.

D’autre part, l’histoire est si forte qu’on n’a pas besoin d’en rajouter dans le baroque. Que pourrais-je dire de plus quand Picasso à la fin de leur passion et au début de son amour pour Françoise Gillot vient chez elle,  avec sa nouvelle conquête en lui disant « voilà, cette enfant a trop de scrupules. Elle s’imagine avoir une part de responsabilité dans notre rupture. Je lui ai affirmé que tout était fini entre nous et je veux que vous le lui disiez aussi  pour qu’elle le croie »…. ?

Je pense que cette scène est assez forte en elle-même sans avoir besoin de forcer le trait.

Enfin, J’ai écrit le roman à la première personne du singulier et je pense que le JE se suffit à lui-même.  Il est un outil qui donne la possibilité de conjuguer l’histoire sur plusieurs temporalités.