Sommaire de la rubrique entretiens avec des écrivains

La critique du "Bal des louves",
par Brigit Bontour

 

Entretien avec
Mireille Calmel

par Brigit Bontour

Après l'immense succès du lit d'Aliénor vendu l'an dernier à 8OO OOO exemplaires, Mireille Calmel, auteur d'à peine quarante ans nous livre cette année les deux tomes du Bal des louves. Cette histoire se déroulant au seizième siècle entre une forteresse auvergnate et la cour de François 1er mêle sur fond de surnaturel, histoires d'amour de haine, d'alchimie pour deux livres qui n'en font qu'un et paraissent bien courts malgré leurs 8OO pages.

BB
Le Bal des louves se déroule au moyen âge. Cette période est-elle une obsession pour vous, puisque le " Bal d'Aliénor " se déroulait déjà à cette époque ?.

Mireille Calmel.
Non, je ne suis pas spécialement fascinée par le moyen âge. Toutes les époques m'intéressent. Ma seule obsession est de raconter une histoire. Demain j'écrirai peut-être un roman ayant pour cadre le siècle actuel.

BB
Vos personnages ont-ils une existence historique avérée ou sont-ils parfaitement imaginaires ?

M.C
Comme dans tout roman, certains ont existé comme Huc de La Faye, parfait gentleman du seizième siècle, le seigneur de Chazeron a également vécu, mais était-il le monstre que je décris, je ne sais pas. Triboulet le fou du roi était aussi un personnage réel. Quant à Isabelle de Saint Chamond, devenue première lingère de France elle a bien existé, même si sa jeunesse parmi les loups, son viol par Chazeron sont issus de mon imagination.

BB
Quel a été l'élément déclencheur du livre ? le lieu, l'envie de raconter comme pour Aliénor, l'histoire d'une femme hors du commun ?

M.C
Tout est parti d'un rêve : une nuit j'ai fait le cauchemar très violent d'une femme violée, laissée pour morte au bas d'une forteresse. Ce rêve m'a hanté et lors de vacances en Auvergne, en août 1999, alors que je terminais Aliénor, j'ai découvert un pan de mur perdu dans la montagne, seul vestige d'un château du moyen âge. Lors de cette visite, un violent orage s'est déclenché. Un déclic s'est produit, me renvoyant à l'atmosphère exacte de mon rêve. Mon travail de romancière a commencé. J'ai interrogé les gens du village qui m'ont raconté la légende maudite du lieu : une femme loup, une sorcière assassinée, un trésor anglais, un seigneur bizarre, une généalogie avec un chaînon manquant, et surtout ce château abandonné.

BB
Et toutes ces légendes se déroulaient autour de 15OO ?

MC
Oui Tout à fait. C'est un moment passionnant de l'histoire où existaient 15OO sociétés secrètes tournant autour de la recherche de la pierre philosophale. Mais pas seulement. Car on pensait aussi que si l'on pouvait transformer le plomb en or, il était également possible par la mutation de découvrir le secret de la vie eternelle.
Des croisements femmes animaux furent réalisés dans ce but. Ce fut en quelque sorte le début des mutations génétiques, car à cette époque, le ventre de la femme était considéré comme un athanor à part entière puisque de ce corps naissait la vie sans que l'on puisse vraiment encore l'expliquer. C'est aussi vers 1500 que furent écrits les premiers traités de lycanthropie.

BB
Comment expliquez-vous la place des loups dans votre roman, mais plus encore le fait que ces animaux, en général effrayants, maléfiques, soient dans votre récit du côté du bien, comme Cythar protégeant Isabeau et sa fille ?

MC
Excepté le climat historique, géographique où les loups avaient une place prépondérante dans les campagnes, J'ai pensé au mythe de Romulus et Remus…
Mais surtout Ils sont le symbole de mon livre qui est avant tout une histoire de clan familial réuni, malgré l'adversité la plus terrible que l'on puisse imaginer. Car on le sait maintenant, les loups sont des animaux qui vivent en groupe, en famille même. Ils n'attaquent qu'en cas de danger extrême pour eux, ce qui en fait résume bien l'esprit de mes personnages et du livre. Ils se défendent contre l'ordre établi, contre l'injustice dont le viol d'Isabeau est la pire humiliation qui soit et d'où découle tout le roman.

BB
A la fin du livre, vous citez une importante bibliographie, avez-vous rencontré des historiens, leur avez-vous soumis des passages de votre texte ?

MC
Non, car je n'ai pas écrit un traité d'histoire, mais un roman. Et les historiens auraient probablement trouvé certains passages beaucoup trop farfelus. Toutefois j'ai effectué d'importantes recherches historiques aux archives de Thiers. La quête de la pierre philosophale a bien existé, la croyance en la sorcellerie et les loups-garous aussi, mais mon propos était autre : tout simplement raconter une histoire d'amour et de vengeance.

Propos recueillis par Brigit Bontour.