Baroque et flamboyant
Entretien
avec Paul Borelli
http://www.multimania.com/blacksmile
par
Jacques Teissier
"Mon ambition est d'écrire des romans baroques et flamboyants.
Je veux qu'ils émeuvent au plus profond, qu'ils laissent des traces indélébiles."
Paul Borelli

La maison malade, par Paul Borelli
Paul Borrelli, jaimerai que vous vous présentiez,
que vous nous parliez un peu de vous, de votre vie, de votre environnement.
P.B. : Cest me donner beaucoup dimportance que de me poser cette question. Je préfèrerais parler de mes romans, de mes personnages, ils me paraissent plus dignes dattention. Mais je vais répondre parce quil y a des effets directs de certaines rencontres sur ce que jai créé ensuite, et que ça peut éclairer, expliquer... Certains se demandent sans doute et ils ont raison - ce qui peut bien pousser à écrire des livres pareils !... Disons, pour satisfaire votre curiosité, que de par mon caractère je suis très rêveur, extrêmement sensible. Jai toujours été attiré par la création ; mes domaines de prédilection sont la musique, les arts plastiques ( limage en général ) et la littérature.
Je suis né le 11 avril 1959 à Toulon. Enfant, je menfuyais dans dinterminables rêveries. La réalité mennuyait. Je jouais peu avec les autres. Je regardais les films d'Hitchcock à la télévision, ils me fascinaient. Jusquà lâge de quatorze ans, jai vécu comme seul. Javais eu quelques copains mais ça ne collait pas vraiment. Après, mes parents ont réussi à acheter une villa dans un petit quartier à Toulon. Cest à ce moment-là que jai connu Pierre-Christophe Cartereau, qui allait devenir mon meilleur ami. Son influence sur ce que jécris est importante. Cétait un rêveur et il avait une extraordinaire facilité pour non seulement fantasmer tout un univers poétique, mais encore pour le raconter de façon vivante. Cest lui qui a développé mon goût pour le fantastique et les rêves. A cette époque, nous lisions surtout Lovecraft. Jentrais alors dans ladolescence et jai donc réagi très fortement à cette amitié avec Pierre, qui a pris pour moi un caractère magique, sans doute à contrecoup de lextrême solitude qui avait précédé.
Dautres rencontres furent décisives.
Dans les années 80, fasciné par Magma et Christian Vander, jai monté un groupe pour lequel je composais et jouais des claviers. En même temps, enthousiasmé par le film Alien, je me suis mis à fabriquer des maquettes de vaisseaux spatiaux et à peindre à laérographe. Je lisais également mes premiers romans de Dick.
Jai connu luvre de Brussolo à lépoque de mes études de psychologie à Aix-en-Provence. Cest une période assez heureuse et étrange dans ma vie. Javais perdu Pierre de vue mais Brussolo avait cette même puissance visionnaire. Je vivais à un rythme frénétique : je métais inscrit à la fois en psycho et sciences de léducation, je travaillais comme un forcené. Je me demande où je trouvais lénergie de lire autre chose en plus. Jai même eu la chance de suivre le cours de littérature comparée animé par Roger Bozzetto, sur le policier et le fantastique. A cette époque, je ne pensais pas sérieusement à écrire. Pour moi, cétait comme si Dick, Ballard ou Brussolo vivaient dans un autre monde que le mien, inaccessible. Quand au roman noir, je nosais même pas en lire !... Mais javais été marqué par des films comme " Linconnu du Nord Express " ou " Psychose ", de Hitchcock, ou encore le " Freacks " de Tod Browning - déjà le mélange des genres, à lépoque...
En fait, jai découvert à la fois la psychologie clinique et mes auteurs préférés. Curieusement, le hasard a bien fait les choses : mon professeur de psychologie clinique, Marcel Thaon, était en même temps un spécialiste de luvre de Dick ! Lorsque je lai su, nos conversations sont devenues fréquentes et longues, elles ont quitté leur ton pédagogique et ont porté essentiellement sur la création de textes. Parallèlement à mon mémoire de maîtrise ( une étude en psychologie sociale expérimentale sur la créativité ), je me suis mis à rédiger un premier roman, Fantasmes Urbains, que jai soumis à Thaon et quil a apprécié. Puis un second, Poussières. Je continuais à lire, Dick et Brussolo essentiellement, en même temps que des bouquins théoriques en psychologie.
Les bribes dun troisième roman sont apparues quelques temps plus tard, après une large pause consacrée à la musique et aux arts plastiques. Entre temps, javais quitté la fac et trouvé un emploi. Javais renoué le contact avec Pierre-Christophe, qui ma encouragé lorsque je me suis remis à écrire.
Lenvie ne mavait pas quitté, bien au contraire. Mais je butais sur une difficulté : mon troisième roman relevait manifestement dune intrigue policière, et donc il comportait une enquête. En attendant de résoudre le problème, jai décidé de franchir le pas, et de me mettre à lire des romans policiers. Mieux vaut tard que jamais ! Jappréciais tout particulièrement Bloch, Harris et Ellroy. Sans doute influencé par mon passage à la fac, je mis à profit lenseignement de Bozzetto à travers une étude extrêmement serrée du Dahlia noir, le plus foisonnant des romans de James Ellroy. Javais fini par oublier mon manuscrit. Quelques mois plus tard, un soir, en discutant avec ma femme, le déclic sest fait dun seul coup ; jai foncé griffonner sur un carnet les bases de lintrigue de mon roman Lombre du chat. Quinze mois plus tard, il était terminé. Je lai confié à Françoise Poignant, de la revue 813, les amis de la littérature policière. Jétais persuadé que je nen entendrais plus jamais parler, aussi me suis-je désintéressé de la question. Elle la fait parvenir à Claude Mesplède qui la montré à Pierre Michaut, de lAtalante. Celui-ci a décidé de me publier. Ce qui est drôle, cest quen tout, ça a pris moins de deux semaines alors que javais mis ma croix dessus. Jai même cru à une farce quand ma femme ma annoncé que Pierre Michaut avait appelé à la maison.
Il est évident que les auteurs que jai déjà cités mont façonné, dune certaine façon. Je ne pourrai dire en quelle mesure mais il faut savoir reconnaître ses dettes.
Il y a aussi dautres apports : Bukowski et Fante, entre autres ; le cinéma de Fellini, Lynch... Mais ma référence intime, le refuge, cest lextraordinaire roman de Dick " Substance-mort " ( éditions Denoël, présence du futur ). Quand je vais mal, jouvre ce livre et je retrouve immédiatement son charme, jamais usé. Cest une sorte de pansement psychique. Cest un roman mal connu, qui justement, mélange les genres lui aussi. On ne le connaît que dans le cercle des amateurs de SF, où il est plus ou moins apprécié, car en marge du reste de sa production. En réalité cest un roman noir à part entière, LE roman noir de Dick. Cest sans doute le livre le plus merveilleux que je connaisse et la source de mon inspiration. A une époque, jen offrais des exemplaires à tous les gens que je connaissais. Heureusement, ça ma passé. Mais jen ai toujours quelques-uns chez moi, on ne sait jamais...
Quelques mots sur les arts plastiques ?
P.B. : Jai eu plusieurs périodes. Quand je suis sorti de ma période de fascination intense pour les monstres et les vaisseaux spatiaux, cela correspondait à mon entrée en faculté, je navais plus le temps ni la place de créer des volumes ni de peindre à laérographe. Par contre, jai rencontré dautres étudiants qui sintéressaient à linformatique graphique, et ça a été mon premier contact avec cette approche, qui à lépoque nétait pas vraiment au point. Les machines étaient trop lentes et leurs prix prohibitifs. Plus tard, je me suis mis à créer des bas-reliefs abstraits, qui rassemblaient toutes sortes de techniques, aussi bien le maquettisme, que la peinture à laérographe, les mélanges de matériaux, toutes sortes dexpérimentations, etc. Puis jai eu envie de me consacrer au métal, avec lequel je fabriquais des masques en pièces mécaniques soudées, sur lesquels je peignais ensuite. Ils avaient à la fois quelque chose de robotique et de primitif, ce qui a priori est antinomique, mais pas tant que ça en fait. Mes masques font penser à lart Inca, que jadore. Cest en quelque sorte de lart primitif post-industriel. Jimagine volontiers un monde à la Mad Max dans lequel un original, un visionnaire, utiliserait les restes de la technologie agonisante pour créer ses propres divinités, un nouveau culte à son usage personnel...
On pourrait me reprocher de me disperser. Cest peut-être vrai, après tout. Mais jai besoin dévoluer dans des domaines distincts, cest mon côté rebelle. Quand je suis avec des musiciens, jéprouve lenvie de parler romans. Quand je suis dans un milieu littéraire, je me retrouve à chantonner des plans de basse ou à battre la mesure dans mon coin. Je ne veux pas me laisser enfermer dans un ghetto, jai un côté sauvage, même sil est assez discret. De manière générale, je naime pas trop me faire remarquer. Et puis, avec les gens, on a vite fait de fantasmer et souvent, la réalité nest pas à la hauteur... Les gens qui mont le plus apporté, ceux qui mont étonné, étaient toujours ceux quon ne distinguait pas de prime abord, ceux qui se faisaient oublier ; les frimeurs attirent plus vite mais on en fait le tour en deux minutes. Je suis discret mais jadore discuter et plaisanter. Je crois quau fond jai besoin des autres, jai très envie de contacts fraternels, chaleureux ; en même temps, comme tout le monde, je cherche à me protéger. Cest sans doute pour ça quécrire est si important : mes personnages me tiennent compagnie, il y a des moments où je me sens si oppressé, si seul, que jai besoin de leur donner vie. Un peu comme les enfants avec leur ours en peluche ou leurs figurines en plastiques, quils font parler pendant des heures, et quils entraînent dans des constructions dramatiques interminables, sur fond daventures, de trahisons, de combats inégaux... Oui, ce sont mes jouets, je lavoue. Je nai pas encore passé lâge et je doute que cela viendra jamais.
Votre éditorial nous a déjà apporté quelques réponses
précises sur ce que vous cherchez à travers lécriture. Je veux,
dîtes-vous, " communiquer avec mon lecteur sur le terrain de l'intime ".
Vous ajoutez que votre " première motivation, (
) est de témoigner,
d'une part, et d'échanger un contenu fantasmatique troublant avec le lecteur,
ce qui procède d'un puissant désir d'osmose, de partage, d'intimité. "
Il est rare dentendre un romancier parler aussi franchement de ses relations avec les lecteurs. Au moment de lécriture elle-même, quel est votre représentation du lecteur virtuel pour qui vous écrivez ?
En ce qui concerne votre rapport aux lecteurs (réels), quen est-il une fois le roman publié ? Y a-t-il adéquation ou non ?
P.B. : Ce que japprécie particulièrement dans le fait décrire, outre les satisfactions strictement personnelles que jy trouve, cest aussi cette possibilité de dialoguer avec dautres, de partager des fantasmes, dapporter à des inconnus ce que Dick ma offert, sans me connaître. Je fonctionne essentiellement au sentiment de gratitude. Des gens comme Phil Dick, Christian Vander, Serge Brussolo, James Ellroy, Hans Rudi Giger, Alfred Hitchcock, Ridley Scott, mont apporté lessentiel, à un moment donné de ma vie où jen avais besoin. Ils mont aidé à me trouver, à me construire. Je ne les en remercierai jamais assez. Alors, si je peux à mon tour offrir ce cadeau à dautres, même si je nen ai aucun retour, jestimerai avoir fait quelque chose de bien dans ma vie. Mais quand jai écrit Lombre du chat, je lai dit, jétais persuadé que le manuscrit dormirait au fond dun tiroir pendant des années. En fait, je ne pensais quà un seul lecteur : mon ancien professeur, Marcel Thaon. Je me disais quil serait drôlement fier et heureux de lire mon nouveau roman. Jignorais quil était décédé entre temps. Quand le roman a été fini, jai cherché à entrer en contact avec lui, les secrétaires ne connaissaient même pas ce nom... Jai eu un sentiment dirréalité, plus personne ne savait qui était Thaon, je croyais faire un mauvais rêve, comme Jason Tarverner, le héros Dickien de " Coulez mes larmes, dit le policier ". Jusquà ce quun autre enseignant mannonce la triste nouvelle. Mais bon, Thaon ma guidé pendant les moments de découragements, je me reprenais en me disant que je serais tellement heureux de lui montrer mon texte, quil fallait que je maccroche... Cest pour cela que jai voulu le lui dédier. Dailleurs le psychiatre Maurice Brugier en est une émanation directe. Ceci dit, quand on parle du lecteur anonyme, je ne me le représente pas vraiment. Jaccorde une importance à limpact que mon texte aura sur lui, mais jy pense quand le passage est écrit. Pendant le temps où je le construis, je suis seul avec le texte, à peser scrupuleusement chacun des détails. Si je suis vraiment content de ce que jai fait, alors je pense aux réactions possibles... Maintenant, pour ce qui est des relations avec les lecteurs, il est rare quon voie les gens après quils aient lu... Le plus souvent, dans les salons, je rencontre des amateurs de romans noirs qui ont entendu parler de mes romans et sont curieux de les découvrir... Il est arrivé, cest plus rare mais ça compte énormément pour moi, que des gens se déplacent spécialement parce quils ont vu mon nom sur un programme, et ils viennent me dire à quel point ils ont aimé mon roman. Je me souviens dune très jeune fille qui mavouait avoir adoré Lombre du chat, jétais gêné parce que je la trouvais daspect fragile et cest un texte féroce par moments. Je ne voudrais pas quon se méprenne sur la teneur de mes romans. Cest vrai quils sont violents, choquants parfois. Mais cest naturel, puisque jécris sur ce qui me choque essentiellement. Le moteur principal de mon envie décrire, cest le malaise, la colère, la révolte. Je citerai ici les paroles que Serge Lançon adresse dans Trajectoires terminales à Nadia, une marginale quil a recueillie à bord de son camion lors de son enquête sur lautoroute : " La rage ? Tu ne sais même pas ce que c'est. Tu crois qu'il suffit de se balader avec le mot écrit en blanc sur fond noir ? Laisse-moi rigoler. La rage, ça ne s'affiche pas. La rage, ça te tord les tripes et ça t'empêche de chier. ça te tient l'il ouvert toute une nuit. ça t'étouffe, te rend malade, voilà ce que c'est. Pas une connerie d'inscription sur un t-shirt à trente balles ". Jai passé plus dune nuit à avoir la rage, à ne pas pouvoir dormir. Il y a un film qui correspond bien à mon état intérieur, cest " Chute libre ", de Joël Schmacher, avec Michael Douglas, Rachel Ticotin et Robert Duvall. Cest la dégringolade du héros, il a perdu son travail, sa femme la quitté. Coincé dans un embouteillage, il décompense, comme disent les psychiatres. Dun seul coup, la coupe est pleine, et il part en guerre contre tout ce quil ne peut plus accepter. Ma façon à moi de partir en guerre, cest décrire. Pas étonnant que ça dérange certains.
Vous
paraissez spécialement intéressé par le travail sur les personnages. Dans les
deux romans actuellement publiés, les personnages de Lançon et Canavese sont
des personnages complexes, très travaillés.
Quand vous commencez lécriture dun roman, quel est le point de départ de votre travail ? Les personnages ? Lintrigue ? Une atmosphère qui vous séduit et que vous voulez restituer ? Concrètement, comment sopère la naissance dun livre chez vous ?
P.B. : Tout est important. Mais les personnages, oui... je suppose que cest mon côté " psy " qui transpire... Le point de départ, comme je le disais, cest souvent lindignation, ou lincompréhension. Par exemple, pour mon second roman, Désordres, cest parti de la lecture dune biographie dAndrew Crispo, un richissime marchand dart de New York. Parti de rien, il avait réussi à devenir connu de tout le gotha mondain. Mais il est tombé peu à peu dans le piège de la cocaïne et de la paranoïa. Il fréquentait les bars sadomaso et il a réussi à entraîner dans sa spirale meurtrière une garçon assez simple, quil avait engagé au départ comme chauffeur. Ils sont allés jusquau meurtre et cest le jeune homme qui a trinqué. Crispo, nayant pas techniquement procédé à la mise à mort, na pas été inquiété par la justice. Cela ma particulièrement choqué, je me suis demandé comment un fantasme sexuel, un rituel pratiqué dhabitude entre adultes mutuellement consentants, pouvait dérailler au point daller jusquà la mort. Alors je me suis énormément documenté sur les milieux du sado-masochisme et cela a donné Désordres. Mais au départ, ma démarche était lenvie de comprendre ces gens, leur fonctionnement. Je nai pas grand-chose en commun avec eux, cest bien pour cela quils mont intrigué, et que jai écrit ce roman. Dailleurs, au début, Lançon exprimait trop souvent mon rejet et Pierre Michaut ma obligé à atténuer les remarques de mon personnage pour le plus grand bien du roman. Néanmoins, votre remarque sur les personnages est tout à fait justifiée, il est vraiment primordial pour moi de les travailler " au corps "... Lançon, comme Canavese, dailleurs, est un peu mon souffre-douleur. Je projette sur eux tout ce qui marrive et qui me reste en travers. Je ne dis pas que jai vécu tout ce quils vivent, heureusement non. Mais toute expérience peut me profiter, même si elle est négative. Jappelle ça le " bénéfice secondaire ", comme dans la théorie des névroses de Freud... Dans mon prochain roman, Trajectoires Terminales, Lançon cohabite avec Eric Bertaud, un ami denfance qui entre temps est devenu junkie. Cela ne se fait pas sans difficultés... Et bien sûr, chacune de ces rencontres entre des personnages forts et différents est passionnante pour moi en tant quauteur, cest une sorte de laboratoire psychologique Vous savez, la vision quon retire de la pratique de lexpérimentation en psychologie sociale, ça marque On garde une façon un peu détachée dobserver les réactions humaines, un regard dentomologiste. Vous parliez datmosphère, aussi. Primordial, ça. Je veux retrouver lintensité dramatique, le dénuement du film noir. Les regards lourds de sous-entendus, les mâchoires crispées, les gestes raides, la tension qui irradie de certaines scènes... lexpression de Bogart quand il désarme et frappe Peter Lorre dans " Le faucon maltais ", par exemple. Quand une scène de roman est bien écrite, elle doit vous coller le frisson. Jécris souvent sur des musiques de films noirs. Japprécie beaucoup Bernard Hermann, entre autres. Quelquefois, jai un but à atteindre, et il na au départ que peu de rapports avec lintrigue, cest à moi de faire coïncider. Je crois quécrire, cest en particulier cette capacité dintégration. Dans Trajectoires terminales, Lançon arrive chez un ferrailleur, et je dis : " De part et dautre, une muraille dobjets bouchait la vue, sélevant jusquà une trentaine de mètres en hauteur. Véhicules, mais aussi appareils ménagers, fragments de machines, citernes, poutrelles, rails, tuyaux, grilles, cadavres dacier abandonnés à la rouille. Le territoire de lentropie, du chaos, du retour au non-être ; un absurde entassement qui, à limage de la vie, ressemblait à un puzzle aux pièces trop nombreuses, hétéroclites, incertaines et mouvantes ". Notre condition dérisoire de singes savants nous fait les dépositaires dun flux démotions contradictoires, de fragments en devenir, de scories que nous ne pouvons que charrier, sans trop savoir quoi en faire. Ecrire, cest aussi organiser une part de ce chaos, trouver une façon de sen servir, de lobliger à devenir porteur de sens. Faire coïncider, cest par exemple... Tiens, une anecdote convient parfaitement : chez moi jai un réfrigérateur qui depuis toujours émet des plaintes étranges, des hululements sinistres, des variations sur plusieurs notes, ça dure des heures... On plaisante avec ma femme, on dit quil est hanté. Jusquau jour où, lidée faisant son chemin, jimagine un homme qui, persuadé que son ex beau-père hante son réfrigérateur, se met en colère et vide sur lui le chargeur dun pistolet. Laffaire est racontée par le propriétaire du camping, car bien évidemment, les balles ont traversé lappareil et ont endommagé une caravane voisine, quil a dû réparer à ses frais. Cest ainsi quest né Santo Vives, un personnage quon trouvera dans Trajectoires terminales... Ceci pour expliquer que le point de départ est parfois extrêmement ténu, quil ne faut pas grand-chose pour quune histoire naisse, que dautres éléments viennent se greffer par-dessus... Henri Laborit, dans son ouvrage " Lhomme imaginant ", dit que lextraordinaire faculté dadaptation de lhomme vient de sa capacité à imaginer, transposer dans de nouveaux domaines ses apprentissages antérieurs. Je crois que cest cette aptitude à la combinatoire, cette flexibilité, cette réceptivité fantasmatique qui sont à la base de mon activité décrivain.
Vous nous dites également " (
) lorsqu'un
bon roman fonctionne, on a l'impression qu'il a été écrit pour nous, personnellement,
tellement il nous touche de près. " Cest lexemple de ladéquation
parfaite auteur/lecteur. Tous les lecteurs étant différents les uns des autres,
le critère dun bon roman nest-il pas plutôt luniversalité ?
P.B. : Justement, ce qui nous touche au plus profond, ce qui est universel, ce nest pas le vernis culturel que le système nous fait prendre pour notre personnalité, notre individualité, le fait quon préfère ceci à cela, quon a telle ou telle habitude de vie... Chacun de nous a tendance à se voir comme un être unique, irremplaçable et cest dû au système qui nous pousse vers lindividualisme forcené, le culte de la personnalité, il ny a quà voir comment le star system se développe pour sen faire une idée... Pour ma part, je suis frappé de constater plutôt les points communs que les différences. Nous sommes tous des bipèdes largués contre leur volonté à la surface de cette planète et chacun lutte pour préserver son espace personnel, ses aspirations, ses rêves. Certains font des efforts considérables pour paraître mieux que dautres. Le fait décrire, de créer, de quelque manière que ce soit, ne procède-t-il pas du désir de saffranchir de la masse, de se faire remarquer ? Je me pose franchement la question... Imaginez que vous observiez aux jumelles une colonie de macareux, par exemple. Vous viendrait-il à lidée de distinguer un individu ? Pour vous, de loin, ils sont tous semblables. Mais chacun sen va, préoccupé par ses propres affaires. Les humains sont comme ça, ils vont, la bouche pleine de " je ", saccrochant aux infimes variations qui font deux des individus, sans remarquer lénormité de leurs points communs. Attention, je ne prétends pas être au-dessus de cette illusion, je suis berné moi aussi par mon égocentrisme. Mais par moments, je réalise que ce que je prends pour mes particularismes, nest quun tissu de rationalisations, de constructions après coup. En réalité, nous sommes tous pareils, que nous le voulions ou non. En vérité, je suis comme vous tous, jai les mêmes peurs, les mêmes phobies, les mêmes désirs plus ou moins avouables. Cest cette énorme architectonique des pulsions, des fantasmes, qui est le terrain commun, cest pourquoi je veux madresser en profondeur à mon lecteur, dinconscient à inconscient, court-circuiter le mental, lintellectuel, lui faire comprendre quil nest pas seul, quon patauge tous dans la merde, tous tant quon est. Et si certains nous la jouent mariole, cest quen vérité ils se sentent encore plus péteux que les autres. En toute honnêteté, si jétais devenu un grand médecin, ou avocat, ou musicien, ou scientifique, un " décideur ", comme on dit, peut-être que je naurais pas besoin décrire. Cest peut-être dur à accepter, ce que je dis là, mais aucun de nous nest le nombril du monde. Le jour où je crèverai, il continuera de tourner à la même vitesse. Cest pour ça que je consacre autant dénergie à créer. Il me semble que cest une chose intelligente à faire, avant dy passer. Dautres amasseront le plus dargent possible, ou pratiqueront la course au pouvoir... Je nai pas raison, ils nont pas tort, de toutes façons, à quoi ça servirait de mépriser les options prises par les autres ? Ont-elles été choisies en toute conscience, aussi bien pour eux que pour moi ? Jai limpression de navoir pas eu beaucoup dexpériences dans la vie, sauf dans le domaine de la création ceci étant sans doute destiné à compenser cela. Ma psychologie, cest celle de lalchimiste, de lartisan, du chercheur, de lhurluberlu qui bricole dans son coin, je fais des expérimentations, je suis curieux de voir de quoi je suis capable, où vont me mener mes élucubrations. Cest une façon de fuir les difficultés de la vie, aussi. Et je madresse comme ça à mon lecteur pour briser la solitude qui maccable. Je veux lui dire " tu vois, tu nes pas si seul que tu le crois. Jai vécu ça moi aussi. " Mais ce quil faut éviter, cest de pleurnicher. Récemment, jai traversé une phase de grandes difficultés dans mon travail. Jai collé cette histoire sur le dos dun des protagonistes de Trajectoires terminales et je ne pense pas quon puisse le distinguer des autres personnages du roman. Pourtant, jai mis huit mois à écrire la seule scène où il apparaît ! Mais le lecteur se fiche pas mal des difficultés de Paul Borrelli, et je le comprends, moi-même elles ne me passionnent pas forcément, malgré que je sois le premier concerné. Si je veux lamener à sintéresser à ce que jai vécu, il faut que jen fasse parler un personnage que je rendrai vivant, et quà travers lui jatteigne cette zone sensible de laffectivité profonde, le paléocéphale, le " cerveau reptilien " de ce cher Laborit... Et là, mon lecteur anonyme sera touché, concerné à son tour. Parce quil pourra se projeter, simaginer ce que le personnage a ressenti, les souffrances quil a traversées...
Au
cours dun entretien avec Victor Bouadjio, votre éditeur Pierre Michaut
disait :
" Le meilleur thème mal traité ne donnera rien. Le traitement du thème passe par lécriture au sens large. Il ne sagit pas seulement du style, mais aussi et surtout de la manière dont on donne la vie à un personnage, dont on fait fonctionner le suspense, si la construction est très serrée et bien étudiée Lécriture pour moi cest tout cela. Elle va depuis la structure globale du livre jusquà chaque phrase du texte, au mot à mot. "
Etes vous daccord avec cette appréciation ? Pensez-vous quelle sapplique plutôt aux " romans de genre " ou bien à la littérature générale ?
P.B. : Je suis entièrement daccord. Cest ce que je disais dans ma chronique sur le thème du tueur en série ( la blonde en béton, un très bon roman noir ). Il y a des gens qui sengouffrent dans la brèche, des opportunistes... Ils deviennent célèbres ( tant mieux pour eux, du reste ) parce quils ont traité un thème à la mode. Je me souviendrai toujours de Collard avec ses " nuits fauves "... On ma chauffé les oreilles avec ce film, tant et plus, et quand je lai vu jai cru mourir dennui. Le sida, cest à la mode, alors on dirait que ça peut cautionner nimporte quoi. Et il y a un impérialisme de la culture, qui fait quon nose pas saffirmer à contre-courant. Ce quen psychologie sociale on appelle la pression à la conformité. Comment déclarer quon naime pas tel ou tel produit culturel alors que pendant ce temps tout le monde crie au chef-duvre ? Non, peu importe le thème, ce nest pas ça qui fait la valeur dun roman. Le must, en matière de polar par exemple, cest le flic qui enquête en utilisant internet. Vous écrivez ça, tout le monde sextasie. Résultat ? Lisez " Les racines du mal ", dans la collection Série Noire. Le bouquin le plus prétentieux et le plus emmerdant que jaie jamais lu. Mais il a eu un prix, je ne sais plus lequel. Et ce nest pas le seul exemple, hélas. Enfin, tant mieux pour ceux qui en tirent profit. De toutes façons, cest moindre mal. Il vaut mieux lire ça que dallumer la télé et regarder les autres guignols chanter " le feu ça brûle et leau ça mouille "... Parfois, je me dis que plus on prend les gens pour des cons, plus ils en redemandent. Et pendant ce temps, rongé par mon perfectionnisme maladif, je me torture lesprit sur une tournure de phrase, je doute, je pèse des ufs de mouches dans des balances en fils daraignées... on croit rêver. Mais bon, peu importe, même si ça nintéressait personne, je continuerais parce que jaime vraiment ça, je ne fais pas du commercial, jen serais incapable, même si je le voulais. Encore que, si on me collait un fusil sur la tempe, je serais peut-être surpris du résultat... Va savoir, jécrirais un tube ? Comme disait, Waldo Lydecker, dans " Laura " : " à vingt-cinq cents le mot, le sentiment vient facilement ". Cest une réplique qui ma toujours amusé. Quand à la distinction entre littérature générale et roman de genre, je la trouve caduque et assez peu opératoire : à ce compte-là, Kafka et Dostoïevski seraient à ranger dans la catégorie du roman noir ! ! ! Je crois que ceux qui méprisent le roman policier feraient bien de se souvenir quau départ cétait un genre très prisé de lintelligentsia cultivée. Cest vrai quà un moment donné, le niveau a dégringolé. Et puis, il y a les séries télé, catastrophiques pour la plupart. Mais on trouve encore dexcellents romans et des auteurs de talent ( pas forcément ceux qui font des ventes fracassantes, du reste ), et je me chargerai den parler dans mes chroniques.
Vous avez été influencé semble-t-il, par Philip K. Dick et Brussolo. Vous avez
publié chez Atalante " Lombre du chat " et " Désordres ",
qui sont selon vos propres mots, des " histoires très noires, de loufoquerie,
de fantasmes sexuels et d'humour grinçant, le tout sur fond d'esthétique Dickienne
et de visions baroques
". Ce mélange des genres est assez rare
dans le roman noir français. Pourquoi ce choix ?
P.B. : Quand on est persuadé que le roman quon écrit ne sera lu par personne, on ne se pose même pas la question. Du reste, cela autorise une grande authenticité, qui est la chose la plus importante pour moi. Mais bon, le mélange des genres se comprend à la lumière du parcours que jai suivi. Serge Brussolo me disait quil ne faut pas sattarder à ce genre de considérations, que si le roman est bon, le reste nest que préjugés de puristes. Cest vrai, mes romans ont souffert parfois de cette double appartenance. Mais je ne regrette pas davoir tenté de créer mon propre univers, dautant que certains ne sy sont pas trompés et que jai eu des chroniques élogieuses dans la presse. De toutes façons, avec le temps, les lecteurs seront capables de se rendre compte de la qualité de ce que jécris. En attendant, jai une énorme envie daller vers eux, dêtre lu, invité à des manifestations, des signatures, des débats, etc. Et puis, je compte tenter lexpérience du polar pur et dur, par la suite. Javais peut-être besoin de me faire plaisir, de retrouver lambiance magique de " Blade Runner ", un autre film que jaime beaucoup, basé sur un roman de Dick. En fait, jai baigné pendant longtemps dans le climat créé par une certaine frange de la science-fiction qui, sans sen douter, fleurtait très étroitement avec le roman noir, je pense entre autres aux romans de K.W. Jeter, un ami de Dick, encore lui. Sans compter tout ce que Brussolo a créé dans cet espace de liberté. En fait, on parle de Science-Fiction, mais en réalité, je trouve que Brussolo est souvent en marge, dans un domaine qui concerne plus le fantasme, une vision grotesque, grimaçante, cauchemardesque du monde, très éloignée des considérations souvent intellectuelles des auteurs de Science-Fiction. Pensez un peu à des romans comme " Le carnaval de fer "... Inclassable, et fabuleux ! Le plus fou, cest quà lépoque où je lisais ces romans, je ne connaissais absolument personne dans le même cas, je navais personne à qui en parler. Cest comme si Serge Brussolo les avait écrits pour moi.
Vous avez choisi décrire une suite romanesque dans
laquelle on retrouve les mêmes personnages. Ce choix vous a-t-il été imposé
par léditeur ou bien lavez-vous souhaité ainsi ? A moins que
vous ne soyez devenus amoureux des personnages que vous avez créé ?
P.B. : Ce nest pas une suite : chaque roman est indépendant, jinsiste sur ce point. Je déteste les saga nombrileuses, écrites pour un petit nombre dinitiés... Simplement, jai eu envie de retrouver Lançon et les autres... Surtout Lançon, depuis le début, il ne me quitte pas. Il y a des liens très étroits entre nous deux, cest en quelque sorte " mon petit frère de papier ". Il ressent les mêmes choses que moi, il est simplement beaucoup plus direct, moins policé... Non, ce fut un choix tout à fait volontaire. Au contraire, je voudrais maintenant essayer de passer à dautres personnages et il va me falloir faire un gros effort, voire un travail de deuil. Mais peut-être que plus tard...
Vous
avez un autre roman qui va bientôt sortir. Que pouvez-vous nous en dire ?
P.B. : Vaste sujet ! Trajectoires terminales est bien plus épais et complexe que les précédents, plus sombre aussi, autant que faire se peut. Comme les deux précédents, il se situe dans le même univers et on y trouve les mêmes personnages, sans quon puisse pour autant parler de suite. Je crois que jai réussi à y faire passer toutes sortes de petits messages ténus, subtils. En même temps, il est terriblement efficace. Jadore les romans bien épais, foisonnants, qui vous clouent dans un fauteuil, impossible de les lâcher. Il y a une myriade de petits récits qui simbriquent étroitement, pour former un tout logique et une progression implacable jusquà la conclusion finale. Cest un roman basé sur la problématique de la perte, essentiellement. ... Non, si je commence à en parler, je ne vais plus pouvoir marrêter et je vais finir par raconter toute lhistoire ! Ecoutez, plutôt que de me livrer à de vaines paraphrases, je crois que le plus simple serait dinsérer ici la quatrième de couverture du roman :
Avril 2034.
Entre Marseille et Toulon sétend lautoroute Est, avec ses échangeurs, ses bretelles daccès, ses toboggans, ses voies de dégagement et tous les tunnels qui senfoncent sous la surface. Des milliers de véhicules par jour.
Au dessus, les gigantesques tours, certaines encore en construction. Reliées par un complexe réseau de passerelles, de ponts, de couloirs, de plates-formes datterrissage.
Perdu dans les hauteurs, un esthète solitaire sest mis en tête de faire partager sa passion pour lart. Il sy prend de curieuse manière, en bombardant les véhicules avec des fragments de statue en bronze. Mais il semble que les destinataires soient assez peu réceptifs à sa conception de la beauté formelle.
Linspecteur Canavese doit retrouver limportun. Et pour faire bonne mesure, on a mis Serge Lançon sur le coup. Justement, les milieux de lart, il ne connaît que trop.
Parution février 1999 éditions de lAtalante.
Votre expérience dInternet vous permet-elle de penser
que les relations -jusque là assez figées- entre lauteur et le lecteur,
peuvent se développer, prendre dautres dimensions, devenir plus riches ?
P.B. : Je lespère bien ! En tous cas, cest dans cet esprit que je vais bientôt, si tout se passe bien, créer un site qui devrait sappeler " Le sourire noir ", du titre dun roman de Serge Brussolo. Je donne ladresse mais cest sous réserves que le projet aboutisse :
http://www.multimania.com/blacksmile
Ce site serait conçu entre autres dans un esprit déchange et de participation. Il y aurait des chroniques de romans, des nouvelles, des images, des interviews, des jeux décriture et la constitution dune banque de rêves...
Accepteriez-vous, si vos contraintes de temps vous le
permettent, de donner parfois, dans notre atelier décriture, quelques
conseils à de jeunes apprentis-romanciers ?
P.B. : Je nai pas dopposition de principe sur le sujet, mais ça me paraît difficile. Tout dabord, ma vision des choses étant essentiellement subjective, je me verrais mal donner un avis aux autres sur ce quils font. Je ne sais pas quelles intentions ils ont eues, ils ne connaissent pas les miennes, en vertu de quel " savoir " puis-je les diriger ? Je chronique des romans, cest vrai. Mais cest un compte de dire si le texte est réussi ou raté ; cen est un autre de dire ce quil faudrait faire. Non pas que ce soit si difficile, mais des choix simposent, et je nai pas à les faire à la place des auteurs. De plus, quand je chronique des romans, je nai pas affaire aux auteurs concernés. Là, jaurai la difficile tâche de donner mon avis à des gens qui attendraient beaucoup de moi, trop peut-être. Et que dire dans la situation où je recevrais un texte particulièrement mauvais ? Cest embarrassant. Non, je tiens à éviter toute ornière pédagogique. Je ne le ferai que dans un seul cadre : je lis le texte, je donne des indications éventuelles, mais tout en précisant bien quelles me sont personnelles, que cest ce que jaurais fait, sans plus. Et je ne veux pas quon me soumette le résultat ensuite. Jai une première impression, à froid, mais mengager à relire le texte, ce serait amener mon interlocuteur à se placer dans une position de dépendance, nous ne serions plus dans un rapport dégal à égal, ce qui me paraît malsain. Ce que je peux proposer, ce sont des jeux décriture, des consignes de départ, mais je ne veux pas maventurer sur le terrain de lévaluation, commenter outre mesure. Lécriture, cest quelque chose de personnel. De manière générale, la création est un domaine intime, quelque chose dinexplicable. Au risque de choquer, pour moi, lidée même de cours de création est une aberration. On peut guider, dans une certaine mesure, mais il convient de rester dune grande humilité dans ce domaine.
P.B. : Je pense que je suis parti pour un bon moment à créer des romans noirs, sans doute parce que mon humeur lest aussi. Comment pourrait-il en être autrement, dans un tel monde ? Et sinon, jai démarré depuis plusieurs mois un cycle de production dimages virtuelles. Quand Lombre du chat était sorti, on mavait demandé des photos de moi pour des interviews. Plutôt que de faire nimporte quoi, javais réalisé une série de clichés étranges dans une usine désaffectée. Je jouais sur les éclairages, à la façon des films expressionnistes allemands. Hanté par les lieux, fasciné par ces images, je les ai par la suite numérisées et jai commencé à les retoucher, les tirer en direction de plus détrangeté... Je déformais les murs, des lianes poussaient partout, de leau verte envahissait les salles... Au bout de plusieurs mois, force est de constater que, sur le plan de cette production, jai fini par rejoindre le fantastique. Or, justement, mon épouse se commet dans ce genre. Alors, je lui ai proposé de rédiger des textes. De là est né un projet commun, que nous avons baptisé La maison malade. Lidée serait de proposer lensemble à des maisons dédition, en vue de créer un bel album, avec superbes photographies, texte en blanc sur fond noir, papier glacé... Affaire à suivre. Normalement, sil y a une justice en ce bas monde, vous devriez retrouver mes textes et mes images sur le site du SOURIRE NOIR ! ! !