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Entretien avec par Brigit Bontour |
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La
rencontre avec Benoît Duteurtre se passe un matin triste et pluvieux dans le grand salon gris des éditions Gallimard.Pourtant, en quelques minutes, ce grand garçon chaleureux réussit à transformer l'atmosphère morose en un moment délicieux et passionné. Visiblement heureux du succès rencontré par son livre, il apprécie d'en parler et d'en expliquer certains points. Ecrits...vains ? De quel fait êtes-vous parti pour écrire ce roman : faits divers, élément biographique ? Benoît Duteurtre Plusieurs choses sont liées : il y a d'abord mes souvenirs d'adolescent au Havre. Mes rêveries en voyant les bateaux partir pour l'Amérique. Ensuite, la découverte de New York, il y a dix ans, ville où j'ai trouvé certaines ressemblances avec le Havre : Par exemple, le port un peu délabré, les odeurs maritimes. Pour les personnages, j'ai cherché longtemps, avant de trouver le fil conducteur qui me permettrait de mêler fiction et autobiographie. Le seul personnage du narrateur ne me permettait pas de parler de la découverte de la France avec cet esprit neuf et enthousiaste qui caractérise David, le jeune Américain. De même que lui, pris tout seul, ne me permettait pas non plus d'exprimer la lassitude du personnage de quarante ans. J'ai aimé raconter cette histoire à travers deux personnages, alors que généralement les romans ne comportent qu'un héros principal. Dans le Voyage en France, ils sont à égalité. Une autre caractéristique du livre est que rien ne se passe de spécial après la rencontre entre les deux protagonistes : ils se rencontrent par hasard, se perdent de vue, se retrouvent sans que le propos du livre ou l'histoire en soit changé. J'ai beaucoup aussi écrire sur des modes différents : celui du conte au début du roman, avec la fée qui apparaît à David. L'auto-fiction avec le narrateur ou encore le fantastique et les deux personnages vieillis de Hitler ou De Gaulle. Ecrits...vains ? Vous sentez-vous proche d'un personnage en particulier, ou êtes-vous la synthèse des deux ? Benoît Duteurtre David est une sorte de miroir inversé de ce que j'étais en découvrant Paris à dix-huit ans, avec cette même fraîcheur, cette même naïveté. Un état d'esprit que j'ai retrouvé en arrivant à New York pour la première fois. En fait, c'est la découverte qui génère ce sentiment, et ce quel que soit l'âge. Le personnage de quarante ans est plus sombre, il possède un peu de moi, mais à la différence que je vois plus le bon côté des choses, que j'essaie de faire intervenir l'humour le plus possible. Ecrits...vains ? Ophélie Bohème et le monde des JMG vous sont-ils familiers ? Benoît Duteurtre Des Ophélie Bohème, j'en ai rencontré plusieurs, mais je suis surtout fasciné par les mythomanes. Je voulais en décrire une, afin d'essayer de les comprendre.Elle fait partie des précaires de l'art. J'ai opposé cette catégorie de gens à ceux qui sont bien installés, reconnus. Il s'agit de deux mondes parallèles qui ne se connaissent pas et se côtoient rarement. Jamais, on ne parle des gens comme Ophélie qui vont travailler chez Disney ou faire al statue toute la journée pour vivre. Ceux-là me touchent profondément et je les ai décrits avec une grande indulgence. Contrairement peut-être à mon regard sur les " créateuses ", beaucoup plus incisif. Pour les JMG, c'est différent : j'habite dasn le quartier de Notre Dame, et j'ai donc pu les observer à loisir. J'ai été subjugué par le côté à la fois primitif de la religion et ses aspirations New-age. Comme je suis en quelque sorte un mécréant, j'ai cherché à faire un lien entre les deux croyances majeures que sont la chrétienté et la sexualité. Une partie de mes lecteurs n'approuve d'ailleurs pas, comme cette dame, qui m'écrit qu'elle a aimé le livre, mais a été choquée par la phrase où Arnaud, le séminariste dit " qu'il y a une forme d'eucharistie dans le cul " ! Ecrits...vains ? Vous aimez la Normandie, êtes-vous aussi fasciné que David par l'impressionnisme ?quel rapprochement peut-on faire avec l'opérette ? Auriez-vous aimé vivre à la fin du I9ème siècle ? Benoît Duteurtre En effet, j'aime l'impressionnisme et particulièrement Claude Monet, mais de façon générale, je suis attiré par tout le mouvement artistique du début du vingtième. Il s'agissait alors d'un art ludique, jouisseur, à la recherche du plaisir immédiat. Il y avait un vrai phénomène de bonheur dans l'art à cette époque là. L'opérette en est une de ses facettes, mais pas seulement, je pense par exemple à la musique de Debussy. Il est difficile de dire que j'aurais aimé vivre à cette époque là, mais je suis sensible à cette atmosphère. Ecrits...vains ? Que reprochez-vous à la France ? est-ce pour mieux dénoncer les travers Français que vous vous faites l'avocat du diable en campant un personnage amoureux de ce pays ? Benoît Duteurtre Je n'ai pas cherché à réaliser un portrait critique de la France, mais bien plus de l'Europe. C'est à dire, un vieux monde tiraillé entre son histoire millénaire et son entrée dans un monde moderne, volontaire, brutal qui n'est pas sa propre création, mais le produit d'une évolution à l'échelle de la planète. Je crois qu'on peut parler d'une " banlieuisation " du monde. Nous sommes entrés dans une ère inconnue où par exemple les jeunes du monde entier rêvent de l'Amérique, portent des vêtements Américains, consomment des films et des Mac do, tout en rejetant parfois très violemment ce pays. David a un coté Candide qui me permet de décrire une France rêvée qui n'est plus et n'a peut-être jamais été. Il va de désillusions en désillusions, mais reste serein en toute occasion, ce qui créée un décalage. Seul un personnage à la fois extérieur et naïf comme lui pouvait provoquer le rire. Et c'est plus cet état d'esprit qui m'a intéressé que la critique de la France en tant que telle. Ecrits...vains ? Pourquoi justement ce recours constant à l'humour ? Est-ce un trait de votre caractère ? ou bien y avez-vous recours pour que l'histoire ne reste pas à une lecture au premier degré beaucoup plus noire ? Benoît Duteurtre Non, j'aime vraiment l'humour et revendique l'étiquette d'auteur à tradition satirique. Un peu dans la lignée de Marcel Aymé. En fait l'humour est un des ressorts de la tradition romanesque, mais je crois qu'en France, on a un peu honte d'être léger, comme si l'on ne pouvait dire quelque chose que dans le drame. Les Anglais ont plus une tradition humoristique avec des gens comme Evelyn Waugh par exemple. Ecrits...vains ? Où et comment écrivez-vous ? Benoît Duteurtre Plutôt le matin, plutôt à la campagne, en Normandie où je vais tous les week end dans une maison qui ressemble à celle que j'ai décrite dans le Voyage en France. J'écris peu à Paris, car je suis en général pris par d'autres activités. Ecrits...vains ? Comment expliquez-vous que l'on vous compare à Michel Houellebecq alors que vos personnages sont certes des paumés, mais positifs, alors que les siens sont d'une noirceur et d'un désespoir total ? Benoît Duteurtre Houellebecq est plus sombre que moi, c'est sûr, mais en lisant il y a quelques années " Extension du domaine de la lutte ", j'ai eu pour la première fois de ma vie l'impression de tomber sur un roman Français auquel j'adhérais de la première à la dernière page. Il est évidemment un écrivain très sombre, mais qui a aussi beaucoup d'humour. Avec de plus, la volonté d'avoir une écriture claire et limpide. Je le compare facilement au Céline du " Voyage au bout de la nuit ". BRIGIT BONTOUR |
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