Michel Déon

 

Entretien avec...
Michel Déon

par  Monique Géara

 

Sommaire de la rubrique entretiens avec des écrivains

Bibliographie de Michel Déon

      

Monique Géara
1.
Quand on lit les quelques notes biographiques figurant sur la quatrième de couverture de vos romans, on a envie de vous demander ce qui vous a incité à écrire. Pouvez-vous présenter votre parcours d’écrivain ?

Michel Déon
Un parcours chaotique où chaque livre a servi d’expérience au livre suivant.

M.G.
2. A la différence de certains auteurs qui se cantonnent à un type d'écriture, vous vous êtes essayé à tous les genres : récit, livres de voyage, et enfin, roman. Comment expliquez-vous cet éclectisme ? Quelle forme d'écriture vous paraît être la plus exigeante ?

M.D.
Il me semble que le roman, du moins tel que je le conçois, exige le plus de maîtrise et de don de soi. Lisez l’excellente revue L’Atelier du roman dans laquelle je me suis expliqué et qui est un garde-fou de la littérature.

M.G.
3. Comment travaillez-vous vos textes ? Quand vous commencez l’écriture d’un roman, quel est le point de départ  de votre travail ? Les personnages ? L’intrigue ? Une atmosphère qui vous séduit et que vous voulez restituer ? Concrètement, comment s’opère la naissance d’un livre chez vous ?

M.D.
Chacun a ses secrets. Mon point de départ est généralement une phrase ou une image qui me passent par la tête et viennent de je ne sais où. Ensuite, c’est à moi de tirer sur le fil pour avoir tout le reste.

M.G.
4. Par rapport à votre parcours professionnel, où se situe l'écriture : a-t-elle été présente tout au long de votre vie ou bien est-elle le prolongement d'activités antérieures ?

M.D.
Il m’est arrivé d’exercer des métiers secondaires : journaliste, éditeur, mais le livre a toujours été l’ambition finale.

M.G.
5. Est-ce que vous pouvez nous parler de vos projets d’écriture ?

M.D.
Comme les peintres, j’ai plusieurs projets sur le feu, allant de l’un à l’autre : un roman, des choses vues, des souvenirs, un essai sur l’Irlande. Je ne suis pas pressé. A 82 ans, j’ai tout le temps devant moi.

M.G.
6. Au moment où vous écrivez, pensez-vous toujours au lecteur ? Quel rapport établissez-vous avec lui ?

M.D.
Étant lecteur forcé de mon propre livre, je dois bien penser à ce lecteur si exigeant pour les autres. Mon idée a toujours été d’écrire en complicité avec le lecteur. Je lui laisse des « blancs » pour qu’il complète.  

M.G.
7. Pouvez-vous, maintenant, parler de vos livres ? Quels sont ceux qui vous ont donné, véritablement, du plaisir ?

M.D.
Les Poneys sauvages  
La Montée du soir  

Un déjeuner de soleil,
mon préféré (peut-être parce qu’il est à la fois fiction et vérité, qu’il cache pas mal de mes secrets et qu’il est une débauche d’imagination qui m’épate encore moi-même.  

Un souvenir

M.G.
8.Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire ? Avez-vous un rituel particulier lorsque vous écrivez ? Est-ce plutôt le matin, le soir ? Quelles sont vos habitudes d’écriture ?

M.D.
Un prurit. J’écris plutôt le soir. Mon habitude d’écrire est la rature.

M.G.
9. Diriez-vous aussi que vous écrivez les livres que vous aimeriez lire ?

M.D.
Certainement. C’est une bonne définition.

M.G.
10. Si vous deviez garder l’un de vos livres, lequel garderiez-vous et pourquoi ?

M.D.
La Montée du soir : parce qu'après j'aurais dû me taire.

M.G.
11.Vous arrive-t-il de vous relire ?

M.D.
Forcément pour les rééditions nombreuses. Je corrige mes livres comme si j’étais leur aîné ou leur ennemi.

M.G.
12.
Je voulais vous poser une autre question : elle concerne les ateliers d'écriture. Vous avez une longue expérience de l'écriture. Pensez-vous que l'écriture peut s'apprendre via les ateliers ?

M.D.
Je ne crois pas aux ateliers d’écriture. Je propose volontiers d’abord des ateliers de lecture. Commençons par le commencement. 

M.G.
13. Que pensez-vous du nouvel outil de communication : Internet ?  

 

M.D.
Rien.

M.G.
14. Quel est votre livre de chevet ? votre auteur favori ?

M.D.
Rabelais.

M.G.
15. Quel est le mot dans la langue française que vous préférez ?

M.D.
Le mot ETREINTE qui fut étudié en mon honneur lors de ma première séance à l'Académie Française.