Sommaire de la rubrique entretiens avec des écrivains

La critique de "Respire",
par Brigit Bontour
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Photographie de Jean Ber / Opale

 

 

 

 

 

Entretien avec Anne Sophie Brasme

par Brigit Bontour

 


Jeune prodige de la rentrée, Anne Sophie Brasme signe à 17 ans son premier roman : une histoire d'amitié absolue qui mène la narratrice en prison.
Bien sûr autobiographie et fantasmes se mêlent dans ce récit tout simple où la mort s'impose comme seule solution au mal-être d'une relation passionnée mais à sens unique.

EV? : Pourquoi avoir appelé votre roman " Respire " ?

AS Brasme : Parce-que le livre est basé sur la respiration. Charlène est en fait asphyxiée par Sarah.
Par ailleurs, c'est comme un conseil que je donne au lecteur, comme pour lui dire de souffler, de ne pas prendre cette histoire trop à cœur. Je n'ai pas eu l'idée de ce titre d'emblée. Il est venu au fur et à mesure que j'écrivais, que le récit devenait plus pesant.
Par ailleurs, comme la narratrice, je suis asthmatique et le rôle de la respiration est très important dans ce livre, même si je n'ai jamais tenté comme elle de me suicider en m'étouffant lors d'un cours de gymnastique !

EV? : Depuis quand écrivez-vous ?

AS Brasme: Depuis l'âge de sept ou huit ans. Curieusement, j'ai arrêté vers onze ans puis repris à l'adolescence. J'ai besoin de concrétiser des histoires sur le papier, de créer des personnages.

EV?: Comment avez-vous écrit " Respire " ?

AS Brasme : Plutôt vite, en deux mois, j'allais au lycée, mais j'étais comme dans une bulle. Rien n'existait à part mes personnages.
J'écrivais le soir, le week end et parfois la nuit. Bien sûr, durant cette période je ne sortais pas.
Je n'ai pas de " discipline " d'écriture : je n'écris pas deux heures par jour de 5 heures à 7 heures du matin comme certains. j'écris suivant l'inspiration, quand je peux.

EV? : Votre livre paraît très abouti, travaillé, l'éditeur est-il beaucoup intervenu ?

AS Brasme : Non, très peu. Le manuscrit a été élagué, raccourci, certaines anecdotes ont été supprimées, mais c'est tout, le livre est fidèle à ce que j'ai écrit.

EV?: Quelle est l'impact de la publication de votre livre sur votre vie,
Comments les gens ont-ils réagi ?


AS Brasme : J'ai d'abord été surprise d'être éditée, mais entre la fin de l'écriture et la publication, il s'est passé plus d'un an, donc j'ai eu le temps de m'habituer à l'idée. Pour mes parents et mes proches, c'est la même chose, l'effet de surprise est passé. Pour les gens du lycée, les profs ou les connaissances, on en parle parfois aux inter-classes, de façon naturelle. Certais l'ont lu, d'autres pas. Ce n'est pas considéré comme extraordinaire.
Par ailleurs, j'ai la chance d'être très entourée par ma famille et il ne serait pas question que je prenne la grosse tête ! J'ai d'autres centres d'intérêts, d'autres priorités.

EV? : quelle est la part autobiographique dans " Respire " ?

AS Brasme : Je n'ai pas vécu une histoire aussi passionnée, heureusement. J'ai connu une grande histoire d'amitié au cours de laquelle j'ai perdu un peu de ma personnalité, mais cela n'avait rien à voir avec la violence des sentiments des personnages du roman.
Au départ, je n'avais pas l'intention d'écrire le récit de cette amitié; J'ai commencé par écrire la vie dune femme incarcérée, une tueuse en série. Peu à peu, j'ai superposé ma propre expérience sublimée, poussée à l'extrême.

EV? : Pour écrire un livre aussi tragique, vous devez avoir une part de vous-même assez sombre?

AS Brasme : Oui et non. je ne suis pas une jeune fille triste, mais il est sûr que j'ai mis tout ce que j'ai d'assez obscur dans le personnage de Charlène.
Peut-être que si je n'avais pas trouvé l'écriture, j'aurais pu devenir violente, Ecrire est une échappatoire.

EV? : En conclusion, est votre plus grande qualité et votre pire défaut?

AS Brasme : La qualité serait la générosité et le défaut, la naïveté.