Aux rives de la francophonie                                                sommaire                                                                                                                                                            Responsable Khalid Benslimane

 


Une photographie de Patrick Cintas

Négritude et Créolité

par Lise Willar

 

Dois-je répéter - mais chacun sur le site connaît mon hobby pour le scrabble - que je me suis toujours intéressée à la francophonie. On sait que mon jeu a son propre dictionnaire  « L’Officiel du Scrabble » (ODS) qui intègre non seulement les mots du Petit Larousse et du Robert mais fait une part importante à ceux de la francophonie belge, suisse, luxembourgeoise, québécoise, maghrébine, africaine… ainsi qu’aux anglicismes qui sont (pour le meilleur et pour le pire) passés dans notre langue. Plusieurs de mes Mots…dits ont eu pour thème des écrivains québécois et acadiens tels que Michel Tremblay et Antonine Maillet mais si j’ai cité des poèmes du grand Léopold Sedar Senghor à l’annonce de son décès, je n’ai pas abordé jusqu’à présent deux sujets qui font à la fois partie de la francophonie et veulent s’en démarquer : d’un côté la Négritude, de l’autre l’Antillanité et la Créolité dont je ne sais s’il faut l’appeler une variante ou au contraire l’affirmation d’une spécificité qui exercerait son influence sur toute la Caraïbe francophone. (Je voudrais ajouter ceci : les deux derniers termes que je viens d’employer, termes reconnus et utilisés non seulement par tous les écrivains de l’Antillanité et de la Créolité mais par leurs lecteurs ne sont toujours pas entrés dans nos dictionnaires, traditionnels comme le Larousse ou « d’avant-garde » comme l’ODS.) 

 

La Négritude

 

Ma Négritude point n’est sommeil de la race mais soleil

De l’âme, ma négritude vue et vie

Ma Négritude est truelle à la main, est lance au poing

Réécade. Il n’est question de boire, de manger l’instant qui passe

Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert !

Ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs flamboyants

Ma joie de créer des images pour le nourrir,

Ô lumières rythmées de la Parole !

                                                                 Léopold Sedar Senghor

 

Ce mouvement est né de la rencontre entre Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor et le poète guyanais Léon-Gontran Damas. Ils voulaient affirmer par leurs écrits et leurs poèmes la grandeur de l'histoire et de la civilisation noires face au monde occidental qui les avait jusque là dévalorisées. Ils se refusaient l'existence d'une essence noire mais voulaient faire de leur identité nègre et de l'ensemble des valeurs culturelles du monde noir une source de fierté. Pour Césaire, il s'agissait de bâtir une nation et de fédérer un peuple en rompant un silence collectif. Dans ses écrits, il aborda le thème du héros noir, du colonialisme, de l'émancipation, de la révolution, de l'Afrique et de la tyrannie. Il a voulu comme Senghor après lui redonner au peuple noir la fierté de ses racines africaines. Aimé Césaire et Léopold Sedar Senghor mais surtout Léon-Gontran Damas ont eu des contacts avec les mouvements américains de la Négritude : celui de W.E.B. Dubois qui écrivit en 1905 Ames noires dans le contexte d'une Amérique raciste : Je suis un nègre et me glorifie de ce nom et celui de la Negro ou Harlem renaissance dominée par Langston Hugues, Claude Mc Kay... qui revendiquaient l'appartenance à la société américaine et leur identité noire : moi aussi, je suis l'Amérique. C’est sans nul doute André Breton [1] qui, en découvrant Le Cahier d’un retour au pays natal en 1941 dans la revue Tropiques, a reconnu que la poésie engagée d’Aimé Césaire entrait dans le cadre de la négritude ou mieux en définissait le concept. En vérité, les deux œuvres qui sont (me semble-t-il) les piliers de la Négritude sont Le Cahier de Césaire et Chants d’Ombre de Senghor.  

Le terme « Négritude » a été très employé après la Seconde Guerre Mondiale parce ce qu’il représentait à la fois une révolte contre le colonialisme, la glorification du passé africain et une nostalgie vis-à-vis de la beauté et de l’harmonie de la société africaine traditionnelle. Pour les tenants de l’Antillanité et de la Créolité, le concept était et demeure désuet parce qu’il appartient à un passé esclavagiste, colonialiste et plus franco-africain que caribéen.

Des écrivains tel que Daniel Maximin ou le poète et romancier Bertène Juminer ainsi que Xavier Orville, romanciers latino-américains influencés par le surréalisme, sont également dans le sillage littéraire de Césaire alors que Jean Bernabé, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant sont les représentants de l’Antillanité et de la Créolité. Je parlerai de chacun de ces auteurs ci-dessous :

 

 

Aimé Césaire

 

Et moi, et moi,

moi qui chantais le poing dur

Il faut savoir jusqu'où je poussai la lâcheté.

Un soir dans un tramway en face de moi, un nègre.

                    C'était un nègre grand comme un pongo qui

essayait de se faire tout petit sur un banc de

crasseux de tramway ses jambes gigantesques et

l'avait laissé, le laissait. Son nez qui semblait

une péninsule en dérade et sa négritude même qui

se décolorait sous l'action d'une inlassable

mégie. Et le mégisser était la Misère. Un gros

oreillard subit dont les coups de griffes sur ce

visage s'était un ouvrier in fatigable, la Misère,

travaillant à quelque cartouche hideux. On voyait

très bien comment le pouce industrieux et mal-

veillant avait modelé le front en bosse, percé le

nez de deux tunnels parallèles et inquiétants,

allongé la démesure de la lippe[, et par un chef-

d'oeuvre caricatural, raboté, poli, verni la plus

minuscule mignonne petite oreille de la création.

C'était un nègre dégingandé sans rythme ni mesure .

Un nègre dont les yeux roulaient une lassitude sanguinolente.

Un nègre sans pudeur et ses orteils ricanaient

de façon assez puante au fond de la tanière entre-

bâillée de ses souliers.

La misère, on ne pouvait pas dire, s'était donné

un mal fou pour l'achever.

 

Elle avait creusé l'orbite, l'avait fardée d'un

fard de poussière et de chassie mêlées.

Elle avait tendu l'espace vide entre l'accroche-

ment solide des mâchoires et les pommettes d'une

vielle joue décatie. Elle avait planté dessus les

petits pieux luisants d'une barbe de plusieurs

jours. Elle avait affolé le cur, voûté le dos.

Et l'ensemble faisait parfaitement un nègre

hideux, un nègre grognon, un nègre mélancolique,

 un nègre affalé, ses mains réunies en prière

sur un bâton noueux. Un nègre enseveli dans une

vieille veste élimée. Un nègre comique et laid

et des femmes derrière moi ricanaient en le regardant.

Il était comique et laid,

comique et laid pour sûr.

J'arborai un grand sourire complice

Ma lâcheté retrouvée!

                                       Aimé Césaire (Extrait du Cahier d’un retour au pays natal)

 

Aimé Césaire est né en Martinique en 1913. Il a obtenu en 1931 une bourse qui lui a permis de poursuivre ses études à Paris. C’est après avoir achevé son cursus à Normale Supérieure qu’il a fondé avec Léopold Sedar Senghor la revue L’Etudiant Noir. Il a épousé en 1937 Suzanne Roussi puis est rentré en Martinique où il a enseigné au lycée de Fort de France. Il est maire de Fort de France depuis 1945.

Je ne citerai pas ici la bibliographie d’Aimée Césaire. Chacun peut s’y reporter et la compulser à son aise. Je dirai seulement que son influence s’est exercée à la fois  sur toute la Caraïbe, le monde littéraire américain, européen et africain et je me permets de souligner qu’un texte publié en 1994 dans La République Internationale des Lettres l’année même de sa création par l’écrivain et poète haïtien René Depestre est la meilleure image qui m’ait été donnée du grand Césaire. Je n’oublierai pas de mentionner quelques poètes haïtiens car personne sinon les initiés ne peut se rendre compte du nombre d’écrivains et de poètes qui se sont battus dans cette ancienne possession française d’un point de vue politique car ils étaient en général très orientés à gauche et pour défendre leur langue. Mais revenons à notre grand poète : je pense que la meilleure façon de l’honorer est de dire un autre de ses poèmes :

 

Ex-voto pour un naufrage 

 

Hélé helélé le Roi est un grand roi

que Sa Majesté daigne regarder dans mon anus pour voir

s'il ne contient pas des diamants

que Sa Majesté daigne explorer ma bouche pour voir com-

bien elle contient de carats

tam-tam ris

tam-tam ris

je porte la litière du roi

j'étends le tapis du roi

je suis le tapis du roi

je porte les écrouelles du roi

je suis le parasol du roi

riez riez tam-tams des kraals

tam-tams des mines qui riez sous cape

tam-tams sacrés qui riez à la barbe des missionaires de vos

dents de rat et d'hyène

tam-tams de la forêt

tam-tams du désert

tam-tam pleure

tam-tam pleure

brûlé jusqu'au fougueux silence de nos pleurs sans rivage

et roulez

roulez bas rien qu'un temps de bille

le pur temps de charbon de nos longues affres majeures

roulez roulez lourds délires sans vocable

lions roux sans crinière

tam-tams qui protégez mes trois âmes mon cerveau mon

coeur mon foie

tam-tams durs qui très haut maintenez ma demeure

de vent d'étoiles

sur le roc foudroyé de ma tête noire

et toi tam-tam frère pour qui il m'arrive de garder tout le

long du jour un mot tour à tour chaud et frais dans ma

bouche comme le goût peu connu de la vengeance

tam-tams de Kalaari

tam-tams de Bonne-Espérance qui coiffez le cap de vos

menaces

O tam-tam du Zululand

Tam-tam de Chaka

tam, tam, tam

tam, tam, tam

Roi nos montagnes sont des cavales en rut saisies en pleine

convulsion de mauvais sang

Roi nos plaines sont des rivières qu'impatientent les four-

nitures di pourritures montées de la mer et de vos cara-

velles

Roi nos pierres sont des lampes ardentes d'une espérance

veuve de dragon

Roi nos arbres sont la forme déployée que prend une

flamme trop grosse pour notre coeur trop faible pour un

donjon

Riez riez donc tam-tams de Cafrerie

comme le beau point d'interrogation du scorpion

dessiné au pollen sur le tableau du ciel et de nos cervelles

à minuit

comme un frisson de reptile marin charmé par la pensée

du mauvais temps

du petit rire renversé de la mer dans les hublots très beaux

du naufrage

 

Si le poète Césaire est important à mes yeux, il ne peut effacer l’homme politique qui a lancé chaque fois qu’il l’a jugé bon un cri d’alarme en direction des chefs africains de mouvements de libération, Sékou Touré, Modibo Keita, Ben Bella, Patrice Lumumba ou à ceux de mouvements révolutionnaires tels que Mao, Ho Chi Minh, Fidel Castro… Il a toujours pensé que les despotes, les dictateurs, ceux qu’on appelle les néocolonialistes, pouvaient détourner les hommes de leurs rêves et de leur espérance d’émancipation. Je crois qu’il avait raison en ce qui concerne l’Afrique et la Chine en tout cas et j’aimerais aujourd’hui lui poser la question : « Que pensez-vous, Aimé Césaire, de la Guerre d’Iraq, de ses protagonistes et du dictateur Saddam Hussein ? »

 

Léopold Sedar Senghor (1906 – 2001)

                   

                    Femme nue, femme noire

 

Vêtue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté

J’ai grandi à ton ombre ; la douceur de tes mains bandait mes yeux

Et voilà qu’au cœur de l’Eté et de Midi,

Je te découvre, Terre Promise, du haut d’un haut col calciné

et ta beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle

 

Femme nue, femme obscure

Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases de vin noir,

Bouche qui fait lyrique ma bouche

Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du Vent

d’est

                                                                                                                

Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur

Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l’Aimée

 

Femme noire, femme obscure

Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de

L’athlète, aux flancs des princes du Mali

Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta peau.

Délice des jeux de l’Esprit, les reflets de l’or ronge ta peau qui se moire

A l’ombre de ta chevelure s’éclaire mon angoisse aux soleils prochains de

tes yeux.

                                                                                                        

Femme nue, femme noire

Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l’Eternel

Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendre pour

 nourrir les racines les racines de la vie

 

 Poète sénégalais et homme d’Etat, il fut un des tenants du concept de Négritude, défini comme l’expression littéraire et artistique de l’expérience Noire Africaine. Dans son contexte historique le terme a été ressenti comme une réaction contre le colonialisme français et une défense de la culture africaine. Il a profondément influencé le renforcement de l’identité africaine dans le monde noir francophone : 

                

                « L’émotion est nègre, la raison est hellène. »

« La Négritude est la somme des valeurs culturelles du Monde Noir. »

 

Léopold Sedar Senghor est né à Joal, un petit village de pêcheurs à cent kilomètres environ au sud de Dakar. Son père était d’ascendance noble et un riche marchand. Sa mère appartenait à la communauté peuhle, pastorale et nomade. Plus tard Senghor a écrit : « J’ai grandi au cœur de l’Afrique à la croisée des chemins, des castes, des races et des routes. » Il a passé les sept premières années de sa vie à Djilor avec sa mère et ses oncles  et tantes maternels. A douze ans, il est entré à l’école de la mission catholique de Ngazobil. Il a ensuite étudié au Séminaire Libermann et au lycée Vollenhoven, terminant ses études secondaires en 1928.  

Muni d’une bourse, Senghor est ainsi monté à Paris et a terminé avec succès ses études au Lycée Louis-Le-Grand en 1931. Durant ces années parisiennes, il a lu les poètes afro-américains de la Renaissance de Harlem et Rimbaud, Mallarmé, Baudelaire, Verlaine, Valéry… Parmi les amis de Senghor de ces années de jeunesse figurent évidemment Aimé Césaire mais également Georges Pompidou, le futur Président Français qu’il a connu à Louis-le-Grand.

De même que pour Aimé Césaire, je pense qu’il existe assez de biographies exhaustives de cet homme aux multiples facettes et que chacun peut s’y reporter à loisir. Il suffit de rappeler qu’après avoir exercé son métier de prof dans plusieurs lycées de France, il a rejoint l’armée française puis a été fait prisonnier, profitant de cette période pour écrire des poèmes qui ont été publiés dans Hosties Noires (1948). Sa première collection de poèmes, Chants d’Ombre (1945) dans laquelle il abordait les thèmes de l’exil et de la nostalgie lui a été inspirée par le philosophe Henry Bergson. [2] En 1945 et 1946 Senghor a été élu représentant du Sénégal dans les Assemblées Constituantes françaises. Avec l’aide de Alioune Diop, un intellectuel sénégalais vivant à Paris, il a créé en 1947 Présence Africaine, un journal culturel auquel ont participé André Gide, Albert Camus et Jean-Paul Sartre. En 1948 Senghor a été nommé professeur à l’Ecole Nationale de la France d’Outre-Mer. De 1946 à 1958 il a été constamment réélu à l’Assemblée Nationale Française. En 1960, il est devenu le premier Président du Sénégal et l’est demeuré jusqu’en 1980 puis il a partagé son temps entre Paris, la Normandie (dont sa seconde femme était originaire) et Dakar. Il a été élu membre de l’Académie Française en 1983 et il est mort en France le 20 décembre 2001. Au moment de son décès, j’ai dit combien grande fut ma stupéfaction et ma tristesse devant l’absence du Président Chirac et du Premier Ministre Jospin aux obsèques de ce grand homme qui représentait tout ce que le monde littéraire et politique avait de meilleur. J’ai eu véritablement honte pour mon pays de cette défection « au plus haut niveau. »

Dans sa poésie Senghor invite le lecteur à sentir l’essence quasi mystique de l’Afrique. Sa philosophie et son concept de la négritude ont reçu à la fois des louanges et des critiques. Selon Senghor, « le Noir est intuitif alors que l’Européen est plus cartésien. » Ce concept n’a pas plus à tout le monde mais Sartre a déclaré que la Négritude était  un racisme antiraciste  dans sa préface intitulée « Orphée Noir » de l’Anthologie de la Nouvelle Poésie Nègre et Malgache(1948).

  

Hymne National du Sénégal composé par Léopold Sedar Senghor

 

Pincez tous vos coras, frappez vos balafons

Le lion rouge a rugi. Le dompteur de la brousse

D'un bond s'est élancé dissipant les ténèbres

Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir.

Refrain :

Debout frères voici l'Afrique rassemblée

Fibres de mon cœur vert épaule contre épaule

Mes plus que frères. O Sénégalais, debout !

Unissons la mer et les sources, unissons

la steppe et la forêt. Salut Afrique mère.

Sénégal, toi le fils de l'écume du lion,

Toi surgi de la nuit au galop des chevaux.

Rends-nous, oh ! rends-nous l'honneur de nos Ancêtre

Splendides comme l'ébène et forts comme le muscle !

Nous disons droits – l'épée n'a pas une bavure.

Sénégal, nous faisons nôtre ton grand dessein :

Rassembler les poussins à l'abri des milans

Pour en faire, de l'est à l'ouest, du nord au sud,

Dressé, un même peuple, un peuple sans couture,

Mais un peuple tourné vers tous les vents du monde.

Sénégal, comme toi, tous nos héros,

Nous serons durs, sans haine et les deux bras ouverts,

L'épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau,

Car notre travail sera notre arme et la parole

Le Bantou est un frère, et l'Arabe et le Blanc.

Mais que si l'ennemi incendie nos frontières

Nous soyons tous dressés et les armes au poing :

Un peuple dans sa foi défiant tous les malheurs ;

Les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes.

La mort, oui ! Nous disons la mort mais pas la honte.

 

                Léon Gontrand Damas

 

Sonne et Sonne et Sonne

 

sonne à mon coeur mariné dans l'alcool

dont nul n'a voulu tâter à table hier

Sonne et sonne

minuit de clair de lune à trois

dont l'image est à jamais en UNE

FEMME entrevue en l'Ile aux mille et une fleurs

assise au pied des mornes verts

et filaos échevelés

et flûte de bambou du pâtre éveillé modulant

la rengaine en sourdine

et le bruit court dans les halliers

et ma voix clame en EXIL

et l'EXIL chante à deux voix

et voici ELYDÉ

et réveillé net de nouveau se déroule le film du rêve recréé…

 

Issu de la bourgeoisie guyanaise, dont il a fustigé le mode de vie et de pensée dans le poème Hoquet, Léon Gontrand Damas a fait la connaissance d'Aimé Césaire au Lycée Schoelcher de Fort-de-France. Les deux jeunes gens se sont retrouvés à Paris, où Damas a poursuivi des études d'ethnologie. En 1937 parait le recueil Pigments puis Shine, Rappel, Il est des nuits, La complainte du Nègre. Un temps député de la Guyane, Léon Gontran Damas fit une carrière à l'UNESCO.

 

Daniel Maximin

 

Né à Saint-Claude (Guadeloupe) le 9 avril 1947, Daniel Maximin s'est installé avec sa famille en France en 1960.  Après des études de lettres et de sciences humaines à la Sorbonne, il est devenu chargé de cours à l'Institut d'Etudes Sociales et professeur de lettres à Orly.  De 1980 à 1989, il a été directeur littéraire aux Éditions Présence Africaine et produit l'émission « Antipodes » sur France-Culture.  En 1989, il est retourné en Guadeloupe où il a été nommé Directeur régional des affaires culturelles.  Depuis 1997, il est chargé de la mission interministérielle pour la célébration du cent cinquantième anniversaire de l'abolition de l'esclavage.

 

Bertène Juminer

 

Né en 1927 d'un père guyanais et d'une mère guadeloupéenne. Agrégé de médecine, il a exercé à Tunis, Dakar, Amiens et au Maroc avant de devenir recteur de l'Université Antilles-Guyane. Romancier, il vit à Pointe-à-Pitre. A notamment publié Les Bâtards, (Présence Africaine, 1961), Au seuil d'un nouveau cri, (Présence Africaine, 1963), La revanche de Bozambo (Présence Africaine, 1968), Les Héritiers de la presqu'île, (Présence Africaine, 1979), La Fraction de seconde (Présence Africaine, 1990.)

 

Xavier Orville

 

Né le 3 janvier 1932 à Case-Pilote, Professeur agrégé d’espagnol. Il fut  Conseiller culturel de 1979 à 1982 de Léopold Sedar Senghor et d'Abdou Diouf. Ses principaux ouvrages sont : Délice et le Fromager, 1977, prix des Caraïbes, la Tapisserie du temps présent, 1977,  l'Homme aux sept noms et des poussières, 1981, le Marchand de larmes, 1985, Laissez brûler Laventurcia, 1989, Cœur à vie, 1993, prix Frantz-Fanon,  la Voie des cerfs -volants, 1994,  Moi, Trésilien Théodore Augustin, 1996.

 

Les poètes haïtiens

 

Comme je l’ai dit plus haut, il est impossible de parler de tous les mouvements littéraires se réclamant soit de la Négritude, soit de l’Antillanité et de la Créolité sans citer quelques poètes haïtiens :

 

René Despestre que j’ai déjà cité pour son éloge d’Aimé Césaire, écrivain et poète a composé la majeure partie de son oeuvre en exil. Elle est marquée par une grande sensibilité et comporte en particulier le roman Hadriana dans tous mes rêves couronné en 1988 par le Prix Théophraste Renaudot et le recueil de poème Journal d’un animal marin dont je vous donne un avant-goût ci-après : 

 

Ce n'est pas encore l'aube dans la maison

La nostalgie est couchée à mes côtés.

Elle dort, elle reprend des forces,

ça fatigue beaucoup la compagnie

D'un nègre rebelle et romantique.

Elle a quinze ans, ou mille ans,

Ou elle vient seulement de naître

Et c'est son premier sommeil

Sous le même toit que mon cœur...