Sur le dos de la tortue

 Sur le dos de la tortue
Revue culturelle amérindienne
Le Sert
07520 La Farre
France

Directeur de publication ; Manuel Van Thienen

Revue à parution irrégulière consacrée aux cultures " menacées de disparition ", de tradition orale souvent chamanique, en particulier amérindiennes mais aussi aborigènes, papoues etc… Des articles de fond sur les rapport de force entre les cultures, le respect des minorités, le droit de peuples à l’autonomie, les religions amérindiennes, les problèmes sociaux des réserves. Des textes littéraires, des poèmes, BEAUCOUP de poèmes. 

Sur le dos de la tortue n°27

Sept poètes de Papouasie Nouvelle Guinée : 3 hommes et 4 femmes. Un long texte d’Apisai Enos, premier écrivain papou. Un autre de Ben Nakin : Papa maudissait le jour où il donna la vie/ alors que l’oiseau esprit chassait la nuit dernière / et qu’il était cloué au lit./ Ci-gît une victime/ comme le souvenir du cri de l’oiseau-esprit/ Oh ne pourrions-nous vivre notre vie naturelle en paix./

Un article passionnant sur le rêve américain opposé au rêve indien, de Stephen Cornell, professeur de sociologie à Harvard University. Il compare entre autres la culture Cheyenne et Crow. Chez les premiers, la réussite collective prime sur la réussite individuelle, les bénéfices sont partagés par la communauté. Ils sont moins sensibles au rêve capitaliste.

Le sociologue compare aussi le statut des noirs à celui des indiens et l’enjeu de leur exploitation. Les Blancs ont toujours convoité le territoire des Indiens d’une part et la main d’œuvre des Noirs d’autre part.. L’oppression de ces deux peuples est donc vécue différemment.

Pour clôturer des poèmes d’auteurs amérindiens qui révèlent leur double culture, leur métissage de tradition et de modernité, dans amérindien, il y a indien mais aussi américain. :

3 heures du matin/ à l’aéroport d’Albuquerque/ cherchant un vol/ pour Oraibi-le-vieux, troisième Mesa/ (…) et l’employé qui ne sait pas/ que Troisième Mesa/ est au centre du monde/ et que nous ne sommes / que deux indiens/ qui, à trois heures du matin cherchent à rentrer chez eux. Joy Harjo.

Mon corps est la seule lumière de la nuit./ A part cela, ma vie n’est rien./
J’appartiens pour toujours / à ces murs d’ossements.
Sandi Nelson.

La pluie bleue/ tombe calme/ ne divulgue/ rien – ne montre à personne/ que j’ai froid/ sur cette terre/ je chante des chants/ jamais entendus/ par ceux qui sont/ incapables/ de/ créer ou de se souvenir/ des chants / dont ils ont la garde. Ray A.Young Bear

 Xavière Remacle


Sur le dos de la tortue n°26

Un hommage à Gogisgi Caroll Arnett, poète cherokee décédé en juillet 97 : 10 pages pour révéler sa poésie révoltée, lucide, désespérée, de résistant à la culture blanche : Quelle que soit votre couleur/ blanc, brun ou rouge, / ça ne cessera jamais/ avant que nous soyons tous morts/ (…) Les amérindiens ont passé 300, peut-être l’entièreté des 500 ans à torcher le cul des Yunegs puisqu’ils ne voulaient ou ne pouvaient pas essuyer le leur/ ayaginetsa ! (…) Sur la route à la sortie de Coweta, chacun avec une bouteille de bière de Miller plantée dans la gueule. / Mon plus grand regret : de ne pas avoir eu d’autre appareil photo pour m’en souvenir que celui de la mémoire. IL n’y a pas de paix ici. Mon cœur est à terre.

Un excellent article de Virginie Alba , spécialiste de la culture amérindienne de l’université de Toulouse le Mirail, sur le thème des femmes amérindiennes écrivains : les femmes autochtones écrivent pour reconstituer leur être, leur société, mais également pour éduquer les blancs, amener ceux qui les ont méprisées à mieux les comprendre pour agrandir le cercle de l’Humanité. C’est leur réponse au racisme et au sexisme. Le monde n’est pas un monde entièrement blanc dans lequel je suis enterré. (Lee Maracle). Chez les Amérindiens aussi : la femme est l ‘avenir de l’Homme.

Xavière Remacle