Supérieur Inconnu

 rue Jean Moréas  
75017 Paris  
 directeur de publication : Sarane Alexandrian  

Une revue inclassable où se rencontrent critiques littéraires, poètes, artistes, philosophes et ésotéristes dans une atmosphère vaguement sulfureuse. Supérieur Inconnu refuse à tel point les classifications  que le lecteur hésite à distinguer articles, récits et poèmes. On en n’attendait pas moins de son fondateur, Sarane Alexandrian, l’éminent érotologue !  Ses pages nous mènent assurément vers des étages supérieurs, des hauteurs …inconnues. Réservé aux amateurs de mystère.

Supérieur Inconnu n° 15

Sans autre forme d’introduction, Sarane Alexandrian nous plonge dans la vie du mage Aleister Crowley, le guru tantrique. Passionnant ! C’est dans la revue Planète que j’entendis parler pour la première fois de ce personnage aussi improbable qu’un héros de film fantastique. Et pourtant, il a existé, menant une vie scandaleuse sur laquelle la bonne société anglaise fit courir les pires rumeurs. Considéré comme un suppôt de Satan par les catholiques, comme un toxicomane délirant par les psychiatres, un cynique manipulateur par les rationalistes, il fut, surtout, un féru de religions antiques, bien décidé à faire revivre le paganisme. A lire le récit passionnant de Sarane Alexandrian, on  comprend mieux sa farouche opposition au christianisme. Aleister Crowley a terriblement souffert d’une éducation puritaine bigote et  culpabilisante. S’étant fait traiter d’Antéchrist par sa mère à chaque mauvais pas, il finit par en jouer le personnage. Sarane Alexandrian le considère comme un poète dionysiaque convertissant ses expériences en hymnes, en drames rituels et en récits initiatiques, un toxicomane encore plus original que Thomas de Quincey et Henri Michaux, un Anglais excentrique plein d’humour noir comme ceux qu’ont révérés les surréalistes. 

Supérieur Inconnu ne pouvait pas ne pas évoquer le centenaire de Benjamin Péret, un autre anticlérical impénitent  dont Thierry Beauchamp dit qu’il réussit à être surréaliste dans le surréalisme ( c’est fort !) .

 Pierre Vandeprote présente l’art rituel de Karom Thomasson, plasticien du Périgord, inspiré par les peintres des cavernes et les cultures chamaniques. Il réfléchit sur le sens de l’art contemporain : Peindre c’est se livrer à une activité d’aventurier, d’explorateur, dont le principal souci est de ramener à jour des images, à la fois nouvelles et immémoriales, imaginaires et pourtant infiniment justes de notre devenir d’homme. J’en dirais autant du poète !  

Une réflexion « poétique » de Marc Kober sur la photographie en général et le roman photo en particulier dans un cadre où ce genre artistique se sent chez lui : le Japon. 

Parmi les textes , rassemblés sous la rubrique « Désirs de femmes » : Claire Dumay réussit à rendre la corvée du ménage poétique, Militsa Kecman révèle que lire le marc de café peut être un jeu dangereux, mais là où nous atteignons le niveau « supérieur inconnu », c’est avec le récit d’Anne Lise David (journaliste de France Culture) l’amie morte. Une écriture sublime qui nous ouvre les portes d’un monde infernal. Une révélation !

 Xavière Remacle