Pris de peur

Pris de peur
Rafael de Surtis Editions
20 rue de la Margotterie – La touche

86170 CHERVES

directeur de publication : Paul Sanda

Pris_de_peur_9 bis.JPG (17950 octets) Marquée du signe du scorpion, la revue Pris de peur remue la boue, sonde l'inconscient, flirte avec la mort, joue avec le feu et surtout pique de son dard la littérature convenue dans une rubrique impitoyable (poubelle). Chaque trimestre, Paul Sanda, qui a une prédilection pour les thèmes qui font peur, nous expose au grand frisson de la lecture en quatre rubriques : La nuit des Cornus (son éditorial " gothique "), les interviews (rien que des invités sulfureux), Ecriture, Communication créative . On retient sa respiration et on saute à pieds joints dans cette revue " objet " reliée main, et numérotée s'il vous plaît. Ames sensibles s'abstenir.

 

Pris de Peur n°10 : L’ivre des morts

 Attention aux propositions indécentes de Paul Sanda ! Bien sûr, dans « la nuit des cornus », Paul Sanda parle des morts qui nous enivrent, du regretté Yves Martin en particulier : cette ampleur de passion dévorée, morte de la sphère extérieure. Mais surtout, il nous entraîne au fil des pages vers l’ivresse qui tue pour nous laisser « ivres morts ».  Ivresse des TEXTES : ta tension à bascule/chevauche les humeurs alléchantes/ et les rythmes rassasiés/ la raison respirée  comme une fiole de jouvence/ épingle les fagots d’émoi/ sur la plaque muette/ d’André Duprat, un récit qui donne froid dans le dos de Mathieu Baumier,  « Le jugement des déshérités », l’humour noir d’Eric Dejaeger. Ivresse des PERSONNAGES : hauts en couleurs comme Jimmy Gladiator, celui qui a fait de sa vie un poème et de sa revue, La crécelle noire, la revue des lépreux de la littérature, une œuvre dadaïste « après Breton » ;  il y a aussi les surdoués comme René Quinon, (poète et comédien et dramaturge et critique d’art et…) qui résume brillamment la poésie du XXème siècle : Ce siècle a mis en procès le statut du poème. Il a fondé la primauté de la forme-sens au détriment d’une forme définitivement fixée au service d’un (ou plusieurs) sens. A chaque sujet sa forme ; à toute forme sa signification propre.

Xavière Remacle


Pris de Peur N°9 : Américain

L’Amérique qui fait rêver Paul Sanda n’est pas celle de Clinton, de Disney, encore moins de John Wayne. Etre américain ? Oui, mais… comme Kerouac, Henri Miller, Jim Morrisson, Whitman, Bukowski. Etre du côté des marginaux, des révoltés, des irréductibles, enfin…du côté des Indiens plutôt que des cow-boys.

Alain Pierre Pillet s’entretient avec Jack Hirshman, poète communiste rescapé du maccarthysme, qui rêve (et lutte pour) à une juste répartition de l’abondance mondiale Il regrette amèrement la récupération, commerciale de la Beat génération et continue à croire fermement que le poète peut exprimer non seulement ce qui est mais ce qui peut rassembler la grande masse des consciences en vue du siècle à venir. Il adhère actuellement à la Ligue révolutionnaire pour une nouvelle Amérique. Ses textes respirent l’élan mystique d’une génération qui a cru en son pouvoir de changer le monde : Et puis on meurt, et alors plus jamais/ on ne pourra respirer cet air particulier. / On commence à vivre dans le souvenir,/ les imbéciles se précipitent à l’intérieur,/ tout est dense et certain./

Suivent quatre superbes textes d’Henri Miller qui expriment tour à tour son admiration pour le mode de vie autarcique des pygmées, sa conviction qu’il existe une vie extraterrestre, son amour pour Walt Withman, et surtout, un extraordinaire testament philosophique qu’il lègue à ses enfants.

Nous retrouvons Harry Wilkens qui dirige la revue Dockernet, un interview de James Sacré, professeur dans une université américaine, spécialiste de la poésie française du XVIème siècle. Il confie son attachement à la langue française qu’il a choisie pour l’écriture.

Irving Stettner (né à New York en 1922) rencontre Paul Sanda et lui explique " l’esprit Stroker ", nom d’une revue qu’il a fondée en 1974 et qu’Henri Miller soutint avec enthousiasme. Plus qu’une revue, un mouvement dadaiste dans l’âme qui revendique la liberté de créer hors des sentiers battus. Vingt cinq ans plus tard, Irving Stettner déplore la commercialisation croissante de la littérature américaine et admire l’esprit d’avant garde de la culture française complètement ignoré de Etats-Unis. Il rapporte le bon accueil que les Japonais ont réservé à ses textes et à ses dessins. Autour d’un de ses très beaux poèmes, Cloud, d’autres auteurs qui se réclament de cet " esprit Stroker " : William Joyce, Erich Von Neff, Ira Cohen.

La révélation de ce numéro : les textes poignants de Tommy Trantino, né à Brooklyn en 1938, condamné à perpétuité pour avoir participé au meurtre d’un policier. Son œuvre majeure Lock the Lock fut publiée par A.Knopf en 1974 :
j’occupe la cellule deux qui est à droite de la cellule un dans laquelle on garde les cuillères et les provisions de cafards et de souris devant la cellule un se trouve le bureau où s’assoient et pètent et font du bruit toute les journée les flics de service par deux à la fois à trois mètres environ à gauche de la cellule un il y a une porte qui donne sur la population avec une possible condamnation à vie = mort et à la droite de la porte de la population à gauche de la cellule un il y a un mur où pend un téléphone pour que les flics appellent chaque demi heure /

Xavière Remacle


 Pris de peur n°7 Saint Michel 98 : Eros

Paul Sanda annonce la couleur dans " la nuit des cornus " : Nous ne devons jamais oublier que, derrière chacune de nos prétentions d’être, tous les désirs, en abstraction émotionnelle de la mort, font…PEUR !

Des Photos-Symétries d’Henri Maccheroni qui font " mal aux yeux " : représentations kaléidoscopiques du sexe féminin, pas encore assez " abstraites " pour être supportables. L’artiste va publier aux Editions Borderie/Oblique 2000 photographies du sexe d’une femme ! Du voyeurisme érigé en art.

Interview de Sarane Alexandrian, né en 1927, directeur de la revue " Supérieur inconnu " auteur d’un traité d’érotologie, Le doctrinal des jouissances amoureuses. Il insiste sur la spécificité de l’érotologie qu’il distingue de la sexologie : L’érotisme et l’amour vont toujours ensemble. L’érotisme n’est pas uniquement l’acte sexuel.. Savoir aimer délivre.

Un érotologue qui sait parler aux femmes ! Je m’étonne avec lui que ses livres soient traduits en turc, en coréen, en polonais et complètement ignorés des Américains ! Croient-ils n’avoir rien à apprendre sur le sujet ?

Au chapitre des " Ecritures de Pris de Peur ", je remarque un texte de Patricia Cottron-Daubigné, Le rêve de Pasiphae : livrée à quelque sauvagerie désespérée/ ô corps de rage/ quand un long cri d’entrailles traversées/ parcourt mon échine. Un autre Cérémonie d’ouverture, de Gilles Bailly, directeur de la revue Salmigondis. Un dernier, Ma mère a disparu, d’Yves Martin.

Une rencontre avec une femme exceptionnelle et irréductible: Grisélidis Réal, modèle, artiste péripatéticienne, mère de quatre enfants mais surtout peintre, écrivain, chef de file de la lutte pour les droits de prostituées : Nous sommes et nous n’existons pas. Toute cette affabulation calculée à l’emporte-pièce, nos lois, nos prétendus critères moraux, sociaux, religieux, toute cette gangue sécrétée par notre angoisse devant la mort… Une métaphysicienne pour notre temps, une grande prêtresse de l’érotisme, totalement insoumise au patriarcat. A la question Qui aimez-vous ? elle répond : Tous les hommes, et pourtant je préfère l’Inaccessible, l’Interdit, le seul Grand Maître des violences oniriques, celui à qui on a accès qu’en esprit en sachant qu’il nous est dérobé pour la vie et l’éternité. Je pense malgré moi à Marie Madeleine. Je m’en vais de ce pas lire ses deux livres autobiographiques : Le noir est une couleur (Editions d’En bas) ; La passe imaginaire (Manya et Presses Pocket)

Un autre invité " scandaleux " : le réalisateur et écrivain fantastique, Jean Rollin, dont le premier film, aujourd’hui " culte ", " Le Viol du Vampire " a déclenché une émeute lors de sa sortie en mai 68.

Après une vie consacrée à l’épouvante et à l’érotisme " surréaliste ", il nous confie son idée de l’adaptation cinématographique de L’amant de Duras : Au lieu de dépenser des millions en reconstitution, j’aurais tourné contre un mur, dans le quartier chinois de Paris, à côté de la porte d’Italie. Je n’aurais évidemment pas montré la scène d’amour qui a fait le succès du film, mais qui était le piège à éviter.

Il nous annonce très prochainement la sortie d’un film déjà vendu à Canal + : affaire à suivre.

Dans la rubrique " poubelle ", Pris de Peur fustige les revues hypersubventionnées qui se contentent de publier les auteurs " enseignés à l’école " tandis que des revues indépendantes et bénévoles rament à leurs côté pour risquer la nouveauté.

Je vous préviens: ça fait très mal !


Pris de peur n°6, Epiphanie 99, Ruptures

De très belles encres abstraites de Jacky Langagne, peintre et poète dont j’apprends le récent décès en dernière page.

 

Paul Sanda dévoile son univers alchimique à Alain Pierre Pillet qui l’interroge sur son cheminement  et les auteurs qui l’ont marqué : Gilles de Rais, Antonin Artaud, Jean de Sponde, et bien sûr Paracelse. On comprend mieux, à lire cet entretien, " l’âme " de sa revue.

Les textes qui ne passent pas inaperçus : Incarnation de Guy Sapriel : Parmi les ombres tu m’as/ reconnu tu t’es donnée vite/ reste ô impérieuse et seule.

Deux poèmes de lumière, disposés comme un diptyque, de Luc Delisse

Un texte court et décapant de Michel Perdrial : Chloé.

Encore Yves M artin pour son bouleversant Dimanche à l’hôpital : Je m’étends à nouveau, je me palude de patience, je rectifie la chemise de l’Assistance Publique au grégaire poisson (…) L’auréole me trucide dans le dos.

Une interview délirante et dadaïste de Pascal Ulrich, peintre et dessinateur, créateur de la revue " l’absurde crépuscule ".

Thierry Bordas, raconte les mésaventures de sa collection d’écriture de haut vol " Cent quatre vingt degrés " aux Editions Pierre Bordas. De la difficulté de publier.

Attention, on tourne la page et on tombe sur la rubrique poubelle : les revuistes peuvent avoir peur !

Pas de pitié pour les conventionnels, les classiques, les ringards. Ca écorche sec. Je ne donne pas de nom.

Pour ma santé, je préfère citer quelques revues appréciées et classées dans le top 30 : celles dont je vous ai déjà parlé : Décharge, Parterre verbal, Poésie Première, Sapriphage…

Celles dont j’aimerais vous parler bientôt : Comme ça et autrement, Gros textes, Arcade, Supérieur Inconnu, Hématomes crochus, La polygraphe…. Si le facteur est généreux…

Xavière Remacle