Poésie 99

revue trimestrielle de la poésie d’aujourd’hui

 

n°79 octobre : spécial “ Le temps du Maroc ”

 Un numéro très oriental avec un dossier consacré à Georges Shéhadé, ses poèmes, ses dessins, ses amis :   Andrée Chedid, Salah Stétié, Anne Wade Minkowski, analyse critique de Jean-Yves Masson, manuscrits autographes, un entretien accordé à Gérard D. Khoury à qui il propose cette définition sublime : la poésie est le parfum de tout ce qui dire ou va durer.

 Deuxième dossier : les poètes marocains de la génération 80 (c’est-à-dire nés autour des années 60). Là je dis “ enfin ! ” un espace leur est accordé dans une revue française. Avouons qu’ils sont trop peu connus de ce côté-ci  de la Méditerranée. La dernière anthologie consacrée à la poésie marocaine date de 1976 !  Une seule femme dans le lot : Ouafa Lamrani. La poésie marocaine n’échappe pas au phénomène déploré par Claude Vercey dans Parterre Verbal n°32 : il y a trop peu de femmes poètes. Dans l’ensemble, je découvre une poésie dépouillée, très lisible, mais résolument moderne centrée sur le quotidien, qui cherche à se débarrasser du mimétisme oriental. Cependant, la présence discrète du thème du vin me dit que les fantômes d’Abou Nawwas et d’Omar Khayyam ne sont pas loin.

Le choix des auteurs me paraît excellent mais parmi tous la poésie de Salah El Ouadié, marquée par ses années d’emprisonnement politique   est la plus déchirante: Si mon âme avait à s’entretenir/ Avec les saisons/ C’est vers les bords de mer que je m’avancerais entièrement/ Jusqu’à pouvoir exprimer/ Mais toutes les saisons ont passé suivant leur ombre/ Me laissant confondu de stupeur/ (…) J’écris la poésie qui me tue/ C’est ma confidence et mes aveux aux arbres/ C’est le lieu entre mon feu et ma cendre/ j’écris la poésie qui tue dans l’âme/ ce qui est malfaisance et clinquant/ C’est mon cœur qui m’observe en secret/ C’est l’amour qui me voue aux terrains vagues.

Driss Issa : Lorsque l’épi éclôt de son manteau vert/ et qu’il tend vers le vent ses doigts épouvantés/ alors foisonnent les questions/

Xavière Remacle