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          Phréatique

Phréatique, langage et création
40 rue de Bretagne
75003 Paris
France
Directeur de Publication : Gérard Murail

http://www.multimania.com/phreatiq
E mail : phreatiq@multimania.com

Créée par le groupe de recherches polypoétiques (GRP) en association avec les Editions ARCAM, cette revue très intellectuelle, délibérément pluridisciplinaire, veut habiter la frontière entre poésie, arts plastiques et philosophie.

Elle accueille chaque trimestre des textes poétiques, des photos, des reproductions d’œuvres plastiques et des articles de fond sur un thème susceptible d’intéresser des philosophes, des scientifiques, des linguistes, des critiques d’art…Elle offre également un espace à des poèmes " hors thème " dans le Poétarium et se clôture avec la revue critique de Georges Sedir. La revue organise chaque année le concours Poétest qui sollicite l’inspiration des poètes sur une image ou une citation.

Phréatique n° 91

 Le terme « canon »   a deux origines. Qu’il vienne de l’italien « canna » (qui a donné sucre de canne) il désigne le tuyau, conduit, bobine, tout objet cylindrique, également la bonne bouteille. Qu’il vienne du grec « kanoun », il signifie règle, loi, code, décret, idéal, prototype.

Dans ce numéro sur le thème « tout en canon », Phréatique choisit de nous parler de tous les canons : du canon esthétique ou musical , du canon militaire, du canon de bière, du canon forestier, du canon de l’Eglise et - pourquoi pas ? - de la recette du canon lorrain à la pâte feuilletée et aux prunes.  

La thématique est un peu trop « phallocratique » pour que je m’y sente tout à fait à l’aise, mais j’aime la réflexion de Bernard Jakobiak   sur les canons de l’Eglise: Les canons de l’Eglise sont des étais provisoires pour le temple branlant bâti souvent sur des sables. (…) Ces remèdes que sont les canons ne sont efficaces que s’ils sont appliqués avec clémence et humilité J’aime la belle  envolée de Serge Goudin Thébia sur la beauté de l’arbre canon, l’arbre fût  des forêts tropicales, très apprécié des paresseux. Et par dessus tout je préfère « Les canons du lire et écrire » de Serge Meittinger: L’artiste est dans son fonds le plus ténébreux relativement indifférent aux accrocs de la vie quotidienne. Protégée de la vie par l’œuvre « (…) Elle (la poésie) m’échappe, ne cesse de m’échapper, s’imposant sans crier gare, se refusant longtemps, trop longtemps… L’inspiration y est déterminante et souveraine (…) Son résultat me dépasse (…) La vie des textes publiés continue à me fasciner (…) la vie des textes ainsi jetés à l’eau  comme bouteilles à la mer demeure insondables. Qui lit ? Et comment ? Est-ce lu d’ailleurs ? (…) avoir tant publié et être si méconnu, si peu connu ou reconnu. Patience. (…) Ecrire est souvent la meilleure façon de penser.

Gérard Murail clôture avec les heures canoniales, ces heures qui ont servi à rythmer les journées d’une autre époque : matines, laudes …. Jusqu’aux complies  Tu le couvrais de mots à remettre en question / dit l’ange robe nue sur un corps sans couture/ laisse toute parole avec les chiens à l’ancre/ et les conversations de traîne/ ta nuit porte la conversion.

Et moi, je m’inquiète : Phréatique aurait-il déjà atteint un âge canonique sans que je ne m’en sois rendu compte ?

 Xavière Remacle

 


Phréatique n°90 : L’esprit nomade 

Numéro thématique sur l’esprit nomade. Les articles, tous plus passionnants les uns que les autres, proposent une grande diversité d’approche du sujet dans une certaine unité de style : un certain regard « poétique » sur la question.

Dans « Alchimie du vagabondage », Jean Biès dénonce la perpétuation du meurtre de Caïn (archétype du sédentaire) sur Abel (archétype du nomade et préféré de Dieu). Guy Chaty distingue entre les anciens et les nouveaux nomades, ces derniers, ceux de la modernité,  ont la bougeotte … piétinent en courant. Les anciens nomades se seraient-ils assagis ?

Bernard Llech évoque l’errance spirituelle, la quête de soi : Le voyage authentique commencerait lorsqu’il n’envisagerait plus une destination géographique, ou seulement géographique. Lorsqu’il serait devenu au sens propre « u-topique ». Mais il insiste également sur le rôle spirituel du nomade dans une société sédentaire : L’errant dérange, on l’a vu. (…) C’est qu’il a une fonction sociale d’éveilleur.
Jean-Marc Debendetti  récuse le préjugé que la sédentarisation représente un progrès pour la civilisation. Cette sédentarisation n’est qu’apparente car les peuples n’arrêtent pas de migrer, et les individus de « partir en vacances » comme par nostalgie d’un lointain nomadisme.

Sylvie Vauclair rappelle pour ceux qui l’ont oublié que la  terre est une planète, c’est-à-dire que l’univers est lui –même en mouvement et nous embarque dans une aventure nomade malgré nous.

Patrick Raveau aborde le thème de l’aventure spatiale, nomadisme du futur : la science fiction est un voyage (…) pourrait traduire en soi le besoin  de l’homme (de l’écrivain, des lecteurs) de visiter d’autres formes de vie d’une part, et de quitter son berceau natal(…) L’esprit de l’écrivain est comme celui d’un nomade.

 L’article le plus inattendu, celui de Gilles Boussois qui détourne le mot « nomade » et nous parle de tout à faire « autre chose », c’est à dire de l’œuvre no-made (non faite ?), catégorie nouvelle après le « self-made » et le « ready-made », pur produit des techniques de la virtualité (dont l’informatique).

 Du côté de la poésie, j’aime Nohad Salameh : Villa close au énième étage du silence/ Aurons-nous jamais accès à ce Seuil/ Où des antennes sciées nous reçoivent

 Horia Badescu Le poème est lui-même un chemin/Le chemin du poème/ est le poème même/ Sur le chemin du poème/ celui qui marche/ n’est pas le poème ; / sur le chemin du poème/ erre la poussière/ engendrée sous les pieds/ de la mort/

 Ossian Perez :Taches au soleil/ j’ai perdu ma maison/ les anges se résorbent/ Ils sont des humidités de l’âme (…) Ton visage/ C’est ma transition/ je te regarde/ Je suis ton étranger. 

Georges Friedenkraft : mitoyennes les heures/ sacrilège le jour ! sur les murs de la cathédrale/ au fond du lac/ je palpite : / le sapin le pollen/ y fleuriront sans doute.


Phréatique n°89 : Lieu poétique n°8

En introduction, le texte humoristique pseudo-scientifique de Guy Chaty Une nouvelle particule expose l’hypothèse d’une particule du désir " le libidon ".

Les résultats du " poétest " sont plus concluants que l‘année précédente. La phrase de St Augustin : Nous sommes une strophe dans un poème a inspiré beaucoup d’auteurs parmi lesquels certains que nous connaissons : Gertrude Millaire, Jean-Paul Mestas, Armand Olivennes. Rien que des beaux textes , mais celui de Rojer Ar Penneq se signale par son originalité : devant les grands nomades/ les croisés génétiques/ idoles en limon/ sur des radeaux fractals/

Un débat passionnant entre Maurice Couquiaud, Werner Lambersy, et Basarab Nicolescu, sur le thème de la matière. Vous pouvez en retrouver le texte sur le site de Silvaine Arabo ( http://www.multimania.com/mirra/ )

J’ai remarqué tout particulièrement :

Le coléoptère de Jacques Simonomis, Le mot est une puce de Henri Clairvaux : Qui me donne un mot c’est comme s’il m’ouvre une porte.

Gilles Boussois Nuit des inférences vitales, un texte : un texte fort et douloureux sur la nuit  blanche ou noire.

Les phrases lapidaires de Colette Klein : Les plaies du poème opacifient le livre destiné à l’effacement.

L’article de Luc Olivier d’Algange sur les langages secrets ;

Le lyrisme psychédélique de René Ferriot : la poussière/retombe sans fin/ les yeux mlades devinent seulement/ la magnificence invisible/ et les forces qui s’étouffent/ au déclin du regard.

Deux poètes très " cosmiques " : Annie Salager: L’ami a laissé passer sa vie/ mais il voit cela maintenant goutter/ de la simple rosée sur le bambou/ et circuler dans le temple du ciel/ Il en écoute heureux le souffle qui meut/ et Michel Lucarelli : Une étoile a sautillé/ entre les mottes/ avant d’épouser/ les lignes de nos mains/ unies au vergé/

Xavière Remacle


 

Phréatique n°88 aborde le thème du Commencement. S’expriment tour à tour un astrophysicien, un mathématicien, un neurologue, et des écrivains et artistes parmi lesquels l’éminent Michel Butor, la sinologue Isabelle Robinet, la poétesse et romancière Francesca Caroutch, Marc Alyn, directeur de la collection Poésie/flammarion
La plasticienne et philosophe Seloua Boulbina ouvre la marche par la question : " comment commencer ? ", Isabelle Robinet nous parle de l’origine primordiale en Chine.

Jean François Lambert, psychophysiologiste, nous explique les difficultés du biologiste à déterminer le commencement de la vie et de la mort. Une réflexion sur le Big Bang de Marc Lachièze Rey et sur la perplexité du physicien qui doit penser un au-delà de l’espace-temps.

Alain Le Méauté " tente " de nous expliquer ce qu’est l’irréversibilité géométrique : je n’ai rien compris mais j’ai aimé l’œuvre qui l’accompagne et qui mêle phrases poétiques, formules mathématiques et calligraphies chinoises de Qiu Ping Wang : le clapotis était sans effet sur le halo des fins/il fit voile vers l’horizon espérant anticiper la nuit/ dépité il la vit bleuir parabolique rassurante/(…)erreur créatrice du code orthographique/ Voilà un langage plus compréhensible que : L’hypothèse aujourd’hui à vérifier est qu’il est possible de donner un contenu géométrique à cette complexité et que l’irréversibilité est alors liée à l’intrusion de l’infini dans le quotidien. On dit l’infini alors actualisé. Heureusement pour moi qu’Alain le Méauté est aussi bien poète que mathématicien.

Michel Butor nous enchante avec " Flammes pour un nouvel an " et tout ce qu’il voudrait jeter au feu à la fête du " commencement ". Je remarque la très belle peinture " alchimique " de Gérard Murail intitulée " l’espace ".

Beaucoup de bons textes dans le Poétarium : les lettres ouvertes au néant par Michel Couquiaud le rédacteur en chef, Didier Champion : c’est le sable qui nous dure/ aux portes de lumière/ sa docilité âpre à nos traces ce soir/, l’humour de Pierre Midoux : le ciel est gris/le merle est blanc/ sur le mur noir/ la barbe hirsute du photographe/ fait fuir l’oiseau.

Xavière Remacle