Parterre Verbal

3 impasse du Poirier
39700 Rochefort sur Nenon
directeur : Jean-Michel Bongiraud

Cette revue de qualité dispose pour nous chaque trimestre son " parterre " de textes soigneusement choisis. Un auteur est mis en valeur au centre de ce bouquet littéraire aux parfums subtils. Des entretiens avec les auteurs, l’itinéraire revuistique d’Armand Olivennes, la critique littéraire et le panorama des revues de Jean-Michel Bongiraud, autant de rubriques qui nous font réfléchir à la littérature et affinent notre goût poétique : une revue pour les " connaisseurs ".

Parterre verbal n°34

 A l’approche des vacances, J.M. Bongiraud décide de défendre la cigale contre la fourmi. Mais cet apparent   éloge de la paresse (on sait le travail que représente une revue) n’est qu’une invitation à la lecture pendant la saison des siestes, une incitation à mettre quelques recueils de poésie dans nos bagages de touriste.

 

L’invitée Muriel Verstichel avoue que l’écriture « crée son espace et son temps » : si j’avoue une souffrance, elle vient y boire en me désaltérant, y manger en me rassasiant.  Une poésie d’une nature sensuelle et ardemment amoureuse qui me séduit complètement. Poète « autoéditée », Muriel Verstichel mérite davantage de reconnaissance : Croissante sur tes lèvres/ je m’abîme serrée translucide/ pénétrée que je suis de ton ciel.

 

Dans sa rubrique sur les auteurs, Béatrice Machet présente le poète amérindien (abenaki), Joseph Bruchac, poète mais aussi conteur, critique, anthologiste (traduit en français et édité chez Wigwam). Je m’interroge sur la réflexion de ce dernier au sujet de l’âme blanche et de sa poésie plus individualiste, enracinée dans l’expérience de la solitude, alors que les indiens ne se pensent pas seuls… ils sont leur peuple. Leur poésie est tournée vers la communauté : J’ai appris des choses que savent nos Anciens/ Ceux qui n’oublient pas de garder / les yeux ouverts sur une ancienne lumière/ ils l’ont vue dans l’obscurité du sommeil hivernal.

 

Patrick Chavardès s’indigne à juste titre des abus du marché de l’art et rappelle que pour beaucoup d’artistes le seul salaire du talent c’est la maladie, la mort ou bien la pasteurisation.

 

Dans la composition du « parterre », Üzeïr Lokma Cayci, Jean-Louis Bernard et surtout du très bon Marie Bataille : effacement/ des sables/ où s’alourdissent/ nos venins/ Je suis le sable parcouru/ réticence de la mémoire.

Je suis moins convaincue par les textes de Yaming Zhan (sans doute lassée d’avoir lu plusieurs fois les mêmes ailleurs) ainsi que par ceux de Martin Zeugma (sensation d’apnée dans les textes non ponctués). Et je suis encore moins convaincue par les illustrations

Xavière Remacle

Parterre Verbal n°32

 Consacré à un sujet susceptible de me donner des boutons, LA POESIE AU FEMININ (mon Dieu, quoi encore ?) ce numéro évite tous les écueils : pas de paternalisme (allez, les femmes, on vous laisse une petite place), pas de sexisme (les femmes ont vraiment une façon particulière d’écrire, vous ne trouvez pas ?), pas de sensiblerie (les femmes sont si vulnérables). Je referme la revue complètement d’accord avec Jean-Michel Bongiraud : aucune distinction ne peut être faite entre l’écriture féminine et masculine, même si quelques-uns avancent que certains thèmes, comme l’amour, sont plus récurrents chez l’une que chez l’autre. On aura compris que le rapport aux mots est le mode électif du poète, et que la principale difficulté pour la femme est non pas d’être écrivain mais de se délivrer du servage dans lequel elle est tenue. Claude Vercey dénonce  le manque de reconnaissance sociale des femmes poètes. Les femmes écrivent évidemment mais, à talent égal… les femmes ne tiennent pas en poésie le premier rôle : pour preuve la collection poésie/Gallimard, panthéon discutable mais panthéon tout de même où entre des dizaines d’illustres contemporains figure la seule Marie Noël. Et oui, les milieux littéraires ne sont pas très « originaux » qui ne font que refléter la société dominante :  Le talent n’est qu’une condition parmi d’autres qui conduisent à une visibilité à court terme et la place occupée dans le milieu artistique. (…)  Claude Vercey pose une très bonne question : pourquoi y a-t-il davantage de femmes romancières connues que de femmes poètes ? Il y répond de façon très réaliste : on peut vivre de ses romans, pas de sa poésie ; la poésie est toujours une « activité bénévole » qui demande du temps libre dans sa vie privée, ce temps libre qui manque cruellement aux mères de famille ! ! ! Paule-Marie Duquesnoy confirme : la vie familiale des femmes de lettres s’accommode mal du modèle traditionnel.  Pour témoins, des poèmes de femmes, rien que de femmes, ces femmes à qui Parterre Verbal a souvent donné la parole : Clod’Aria, Ariane Dreyfus, Vénus Khoury Ghaïta, Paule-Marie Duquesnoy, Patricia Cottron-Daubigné, Catherine Mafaraud, Isabelle Pinçon, Odile Caradec, Mireille Fargier-Caruso, Amina Saïd, Jeanine Salesse, Colette Andriot, Madeleine Mouget, Luce Guilbaud.  Et Catherine Brych : Les hommes s’assombrissent en violence/ Bustes tranchés, déjà héros/ Blasphémant toutes les confidences/ A n’importe quel prix convoiter/ Les femmes ont envie de pleurer/ poitrines en forme de blessures.

Xavière Remacle


Parterre verbal n°31

Un superbe éditorial de Jean-Michel Bongiraud (vivement qu’il en rédige un pour Ecrits vains !) sur le sens de l’activité poétique qui selon lui n’a de compte à rendre à personne, et devrait refuser de jouer un rôle qu’on lui impose et auquel elle ne tient pas car : elle n’est pas une couche d’intellectualisme sur une couche d’émotion, un supplément d’âme pour un manque de rationalisme. On a compris : la poésie doit rester libre.

L’invitée : Annelyse Simao. Des extrait d’une recueil à paraître aux éditions Le Dé bleu : Mélodie des petits riens. Les " petits riens " de l’enfance d’une femme insoumise, révoltée par le modèle de la mère conformiste, par l’inégalité entre les sexes  : C’est la fille aînée qu’on attrape et qu’on dispute./ Etait-ce hargne obscure ou vomi de leur propre / Et sale enfance ou la trace très rance / D’une société visant à embrouiller/ A jamais les baisers entre les sexes ?

Dans un article L’asphyxiante culture, Jean l’Anselme fait la nique aux intellectuels qui veulent enfermer l’art dans des catégories universitaires.

Dans la rubrique " Poèmes et voix ", nous retrouvons Paule-Marie Duquesnoy, Armand Monjo, des extraits du recueil " Grammaires d’Arabie " de Xavière Remacle.

Je remarque les textes surréalistes de Claire Boitel : Suite dans la bouche : la nuit saute par la fenêtre/ sa pelote d’os s’emmêle/ la ville passe en se tenant les côtes/ et déchire un visage/ dieu feuille blanche/

Enfin des notes de lecture sur les derniers recueils parus, et une revue des revues qui malheureusement n’est pas très à jour. On y recense le Poésie première n°13 (on en est au 15) et Sapriphage n°34 (on en est au 36). J’ai de l’indulgence car je sais ce que c’est de ne pas arriver à suivre !

Xavière Remacle


Parterre Verbal N°30

Jean-Claude Martin a eu le coup de foudre pour la poésie d’Eliane Belaud, une illustre inconnue dont il fait l’invitée de ce Parterre verbal. Pudique, elle a longtemps privé les lecteurs d’un recueil La parole vient de loin dont les extraits me semblent superbes. Pourquoi tant de timidité ? Ne puis-je m’empêcher de penser. Jean-Claude Martin salue cette réserve qui ne fait qu’ajouter à l’intensité des mots.

Il se dégage de ses textes une sérénité contemplative, très " féminine " à mon sens, qui transfigure le quotidien : des rires au fil des bonjours./Des sourires de miel délivrant leur visage/dans l’opacité des miroirs.(…) Quand le vent balaie la plaine,/il promène son rire sur le visage des hommes, / quelques soupirs le tiennent au bord des lèvres./(…) l’écriture n’est pas douleur, elle est attente, incertitude, ensoleillement.

Dans la rubrique des Voix et poèmes, Phan Kim Dien entretient obstinément la nostalgie Rock sur son carnet de route : Rennes. 10h. Musée 20 francs l’entrée/ (…) La crise, les quotas européens, les investissements trop lourds../ (…) Au comptoir café du matin/ 4francs 50 le noir avec un verre d’eau/

Pour ceux qui préfèrent une poésie plus " lyrique ", Jean Zimmerman écrit les soleils les paroles du vent/ le cri des arbres noirs/ le chant des hautes marées/

Armand Monjo de son côté, philosophe : Dans le face à face des sexes/ l’amant et l’aimée vont-ils vivre les différences / ou se dissoudre l’un dans l’autre ?

Michel Pierre lui fait écho dans des textes courts : Une vie suffit à peine pour descendre du piédestal sur lequel l’enfance nous a juchés.

Il y en a pour tous les goûts dans ce parterre, moi j’ai trouvé mon bonheur à la lecture de Impressions aux pattes d’oiseaux de Marcel Migozzi : ce chêne pubescent s’il/ ton âge il n’a pas comme toi/ son enfance achevée : (…) les sèves dures des tétons/ des figues fleurs c’était / alors l’adolescence/ (…) sur le pré le ciel réalise/ qu’un arbre a été abattu, silence/ et bleu stupéfiés.

Xavière Remacle


Parterre Verbal n°29

L’invitée du Parterre, Paule-Marie Duquesnois offre une série de textes très inspirés par la nature, rassemblés sous le titre " Feu de tous bois ". L’auteure vit dans un monde " ensorcelé " : On reçoit des marrons on ne sait pas pourquoi/ Il y a aussi des coups d’épée dans l’eau/ (…) je demeure matin et soir entre les pattes de l’araignée dans la toile de la tente/ (…)Panne de courant : on allume des vers luisants./Une eau forte rompt la canalisation./(…)Au matin la guêpe enfile son corset d’or sur son dard/ A midi elle a des fourmis dans le corps. Le diable suit avec les bagages./ Le soir on trouve une carte à puce dans le lit./ Une sorte de naturalisme surréaliste !

Ahmed Mala s’interroge : Etait-ce nous qui allions devant les mosquées/faisions du feu avec des fleurs,/Etait-ce nous qui feuilletions des pages brunes…

 

Parterre Verbal n°28

La révélation de ce numéro : Mohammed El Amraoui, interviewé par Marc Porcu après la parution de La lune, Les divisions aux éditions Poésie rencontre Lyon 1997. Cet auteur " cosmique ", dans la ligne d’Abdellatif Laâbi, puise ses références dans la littérature française aussi bien qu’arabe.

Notre fleur/retardataire parmi les feuilles/dans une démarche prométhéenne/insère dans le pollen/une vie soudaine/entre l’argile guettée jusqu’à l’aube/et la tablette tombale.

Jean Chatard et Jean-Claude Tardif expliquent leur démarche de correspondance poétique publiée aux Editions La Bartavelle 1998.

Dans la rubrique " Poèmes et voix ", des noms familiers aux lecteurs de revues poétiques : Jean-Christophe Bellevaux, Roland Counard et Dominique Massaut, Claude Cailleau, Christophe Forgeot,. Deux poèmes très " rock   and road movie" d’ Erich von Neff: Plantez vos éperons/ Des filles de rêve vous attendent au Darling Sisters Saloon/Amigos.

 

Xavière Remacle