Le Matricule des Anges

Le Matricule des Anges
18 rue Guillaume -Pellicier
B.P. 225
34004 Montpellier cedex 1
http://www.lmda.net
directeur de publication : Thierry Guichard


Plus qu'une revue de littérature : un magazine du lecteur, constitué essentiellement d' entretiens avec des écrivains et des éditeurs qui nous font découvrir " l'envers du décor " et la subjectivité d'un écrit, des articles de fond, des critiques de romans et d'essais et… de recueils de poésie (en moindre proportion). Il propose un concours permanent de nouvelles. Le Matricule des Anges se veut le guide du " lire intelligent " pour un lecteur perdu dans le dédale des publications. On ne parle pas ici des " best-sellers " mais plutôt des maisons d'éditions discrètes, voire confidentielles, mais toujours de qualité, et très intellectuelles : Le serpent à plumes, Actes Sud, le Dé bleu, Hors Commerce etc. … Dommage que la présentation très classique manque d'aération et de fantaisie pour un contenu aussi riche, dont la densité peut être rébarbative.

Le Matricule des Anges a également un site où l'on peut consulter certains articles des anciens numéros. Le navigateur découvre des rubriques intéressantes : critiques de livres, coups de gueules etc…. Mais l'ensemble manque un peu d'interactivité. En particulier la rubrique " vos écrits " qui se contente d'afficher des textes proposés par des lecteurs sans les sélectionner ni donner les visiteurs à réagir. Le passage du support papier au numérique se fait " doucement ".


Le Matricule des Anges N°26

Le dossier est consacré à la romancière et psychiatre d'origine espagnole, Lidye Salvaire : quatre articles de Thierry Guichard qui scrutent le fond et la forme pour établir de nombreux parallélismes entre l'oeuvre et la vie personnelle de l'auteure.

LMDA recense des revues que nous affectionnons particulièrement : Le Cris d'Os, Décharge, Sapriphage, Brèves… mais surtout il consacre deux pages aux éditions Le Dé Bleu (associées maintenant à Décharge) et donne la parole à Louis Dubost qui témoigne de sa démarche d'éditeur de poésie et de littérature pour la jeunesse. La poésie et le théâtre forment ensemble 0,2% du marché littéraire. Mais qui a dit que la poésie ne se vend pas ? Avec 12 à 15 titres par an tirés à 1000 exemplaires, Le Dé bleu s'en sort et vend parfois mieux que la collection poésie de Gallimard. Louis Dubost défend l'idée que les petites structures sont plus à même de défendre la poésie que les grosses maisons d'édition. Il insiste sur la nécessité d'établir un courant de sympathie avec l'auteur dont il publie le texte. Il revendique le droit de ne publier que ce qu'il aime, d'autant qu'il travaille bénévolement, " pour la cause ". Il se considère comme un " militant " de la poésie qui a vocation de " découvreur ". Il n'est pas peu fier d'avoir publié pour la moitié des " premiers " livres de poètes dont le talent s'est confirmé par la suite.

Sélectionnées par le concours " nouvelles ", " Le trou dans le mur " d'Arlette Fétat et Seul, dessus de Dominique Segalen qui anime des ateliers d'écriture en banlieue.
A la rubrique " théâtre ", une rencontre avec le dramaturge Joël Jouanneau qui travaille à la frontière de la comédie et de la tragédie.

Un entretien qui ne laisse pas indifférent avec Onuma Nemon , auteur d'OGR, un premier livre paru chez Tristam (début d'une cosmologie qui a pour titre C.O.N - Cosmologie d'Onuma Nemon). L'article commence par " Vous ne le verrez pas. Pas de photo de l'auteur ". Cette introduction suffit à nous intriguer dans un magazine où le narcissisme légendaire des écrivains apparaît à toutes les pages. Pas un auteur qui n'étale ses états d'âme et qui résiste au plaisir de se faire tirer le portrait (j'ai compté cinq photos de Lidye Salvaire !). Onuma Nemon : RIEN ! On se demande même s'il existe quand il révèle qu'il voulait attribuer la paternité de ce livre à son frère mort. Peu importe, Onuma Nemon fait de son propre personnage inventé une œuvre en soi. Cet écrivain me semble embarqué dans une expérience à la limite de l'art brut. On sent la présence de Lautréamont. Va-t-il devenir un mythe avant même d'avoir dévoilé son identité ? Affaire à suivre. 

A la suite de recensions de romans à n'en plus pouvoir, et tous plus intéressants les uns que les autres, le chapitre " poésie " sur lequel je m'attarde. Jacques Jouet s'est livré à l'exercie oulipien d'écrire un poème par jour sur le thème du navet. Il ne semble pas que son livre en soit un ! A vérifier chez P.O.L. Navet, linge, œil de vieux.(en 3 volumes !) LMDA loue la modernité de Pierre Tilman qui évoque la sexualité au quotidien dans Les statues n'ont pas de poils . Plus loin LMDA salue la parution chez Editinter du premier volume des œuvres complètes de Pierre Bearn. Une vie bien remplie, qu'il qualifie lui-même d'extraordinaire, partagée entre sa librairie, l'écriture et les voyages. Ami de Camus, d'Eluard, d'Aragon, il est, à 97 ans, un témoin précieux du vingtième siècle littéraire. 

Xavière Remacle