L'arbre à Paroles

Maison de la poésie d’Amay
B.P.12
4540 Amay

Belgique
Directeur de publication : Francis Chenot

Revue de poésie contemporaine, associée aux Editions du même nom, très rigoureuse dans ses choix. Elle ouvre ses pages aux poètes de Belgique et d’ailleurs. Elle alterne numéros thématiques et monographiques. Très classique dans sa présentation et le choix de ses rubriques (textes autour d’un thème, présentation des auteurs, critique de livres, chronique des revues, articles de fond sur un auteur), elle représente une valeur sûre pour le lecteur, en tout cas le meilleur moyen de découvrir la poésie belge moderne.

L’arbre à paroles n°107 : « Au corps du poème »

 Dans ce numéro Francis Chenot nous promet le plaisir charnel du langage, des poèmes à toucher, à pétrir, « une fellation de voyelles ». Oui, la poésie va nous montrer son « corps » et susciter  les plus troubles désirs.

Promesse tenue avec des textes que je qualifierais d’appétissants, de sensuels, d’épidermiques, certains de franchement érotiques.

Mes préférences vont à ceux de Anne Bonhomme : Corps à écrire/ écrire le corps/ panique/ pas les mots pas savoir dire/(…) comme une nature étalée là

Pendant combine de temps vas tu le bercer le chérir QUAND t’en délivreras-tu faut-il t’en délivrer ?

Werner Lambersy, toujours aussi sublime dans la simplicité : Nous faisions l’amour/ debout devant la fenêtre/ ouverte où le ciel/ offrait son lit défait/parla tempête

André Shmitz : Comment lire sinon en gravant de l’écrit sur les peaux ?

Eric Brogniet : Au fond du ventre/ la rivière tremble/ avec des syllabes d’eau vive/ des voix multipliées/

 

Tous les textes sont d’une grande qualité. L’arbre à paroles récolte les fruits de son exigence.

Xavière Remacle 


 

L’arbre à Paroles n°104 : L’Autre Moi 

Qui est l’Autre Moi ? L’Autre c’est le lecteur à qui l’auteur lance un appel, mais surtout l’Autre c’est l’être différent, incompréhensible à qui je reconnais une valeur intrinsèque. Dans l’éditorial, Francis Chenot plaide pour une poésie engagée qui défend la tolérance et le respect de l’autre, qui se bat pour un autre modèle social. L’engagement ne nuit pas à la poésie, que du contraire : L’image du poète dans sa tour d’ivoire ne convient que trop aux systèmes établis (…) Toute écriture authentique charrie immanquablement une part de révolte (…) un goût de liberté. Il importe que les poètes (…) osent rappeler cette première évidence humaniste qu’est le respect de la différence, le respect de l’autre : l’autre Moi.

 Ce numéro sera donc placé sous le signe des « droits de l’homme » avec des textes qui nous parlent d’exclusion, de guerre, d’injustice, autant que d’espoir et d’humanité. Je l’ouvre avec beaucoup d’intérêt. Le sommaire annonce de très bons auteurs.

 Werner Lambersy évoque le singulier pluriel dans un poème cosmique : les frères de matrice/ iront dans le frisson/ de l’espace/ comme un sexe fragile/  dans une bouche/ (…) car jamais l’âme de l’univers / ne se séparera de qui/ boit à grands traits/ le soleil.

Gérard Cléry parle des émigrants : en habits de fatigue/ et de paternité/ ils vont méchamment dispersés.

Marc Porcu  « rappe » Pour l’idéal et dénonce la barbarie contemporaine : C’est la course infernale contre le mur du son/ les portes de l’enfer sont sorties de leurs gonds(…)/ Des sociétés écrans ont vendu sa vertu/ aux salauds virtuels par dessus les frontières/(…) Tous les champs de napalm s’abreuvent de coca/ La neige mord les destins au creux de leur déveine.

Manuel Van Thienen dédie son texte à Abdellatif Laabi : Il est question de mots et de discours en creux, de la parole noyée, et du tumulte vivant qui emplit la cité.

Jean Rousselot, décape : Et peut-on vraiment aimer/ les poètes qui s’ils savent/ comment l’esprit vient aux mots/n’en ont pas un seul pour condamner ce monde (…) où l’on joue au ballon avec des têtes d’enfants. 

Xavière Remacle