Java

 

Java
116 av. Ledru Rollin
75011 Paris

directeur de publication : Jean-Michel Espitallier
spit98@hotmail.com

Saviez-vous que " faire la java " se disait en anglais : " To paint the town in red " ? Autant dire que ça déménage dans la pages de Java ! Ce n’est pas de la poésie contemporaine, mais d’avant-garde, le jamais vu, le pas encore, celle qui sera lue par la génération prochaine. Les amateurs de poésie classique voient " rouge " tandis que les autres… se prêtent volontiers à être le cobaye du laboratoire. Attention : certaines expériences réussissent, d’autres ratent. Ce sont les risques de l’audace.

Java N°18 / 19

Plusieurs articles de fond sur l’auteur belge Eugène Savitzkaya, découvert à Liège en 1972 à l’occasion d’un concours littéraire auquel il participa à l’âge de 17 ans : réflexions sur le chemin parcouru entre ces poèmes d’adolescent et ses derniers romans publiés aux Editions de Minuit dans les années 90. Java voudrait rappeler au lecteur la fulgurance des premiers textes que la maturité des derniers a occultée : Les poitrines chaudes se brisent / contre les blés./ On va heurtant les vitres du ciel/ Et lui épais, qui va tomber/ Pigeons décapités au cœur des moulins ;/ les oiseaux voyageurs qui volent tout droit, / tellement droit/ et lui épais, qui va tomber !

Un dossier consacré à Jérome Rothenberg (né en 1931), anthropologue et linguiste américain, fondateur de l’ethnopoétique. Poète lui-même, il s’est intéressé à toutes les langues et à toutes les poésies du monde, qu’elles soient occidentales ou… chinoise, aborigène, africaine, juive, arabe et j’en passe. Cette démarche anthropologique semble indissociable de sa quête poétique du " langage primitif ". Il explique dans un interview à Yves di Manno à quel point la poésie du 20ème siècle, depuis le dadaïsme, a cherché à se ressourcer dans les cultures dites primitives, comme les poètes de la Renaissance cherchaient l’inspiration dans la culture grecque. Il insiste sur la dimension interculturelle de la littérature américaine et n’hésite pas à faire des liens entre le " happening américain " et certaines traditions amérindiennes A côté de ses textes théoriques, Java publie un extraits de ses " chants chamaniques " qu’il appelle un " récit concret " : Mort du saumon, / ma mort/ mais la ville/ y prend vie/ le saumon flotte/ dans le canyon/ fantômes dans la ville/ sous moi/ ce rouge. Gorge, la femme/ avec qui je vole/

Suivent des textes de type " expérimental ", plus ou moins lisibles, plus ou moins originaux, avec ou sans ponctuation, qui joue tantôt sur la mise en page, tantôt sur la typographie, tantôt sur le sens ou le non sens des mots. Aucun ne parvient à me convaincre, sauf peut-être : L’idéal de Vannina Maestri pour certains passages : ses activités s’orientent autour de trois axes/ durée et rythme ou les êtres se placent/ femme fillette fille jeune fille fiancée épouse/ mère maman célibataire veuve/ fermeture à l’iris/ ligne qui croise sans cesse une autre.

Et Tous les trucs maquillages de Stacy Doris pour son humour et le travail original sur le vocabulaire cosmétique : Juste un cheveu nano-capsule/ et voilà un nouveau monde de soin/ prêt à visible émergence. / Plus pures trente trente fois/ vierges horticoles/ rend les radicaux libres/ et joue parfait accord. Mais dans l’ensemble ces textes me donnent une impression de matériau brut à travailler.

Xavière Remacle