Jalons

43 quai Magellan
44000 Nantes
France
directeur de publication : Jean-Paul Mestas

Jean-Paul Mestas a une passion très particulière : il collectionne des textes manuscrits et signés de poètes du monde entier. Sa revue, dont la facture artisanale n’est pas le moindre de ses charmes, est une façon de faire profiter les autres des trésors ainsi amassés. Jalons c’est un peu le centre du monde … poétique ! Les pages des domaines étrangers lui donnent l’occasion de présenter plus profondément un auteur par pays (courte bio-bibliographie et extraits de recueils ou textes inédits). Le bouquet multicolore réunit " en vrac " des poètes de France déjà réputés ou au talent prometteur.


Jalons n° 66

 Fidèle à elle-même, la revue Jalons est foisonnante. Dix pays sont représentés dans les « domaines » sans compter le poète esperanto traduit par Guy Dentzer. Le domaine turc ouvre ses pages à  Üzeïr Lokman Cayci, très présent en revues ces derniers temps. Dans le très riche domaine brésilien (4 poètes), je remarque Roldan Roldan « poète mystique » : douleur de l’identité/ lasse sur le vent épars. Mais je préfère les fleurs du bouquet multicolore : Claude Aslan (l’heure extrême), la poésie rimée de Jean Loisy (Interdiction), Anne-Marie Soulier : Je parle de cette langue éparse/ de lèvres jamais suturées, Raymond Guillao :

Et au balcon des âmes
                                        Où prennent racine nos espérances......

J’aime beaucoup la « brève » de Françoise Valencien : une rencontre surprenante avec un alpiniste aveugle.

 Xavière Remacle


Jalons n° 65

 Le lecteur de cette sympathique revue découvrira non sans plaisir les quelques pages consacrées à Silvaine Arabo dans une rubrique spéciale intitulée "Plaise au souvenir". Silvaine Arabo cultive l'image saisie dans sa fulgurance et possède, comme personne, l'art de la chute :

                             […] Les graines plongèrent dans l'infinitésimal
                             la joie délirante
                             d'une marée d'herbes

 Seul le ver
Envahit encore les cerveaux

fêlés.

J'aimerais partager avec vous ce poème tendre dans sa simplicité, émouvant pour cela même, celui qui clôt les pages qui lui sont consacrées :


Il était une fois la Sorcière.


L'opéra c'est comme la mer, disait-elle :
des milliers de forêts magiques
trimbalant leurs volcans
dans des roulis de fleuve.

Et puis et puis…
elle rétrécissait



Elle pensait 
à son père
à l'hôpital
au vieux chinois Hong
aux tombes dans les cimetières
à tous les vieux serpents
à tous les vieux fantômes
qui la hantaient
le soir
à la campagne

parmi la splendeur des fruits
 

Comme à l'accoutumée, quelques pages sont réservées à des poètes étrangers : Albanie, Allemagne, Brésil, Belgique, Canada – où l'on retrouve le bien connu André Duhaime, spécialiste de haïkus –, Corée, Honduras, Pérou et un poème en espéranto. Parmi ces poètes étrangers, j'ai particulièrement vibré à la lecture d'un poème de la poétesse coréenne Hyun-Joo Jin :

 AUCUNE SENSATION DE SOUFFRANCE 
DANS LA PLUIE DE PRINTEMPS.

 Juste réduite ou aguerrie
Dans  une portion sèche de chair
J'ai perdu le profit des larmes
Même dans cette pluie de printemps.

 Ma subtile et tendre intuition
Perdue engourdie, tranchant unique
Au travers duquel j'utilisais
De minuscules vibrations d'antennes
Pour observer même les mouvements
D'une immense région montagneuse

 Maintenant, je ne puis en goûter le bruit
sous cette douce pluie de printemps
Ah, sans aucune sens de la pudeur
De moi-même dans tout ceci !

 Apprécié, aussi, un très poétique texte en prose de Christiane Keller, "En notre nuit…" :

 La maison avait ce bon goût de noisettes et d'amandes des soirs de décembre. Génériques de gingembre sur tables bien farinées. Palais d'épices et de pommes au four. Des mains de femme avaient tissé le jour dans les couronnes de l'avent et la nuit, tôt venue, resserrait l'attente. "L'heure intérieure", avait-elle dit à mi-voix. Quel avènement ? […]avait-elle dit à mi-voix. Quel avènement ? […]

 La revue, enfin, rassemble dans sa rubrique "Bouquet multicolores" quelques voix qui nous sont familières : Philippe Boiry, Roger Gonnet, Gilles Lades…

Marie Bataille


Dans Jalons n°63, mon attention est arrêtée par Yolanda Westphalen (Pérou): Hymne à la vie Toi seul est/ mouvement/distance/fuite/que déchaîne la proximité du temps….

Claude Aslan (Europoésie) nous raconte un épisode inquiétant et fantastique dans l’Inde des fièvres impitoyables. (Europoésie) nous raconte un épisode inquiétant et fantastique dans l’Inde des fièvres impitoyables.

On retrouve des auteurs familiers aux habitués du site " Ecrits…vains ? ": Marie Bataille, Martine Morillon-Carreau, Xavière Remacle. Philippe Caquant qui se défend d’être un poète est démenti par ses très beaux " carnets d’automne ".

Dans le bouquet multicolore, je retiens un texte étonnant et lapidaire de Aricy Curvello  (vous le spectacle/ qui se défait/ moi les taches …)

Xavière Remacle