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Filigrane
1 allée de la Sainte-Beaume
13470 Carnoux-en-Provence
France

Directeurs de publication : Odette et Michel Neumayer

Site : http://www.multimania.com/ecriturepartagee/

Revue cousine de " Soleils et cendre " par qui je l’ai connue, elle se dit également " revue d‘écritures ". Chaque trimestre, Filigrane interpelle les artisans de l’écriture et les incite à se mettre à l’ouvrage sur un nouveau thème. Le résultat est plus que convaincant. Même si le couple fondateur, Odette et Michel Neumayer, donne les priorité aux auteurs méconnus, aux textes inédits, même si les thèmes sont " difficiles " et novateurs (Au rendez-vous des contraires, Ecrire la nuit, Carnet et calepins, Ecrire la nuit…), les textes sont de grande qualité. Comme quoi, les contraintes stimulent souvent la créativité. C’est en tout cas le pari des ateliers d‘écriture.

 

Filigranes n°46 : Je me souviens du XXème siècle.

 Un numéro à relire dans cinq, dix ou cent ans, annoncent Odette et Michel Neumayer, pour juger avec recul un certain regard sur notre époque. En tout cas, le regard proposé par Filigranes est kaléïdosocopique, tous les points de vue s’y bousculent. Le 20ème siècle a été si « long », si chargé de drames, riches en péripétie, rapide en évolution que le risque est grand de n’en retenir que les dernières décennies. A priori, le recueil échappe à cette tentation.

Marie Noël Hopital synthétise cent ans en une dizaine de dates ponctuées de citation et de remarques. Par exemple : 1914-18 : sans commentaires/ 1941-42 : le mot arrestation est devenu monnaie courante/ 1968 : grève illimitée/ 1998 : coupe du monde de football

Marie Serpereau évoque l’évolution de l’école sur un siècle, depuis le tableau noir et les tabliers tachés de craie, jusqu’à l’enseignement assisté par ordinateur, et se demande si l’égalité des chances ne s’est pas perdue en cours de route. Bonne question !

En cette fin de siècle, Geneviève Liautard a toujours la rage d’écrire que rien ne va.

Féministe, Françoise Salamand Parker célèbre les femmes du 20ème siècle et leurs efforts pour exister, leur combat pour se libérer du joug patriarcal. Elle regrette que ce siècle s’achève sur la prise de pouvoir des Talibans.

Laurent Arsicaud rappelle le scandale incompréhensible de la Shoah : "La lune est vaincue, mais à jamais inaccessible le pourquoi de la Shoah. Planète de l’horreur,  hors de portée d’une intelligence humain"

Il conclut : A mort le siècle !

Ailleurs, d’autres auteurs évoquent tour à tour Pinochet, Nagasaki, les Kurdes, le Vietnam… Pas très rigolo tout ça…Ce fameux vingtième siècle laisse un goût amer dans la bouche : génocide, dictature, misère, violence… Cette angoisse ne ma paraît pas refléter le siècle dans son entier mais plutôt l’état d’esprit des années 90 ;

Oui, ce numéro thématique est à relire dans quelques années : rendez-vous en 2050.

Xavière Remacle


Filigrane n°44 septembre 99

A coller sur le frigo … et ailleurs.

Pour ce numéro thématique sur les post-it, Odette Neumayer pousse le réalisme jusqu’à m’en coller un en première page : pas de joli poème dessus hélas.

Ce sujet original semble avoir inspiré davantage les femmes (habitude de laisser des petits mots sur le frigo ?) : Francine Guréghian-Salomé, Christiane Rambaud, ses billets à coller sur la table de nuit, à utiliser dans un texte, sur le bureau, dans le carnet : écrire sur la page de gauche, en face d’un dessin/ sans que l’écriture ait un rapport avec le dessin./ Hypothèse : un sens nouveau se tisse/ dans l’écart entre les deux./

Isabelle Lebastard fait l’autopsie d’un frigo abidjanais : petits secrets, petits trésors,/ ils ne peuvent pas pourrir dans le frigo des Blancs qui conservent tout.

Sabine Gaulier se joue des mots avec dextérité : j’en ai peur/ l’heure du plein/ le frigo est vide/ le frigo évide/ glas à glace/ sa nappe frénétique/ mais les yeux brouillés/ ça panne des sens/ tactiles/ mais les yeux/ mouillés/ ça panne/ électrique.

Françoise Salamand-Parker s’est collé une " pense-bête pour le nouveau millénaire " avec le mot d’ordre de ne pas désespérer : ce parti pris/ ce programme/ ce mot d’amour/ La vie est aussi ce murmure furieux/ des hommes qui se lèvent/ Ne pas désespérer/ de l’humanité en marche/

Le contenu hétéroclite du " no frost " de Michel Neumayer : En me penchant un peu plus tard sur la glace à moins 18, je finis par retrouver " le grand nord ", mes feuillets d’autrefois, abandonnés, les Blanches Neiges de Paul Ceylan, nos lettres enrubannées. Incorrigibles écrivains !

La rubrique " Cursives " s’entretient avec Henry Louis Taylor, militant pour une science citoyenne à propos du festival de Châteauvallon, haut lieu de liberté d’expression artistique et de résistance à l’extrême droite.

L’ensemble de la revue est agrémenté de gros plans de rocheuses pris par Odette Neumayer. Si je cherchais la petite bête, je dirais que ces photos sont " hors sujet ", mais tant pis : elles sont si belles.

 Xavière Remacle


 

Filigrane N°43 : Humain/ Inhumain

Ce thème nous renvoie aux confins de l’humanité où nous jettent la solitude, le bannissement, la mort, la vieillesse, la misère, la guerre, la torture, le cannibalisme. Il flirte avec la frontière ténue qui nous sépare de l’ange, du démon, de l’animal et de Dieu.

Beaucoup de textes sur l’exclusion : Nicole Brachet, Liliane Bonnetaud, Christian Périer,

Un article " poétique " de Zarina Khan, philosophe et metteur en scène, qui a créé le Centre Culturel National de Prévention, ou : la culture comme instrument de changement social. J’aime beaucoup le texte très " contemporain "de Tania Feix qui réussit à transformer en poésie surréaliste ces phrases assassines prononcées distraitement par les Fonctionnaires de l’administration, qui n’ont pour mission que d’exclure encore un peu plus. Elles sont découpées, mélangées pour mettre en évidence leur absurdité : Mon chef m’a ordonné de tirer/ Vous n’êtes plus considéré comme chômeur longue durée/ pour ce poste/ alors j’ai tiré/ nous sommes le 12/ Vous êtes surqualifié/ la date limite de dépôt des dossiers est le 10/… Des lettres en gras parsemées dans le texte écrivent le mot LIBERTE, cherchez l’erreur.

Bernard Morens évoque dans " Faits " les massacres au Rwanda : Comme les boutiques avaient venus toutes leurs machettes/ ils ont pris des planchettes/ 80 cm de long 10 de large ( d’épaisseur/ (…) Ce sont des armes ridicules terribles/ Pour leurs voisins dont les os les tendons les muscles les ligaments/ se déchirent sous les clous terribles/ pour la société dont la chair se déchire de chaque déchirure.

Laure-Anne Fillias, parle de l’enfermement dans un texte sublime : " Camps " : un pied devant/ l’autre/ nu/ sans viande/ et ainsi de suite. (…) et mon nom volé/ dans mes cahiers sans pupilles/ mon je vis mon je suis : mon papillon battu etc…Je voudrais tout citer.

Dog story, de Jeanine L’hévéder qui raconte la relation difficile avec un chien envahissant.

Robert Amat évoque l’infirmité. Anne Pasquier la vieillesse. Lecarm nous engage dans une relation fort trouble avec un lapin.

Enfin un entretetien avec Lothar Weber, citoyen allemand, professeur de français, passionné d’ateliers d’écriture (et tout particulièrement ceux qui sont organisés par Filigrane depuis près de 20 ans). Il témoigne de son rapport avec la langue française et de son bilinguisme littéraire.

Je ne sais pas si cela se sent mais je suis véritablement conquise par Filigrane. Allez voir leur site, envoyez leur des textes (prochain thème : la passion), mais surtout : ABONNEZ-VOUS, leur entreprise est à soutenir !

 

 Xavière Remacle