Europoésie


B.P. 36
78250 Meulan
France
directeur de publication : Claude Aslan

Comme son nom l’indique la revue est ouverte à la poésie européenne essentiellement, mais pas exclusivement puisqu’elle accueille des voix du Brésil, du Québec, des USA etc... Le principal " défaut " de cette revue c’est sa richesse et sa diversité. On regrette des pages trop chargées. Surtout que la revue tient à présenter les textes originaux à côté de leur traduction. Mais peut-on leur en tenir rigueur ? C’est la rançon du succès : Europoésie reçoit de plus en plus de contributions et tient à rester ouvert (dans l’exigence) aux voix nouvelles, ainsi qu’à l’actualité des cyber-revues.


Europoésie n° 24

 Quel choc à la lecture de l’éditorial : Europoésie ferme boutique ! A 67 ans, Claude Aslan a le sentiment de la mission accomplie, Marie Andrée Balbastre reste  convaincue de l’opportunité d’un lieu de rencontre européen pour la poésie. Philippe Caquant, quant à lui, avoue avoir un peu perdu la foi dans l’activité revuiste. Il reproche à l’édition de la poésie de fonctionner en vase clos. Ce sont les mêmes qui écrivent et qui lisent Je ne partage pas son pessimisme, ou plutôt, je pense que ce problème est inhérent  aux arts créatifs qui n’ont pas d’enjeu commercial. Le théâtre par ex. est structurellement déficitaire et ne peut s’en sortir sans subsides !

 Que de noms connus sur le net : Isabelle Nouvel, Hélène Soris, Jean-Marc Riquier, André Duhaime, Xavière Remacle, et Marta Curiel, Emmanuel Hiriart Je ne résiste pas au plaisir de citer un extrait d’ Huguette Bertrand: Toujours toi/ à la cadence des jours/ blottis entre chaque phrase/ sans mesure/ comme une certitude du printemps. Un très beau texte de Martine Morillon Carreau, « Neige » : sur les paupières scellées/ de la neige/ l’inutilité de nos traces/

 Non contente d’être un carrefour européen, une fenêtre sur la poésie du monde, Europoésie a joué un rôle essentiel pour les relations entre Internet et  les revues de papier. Je n’arrive pas à croire que cette aventure touche à sa fin. Espérons qu’elle se prolongera sous une forme différente comme annoncé.

Xavière Remacle


Europoésie n°23

Philippe Caquant annonce dans l’éditorial que la page " Yougoslavie " prévue pour ce numéro a été différée pour des raisons pratiques mais aussi à titre de protestation symbolique, il propose une minute de silence à l’égard des victimes civiles, kosovares mais également serbes de ce conflit imbécile.

L’invitée de ce numéro Paule Domenech, qui a publié 5 recueils à ce jour, offre à Europoésie quatre pages d’extraits d’excellente qualité, fortement inspirés par la nature : pouvions-nous savoir / que le passé était en avance ? / Nous sommes morts aujourd’hui, / et l’avenir se heurtant / à notre porte close, / s’en est retourné / sur nos pas d’hier. / (…) Le rosier d’hiver/ se débat/ comme une émotion/ sur une mur sans sève,/ (…)

Etonnants, les extraits du recueil Femme du silence, une description poétique, délicate et non dénuée d’humour, de la vie monastique : Toute vie exige obéissance, / la nôtre pas plus qu’une autre. / J’aime servir, debout / quand mes compagnes mangent./ Notre Mère s’en est aperçue / et ne me confie plus / la charge du réfectoire./ " Dieu ne vous demande pas de boiter / quand vous pouvez marcher droit, "/ me rétorque-t-elle.

Parmi les 6 premiers gagnants du concours d’Europoésie 1999, je ne suis vraiment convaincue que par le premier prix, Septembre au seuil de François Negri : Le drapé des collines/ Nage vers la mer/ Qui fait son ourlet/ De pierres et d’oliviers/ (…) Le chat endormi/ Dans la pendule/ & tout contre lui serré/ Le Temps/ L’œil aux aguets./

 

Une page entière pour Martine Morillon-Carreau, dont les internautes peuvent découvrir. Une écriture inspirée libérée des structures contraignantes de la grammaire classique sur le site du Cahier Interdit. Des extraits de son recueil " Dire " mais aussi de beaux inédits sans titre dont un retient particulièrement mon attention : En proie / née de la nuit du plus sombre de l’ombre / en proie à la lumière comme un désir/ au commencement était le songe/ et songe appel vers le songeur. Martine Morillon-Carreau développe une démarche originale de " tableaux poèmes ". Ah ! Si elle pouvait nous en faire profiter sur le net ! 

Pour le reste, pléthore de bons textes ! On peut faire des reproches à la mise en page trop " serrée " mais c’est un choix éditorial d’allier la quantité à la qualité. Avec une centaine de textes à chaque livraison, le lecteur en a pour son argent.

Des noms connus des lecteurs d’Ecrits vains : Emmanuel Hiriart, Jean-Marc Riquier, André Duhaime, Huguette Bertrand, Claude Hamelin, Xavière Remacle, Jean Paul Mestas (Jalons),

Quelques perles de : Claude Aslan (Attentes… Les impasses chuchotées…), Jean-Claude Albert Coiffard, et surtout  de Paola Pigani : Un jour nous verrons/ entamer nos basiliques/ de fièvre/ les brumes se mariant/ louant la pierre le givre/ un superbe long texte de Jean-François Blavin : Je lance treillis sur corps de/ Phrases/ En tout lieux interdits/ Je meus dirigeables/ Allant malgré le vent / Vers ceux dont le bien unique/ S’inscrit sur l’écritoire / Qui perdure.

Dans les pages internationales, le lecteur a l’embarras du choix, entre l’univers dépaysant de Michel Chevrier (Nouvelle Calédonie) : Le cocotier fou de rage/ se tord le cou/ pour échapper à l’embrasement général. / Puis s‘étonne de ces nuages/ chavirés en un instant du mauve à l’encre. le questionnement solitaire du Roumain Constantin Pricop : Je ne sais pas pourquoi on saute comme ça/ d’un haillon de mémoire à un autre… le lyrisme d’Armen Lubin, grand poète arménien décédé en 1970. Enfin, grâce aux textes bilingues, je découvre que la langue maltaise est tout simplement … de l’arabe en caractères latins enrichi de termes français. Quelle surprise !


Europoésie n°22  

reçoit Dominique Charpy que sa carrière diplomatique a envoyé aux quatre coins du monde. Dans cette vie bien remplie, il a trouvé le temps d’écrire et de publier dans la collections " Jalons " quelques petites perles où les thèmes du voyage, de l’errance, sont récurrents : De maison en maison/ dont aucune n’est sienne/décidera-t-il que là est sa racine (…) Les maisons il les a toutes rejetées/Aura-t-il le temps/D’investir celle-là d’une présence durable (…) Les joncs s’enracinent dans les dunes/Rassemblant ce qu’il leur faut pour vivre/Sous les dispersions du vent/ Poussières du vent sur les routes étrangère/Attente de la marée/Où toute éternité repose

Jean L’Anselme (né en 1919) qui a tout connu du siècle, après s’être essayé au dadaïsme, au surréalisme, à l’art brut, la contre-culture, l’art pauvre, fait aujourd’hui l’éloge du laid avec bonheur (parce que c’est avec du laid qu’on fait son beurre ! ! !) A 80 ans, il s’accorde le luxe d’explorer l’art con et offre à Europoésie quelques poèmes cons bien sentis qui rappellent les meilleures chansons de Boris Vian, car Jean L’Anselme applique un des grands principes de son art : il faut toujours être moins con que l’on en a l’air.

A découvrir : Itsvan Kemeny, poète hongrois né en 1961, et des extraits de son recueil " le H muet ", traduits pas Bernadette Nozarian.

Enfin, une page très émouvante, très humaine : celle du coup de pouce qui donne la parole à des personnes en détresse morale ou sociale (prisonniers, malades, endeuillés …) pour qui l’écriture est un appel à l’aide, un moyen de résister à l’adversité, de transcender la souffrance.

Xavière Remacle