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Décharge

3 rue d’Auxerre
89560 Courson les Carrières
France
decharge@yahoo.fr

Directeur de publication : Jacques Morin

Depuis le grand chambardement du n°100, Décharge s’associe aux Editions le Dé bleu et adopte un look plus " graphique ",  plus moderne qui me réjouit. Ce sens de l’innovation esthétique est trop rare dans le monde des revues de poésie dont certaines donnent à croire aux jeunes que " poésie " rime avec " ringard ". Le site de la revue (bourré de gifs animés) est du même tonneau, c’est-à-dire : un bon cru http://www.multimania.com/decharge


Décharge n°104 

Un menu  « fêtes de fin d’année » pour ce dernier numéro de l’an 99 », avec :

En apéritif , les « Inouïes » (nouvelles sélectionnées par Alain Kewes)  de Lionel Mazari  et de Michel  Perdrial qui  se passent toutes les deux dans un train, lieu des rencontres fugaces ou  impossibles.

Un hommage à Yves Martin disparu en septembre dernier nous rappelle la modernité de son écriture : je ne vous frôle pas. J’ai peur de vos villes sans contraste. Une contrariété et vous appelez le déluge. Vos lubies : plus dures que du laurier. Dans vos théâtres, je suis le porteur de crécelles. Je ne veux pas vous suivre. Une seule fois. Trop dangereux.

 En entrée, « le choix de Décharge », assortiment varié de onze poètes qui nous laisse un peu sur notre faim :  Isabelle Voisin, Laurent Auzoult, Catherine Leblanc, Laurent Jaffré, Bernard Schûrch, Pierre Maubé, Albane Gellé, Laurine Rousselet, Marie Puget, Louis Savary. 

En plat de consistance : le dossier consacré à Isabelle Pinçon. Durant l’entretien accordé à Jean Pascal Dubost elle témoigne de sa démarche d’écriture, de ses techniques personnelles (lecture à voix haute), et avoue très honnêtement que l’école l’a dégoûtée de lire la poésie. Pas d’en écrire heureusement : OE est en situation incertaine entre des parents incertains et absents mais parfois présent (près de la cheminée en bois) (…) OE est un prénom provisoire dans très peu d’eau. (…) E déroule ses bandelettes à l’intérieur de O minuscule chantier le plan est secret affaire tenue secrète.

 En dessert, le POLDER, ou recueil inséré, accueille des extraits des « Lettres de rupture au temps des hippies » de Xavière Remacle, préfacés par Alain Kewes en personne que le thème de la rupture semble avoir inspiré : Ecrire, c’est s’installer dans la précarité des mots à usage unique et l’incertitude des relations humaines. Je me casse, tu te casses, le monde n’est plus que décombres insensées.  Une préface belle comme un poème : merci Alain !

 Mais que serait Décharge sans ses CHRONIQUES ? Un repas sans bon vin ? Pire : une belle table sans amis ! Ces chroniques où l’esprit critique et l’humour sont toujours au rendez-vous. Par exemple, Jacques Morin évoque le premier salon de la revue où, coincé près des toilettes sur deux mètres carrés à partager avec deux autres revues,  il défendait déjà la cause des (bons) poètes méconnus: Ca n’attirait pas le chaland. Mais c’était davantage qu’une mission, un devoir. On n’en attendait pas moins de Jacmo.

Louis Dubost, revuiste patenté, démontre que  la revue est un genre littéraire à part entière qui nécessite un mode d’écriture particulier : J’ai longtemps déploré que trop de revues limitent leurs ambitions à publier des anthologie de   poèmes, à promouvoir des poètes déjà promus (…) J’apprends que je ne suis pas la seule à commencer toujours par la partie consacrée aux notes, aux articles, chroniques, et à  s’attaquer ensuite au reste.  Une revue doit être certes un support à la création en donnant à lire des auteurs et si possible de nouveaux auteurs, mais aussi un centre d’information sur la vie du livre de poésie, les dernières parutions, les manifestation.

 En guise de cerise sur le gâteau,  Jean-Claude Martin  disserte sur la puissance poétique des noms de revues et d’édition qui fleurissent aux quatre coins de la francophonie : Carnets du dessert de lune, Arbre à Paroles, Dé bleu. Finalement on ne se débarrasse pas comme ça de la poésie. Même les poètes. Ils ont tué la rime, pendu le vers, insinué la prose, le prosaïsme, le minimalisme. Et pourtant on n’a jamais été plus poétique !

Et de s’interroger sur le nom si « prosaïque » de Décharge, à quoi répond Jacmo, piqué au vif : Je voulais un titre plurisémique, de mitrailleuse électrique, sexuelle, et bien sûr le sens le plus évident pour les gens en général : dépôt d’ordures, déchetterieJe voulais un titre suffisamment antipoétique pour choquer,  interpeller, aux antipodes sur titre classique « Florilège » ou Aubépine… Je voulais un titre qui ne laisse pas indifférent, cri de révolte. Avec au total une part énigmatique, irréductible.

Les revues et éditions sont invitées à raconter l’aventure de leur nom. A bon entendeur…

Ces chroniques ne sont pas moins animées qu’un forum cybernétique !

Xavière Remacle


Décharge n°103

Dans l’intro, Jacques Morin répond aux reproches que lui font des revues amies : Décharge se serait embourgeoisé avec sa couverture glacée, aurait vendu son âme en librairie etc… Jacmo insiste : Si Décharge a relooké l’emballage, il n’a jamais fait de compromis sur le contenu. Subsidié, oui, mais pourquoi pas, tant que l’on reste libre de ses choix ? Et si Décharge se vend mieux n’est-ce pas au bénéfice de la poésie ? Moi, humble lectrice, je peux assurer que Décharge n’a rien perdu de son originalité et de son punch. Ni dans le fond, ni dans la forme. La mise en page est si dynamique et si agréable que je le dévore à chaque livraison. Toutes ces médisances, c’est de la pure jalousie, je vous dis !

Le dossier est consacré à Yves Charnet, le poète de la prose, auteur d’une trilogie autobiographique. Dans l’entretien qui introduit des extraits de son autobiographie, il se réclame de la " prose lyrique " d’une saison en enfer qui tente de faire fusionner la vie et la poésie. Le texte autobiographique se révèle davantage une recherche de l’Autre qu’une complaisance narcissique, tant il est vrai que " Je est un autre " : Je n’écris qu’entre les lignes avec les mots des autres. J’entends parler autrui quand j’écris. L’écrivain est un bâtard définitif. Il naît littéralement du lyrisme propre aux autres. "

Pour Yves Charnet, la critique littéraire prolonge l’activité poétique, l’acte de création : " Le critique tend à devenir dans l’acte même d’une formulation seconde, ce sujet dont le livre fabrique la fable. "

 

Dans le " choix de Décharge " je repère Alain Girard, et surtout la poésie " élaguée " de Guy Picque qui pèse ses mots : Du ventre / vide au monde/ Paissent des cris/ Des plis/ A contre craie/ La honte/ S’élargit.

 

J.P. Georges continue sa " chronique du moi " trouée au vitriol : " je fais une crise de lucidité qui passe moins vite que d’habitude, je m’inquiète, et si ce n’était pas une crise … mais un état, l’état de choc. " "  La poésie n’est bien nulle part, elle gêne en prose et elle agace en poésie ".

 

Alain Kewes met le doigt sur la condition d’écrivain : " L’été, l’écrivain fait provision de mots et d’émotions. En vacances, il ne cesse pas un instant d’être écrivain. Puis vient septembre et il redevient prof, institut, médecin ou plombier. "

 

Mon coup de cœur : le POLDER (recueil inséré) qui édite cette fois-ci Infarct , l’inénarrable journal du patient Jean-Pierre Lesieur, ou l’hôpital vu par les yeux d’un poète. Quand il ne reste plus que les mots et l’humour pour échapper à la machine médicale. Si tu bouges, ça sonne/ Si tu bouges/ Ton petit cœur tressaute/ encore/ dans la poitrine de l’infirmière/ (…) J’essaie de lire mon avenir/ dans les paroles des spécialistes./ Qui m’expliquent/ ce que je ne comprends pas/ sans y comprendre plus./ (…) Lève le mystère une fois pour toutes/ De tous ces fils / De tous ces tubes / Qui se croisent dans tous les sens/ Comme des veines/ (…) J’apprends la mort au fond de la vie/ Fais des projets avant de rire/ Sans bien savoir où ils iront./ (…) M’ont retiré une perfusion/ je peux écrire de la main droite/ Ca tombe bien/ je suis droitier./ Tous ceux qui ont fréquenté l’hôpital de près ou de loin y reconnaîtront du vécu. J’ai relu plusieurs fois, c’est moderne et vrai.

Xavière Remacle


 

Décharge n°102

Un hommage collectif à Georges Léon Godeau, le poète de la prose, décédé en Janvier 99. Parmi ses textes inédits, un extrait de mon préféré : La boulangère a écrit un livre. Elle l’a publié à son compte, elle l’a mis sur son comptoir. Seuls le aveugles ne le verront pas. C’est mon cas…

Un poète populaire ? Son recueil " C’est comme ça " s’est vendu à 30 000 exemplaires au japon et a été traduit en russe. A (re)découvrir aux Editions du Dé bleu.

Aux millénaristes angoissés, je conseille la lecture des ruminations de Vercey qui décide pour des raisons d’organisation de l’an 2000 que l’heure du grand soir est suspendue et la révolution reportée à une date ultérieure (toutefois une permanence est organisée les mardi et vendredi de 14h à 16h…)

Un spécial Claude Burine (Rougerie, Gallimard, St Germain des Prés), interviews et textes inédits. Une poésie paradoxale : des mots d’aujourd’hui pour un univers " désuet " : Va faire tes broderies ailleurs/ Tes nappes d’autel/ (…) Vous ne faites rien/ que courir les roses/ laver les faïences/ essayer de leur rendre/ le bleu que l’usage enténèbre

Claude Burine revendique une poésie " branchée vie " , une poésie moderne qui sent bon la campagne : Une pratique très contemporaine du décalage en somme.

 

Pierre Autin-Grenier (voir le site du Matricule des Anges http://www.oike.com/lmda/mat ) signe une nouvelle inédite qui règle leur compte aux Adventistes du septième jour.

Dans sa rubrique, " A l’œil nu " Alain Kewes fait écho à l’édito de Xavière Remacle (Ecrits vains – avril 99) et alimente la réflexion sur les raison d’écrire (les bonnes et les mauvaises). Il conclut avec Baglin que la poésie est une écologie : Recyclage et valorisation.

Mon coup de cœur pour son dépouillement sublime: Le sourire aux anges de Yves Humann :

Pléthore des écrits/ prétexte pour n’écrire pas/ puis prétexte d’écriture/ écrire – enfin-/ la vanité d’écrire. (…) A l’écart / de ce qui se joue/ on éprouve/ le peu qui reste.

Xavière Remacle


Décharge n°101 

les notes de lecture assurées par Jacmo (Jacques Morin) sont très fouillées : elles occupent une grande partie de la revue. Une rubrique spéciale donne régulièrement la parole à un revuiste, cette fois-ci Christophe Forgeot, fondateur du " Matin déboutonné ". Alain Kewes salue avec beaucoup d’humour dans Chroniques de la toile appelée " araignée " (le ouaib si vous préférez) l’enthousiasme pionnier des webmestres et des sites poétiques qui lui rappelle l’époque idéaliste des années soixante. Il lance un appel aux nouvellistes pour sa rubrique " L’inouïe de… "

Je suis impressionnée par la démarche très " expérimentale "de Sabine Macher qui ne rentre dans aucune catégorie connue. Décharge nous présente des extraits de ce qu’elle appelle un "  journal " où elle relate le quotidien pour témoigner de la beauté du banal. Le résultat est étonnant, absolument original : Les mégots forment un triangle plat dans le lit des cendres. Je ne regarde pas derrière le rideau mais je suppose qu’il n’y a pas de lune. …

Un poème " con " de Jean L’Anselme : la mort de la machine à laver.

Au chapitre : le choix de Décharge : beaucoup de textes courts, quelques poèmes parmi lesquels je remarque celui de Eliane Bélaud et de Claude du Peyrat : j’étais l’absent qui balbutie/ sur une note musicale insatisfaisante…


Xavière Remacle