Comme ça et autrement

 

Comme ça et autrement
19 rue des Jardins
58160 Imphy
directeur de publication : Jean-Christophe Belleveaux

Une revue qui affirme haut et fort que même si les choses sont comme ça, elles pourraient être autrement. Une revue qui ose l’inclassable, où s’estompent la frontière entre la prose et la poésie. Une revue qui édite également les livrets de " l’impertinente ". Tout un programme

Comme ça et autrement n°21

 Pour ouvrir le numéro, une excellente réflexion de René Agostini (extrait du « journal crû d’un homme cuit ») sur la réussite littéraire et le milieu des écrivains où il y a là aussi de la concurrence, du mensonge, de la gloriole, et peut-être surtout là, du narcissisme et de la suffisance (…) Ainsi on peut dire qu’il y a ceux qui écrivent et ceux qui publient. (…) Les plus belles réussites peuvent cacher de terribles échecs, de terribles laideurs. (…) En France, on confond souvent la poésie et les belles phrases. (…) La poésie se vit(…) elle ne relève d’aucun faire.

Je voudrais tout citer tant l’article est intéressant mais je me serais bien passé des allusions à l’ésotériste René Guénon dont j’apprécie peu l’antimodernisme douteux.

 Plus loin, Yves Human décrit un ciel qui n’existe pas, Laurent Berger a rendez-vous chez le médecin, Slaheddin Haddad : Que reste-t-il de ce qu’on a respiré dans le silence ?

En prose, Sylvie Huguet décrit avec talent une société soumise à la dictature de l’orthographe (L’épreuve).

Dans la rubrique critique, je regrette le temps où J.C. Belleveaux dispensait des cœurs à ses revues préférées.

Xavière Remacle 


Comme ça et autrement n°19

Un très bon numéro, fait pour vous convaincre de vous abonner, même s’il a renoncé à la polychromie (pour cause de sous…).

La chronique des revues documentée et approfondie pratique un classement " coup de cœur " dont l’esthétique me rappelle l’ancienne époque d’Ecrits vains : trois cœurs pour Pris de peur et Décharge, deux pour Parterre Verbal et Poésie Première. Je suis sur la même longueur d’onde. Jean-Christophe Belleveaux annonce la naissance d’une nouvelle revue de poésie belge : Bleu d’encre. qui va bientôt avoir de mes nouvelles !

Disséminées dans le numéro, des encres de Patrick Guallino dont j’adore le style " gribouillages d’enfant " et dont j’apprécie le sens de la composition. Pour les bons textes, on a l’embarras du choix. Mais, plutôt dans le genre " autrement " que " comme ça ".

Le plat de résistance, ce sont les 11 textes de James Sacré, bien sûr, poésie enracinée dans le paysage de la Caroline du sud. Mais les entrées, les entremets et les desserts ne sont pas mal non plus. Pierre Garrigues " Lumières ", Roger Lahu " Le décor à l’envers " ou les aventures de la Théorie D’la Poésie, Erich von Neff et des extraits inégaux de La vendeuse de ballons rouges, où le meilleur me semble être : L’ours brun traversa pesamment la route/ me dépassa/ Dépassa mes traces/ Dépassa ma signification/ Dépassa mon moi sans nom/

Toujours Dominique Balaÿ que j’apprécie de plus en plus : Ne serons-nous jamais qu’à nous/ laisser/ envahir/ ou tenter de contenir/ l’opacité d’un fait/ Le fait d’un corps et le fait d’un lieu/ Opaque/ le réel/ au point où le réel ne réclame que lui-même,/ ne crie qu’après lui-même/ la consistance des flaques/ Christian Plumecoq a compris que Les jambes se fatiguent plus vite que la pensée. Ce ne seront donc pas elles qui nous mèneront plus loin, plus loin en nous. Et pourtant j’en ai déjà vu dont les jambes allaient plus loin que l’esprit !

Phan Kim Dien, envoie une bouteille à la mer depuis l’Hôtel-Dieu où l’a conduit une intoxication médicamenteuse.

Deux très beaux textes de Marie Mélisou, en particulier Galop gravite : Morte plusieurs fois comme vous/ aujourd’hui odieuse/ j’ai oublié/ d’abaisser mon pont levis/

Mais la cerise sur le gâteau, c’est incontestablement, le texte de René Agostini, un texte sans titre, entre poésie, carnet de route et réflexion philosophique : On ne devrait lus dire occidentaux mais occidentés/ A quoi bon écrire si plume n’est point dard/ de choc, de percussion dansante/ Si plume n’a point d’yeux/ de Crotale percussif, de scorpion calligraphe ou de Naja princier ;/ si le sable et l’argile, modelés en / poussière, / se posent sur le Vent et tournoient/ dans les dunes – aux oasis, se noient ? …

Xavière Remacle


Comme ça et autrement n°18

Pour l’illustration : une couverture " érotomane " de Nico Miteran, (tant pis pour vous, j’ai pas de scanner), de beaux tableaux poèmes d’Anne Cacitti..

Une interview de Jacques Josse, écrivain, revuiste et éditeur. Dans les trois collections des Editions Wigwam qu’il dirige, il défend une ligne éditoriale contemporaine, éclectique et sans chapelle. Dans sa revue Foldaan qui a duré la vie éphémère de huit numéros, il voulait susciter la rencontre entre écrivains, poètes et plasticiens. Comme ça et autrement propose de cet auteur deux extraits qui sentent la bière et le tabac.

On retrouve des noms familiers : Cung Giu Nguyen, Jean-Michel Bongiraud, Jena l’Anselme, Alain Kewes, Slaheddine Haddad.

Le bestiaire de Jean Michel Bongiraud (Le cou de la girafe) est d’une troublante actualité après l’épisode de la vache folle et des poulets dioxinés : Les urbains s’opposent aux ruminants/ Ils boivent du mauvais lait/ se contemplent par excès/ par défaut oublient la vie/ (…) On vit dans un champ barricadé/ les uns sont poussés contre les barbelés/ les autres pataugent / (…) sa chair est notre met. Son sang notre vision./ On appelle ça un sacrifice. Un hymne à la vie.

Mon coup de foudre : Il arrive ce qu’il arrive, un beau texte " jazzy  de Dominique Balaÿ " sur le thème de l’expulsion dans le peu d’interrogation qui subsiste, dans le peu disponible de moi-même/ je rassemble mes affaires. Derrière un style " lapidaire " qui va à l’essentiel, la recherche de la mélodie, de la note juste, des références musicales intéressantes.

Lorenzo Soccavo raconte (sa ?) vie en cinq strophes plus ou moins rimées. On pense tout de suite à William Cliff et son autobiographie en alexandrins. Il est bien à plaindre ce Pauvre garçon. L’hystérie maternelle m’avait / Saccagé. Je mastiquais mon herbe comme un veau/ Châtré, rêvant corridas en Espagne et filant doux vers/ L’abattoir. La peur comme une plèvre, comme une fièvre./ L’école m’avait abruti. Beaucoup dégueulé de diarrhées après/ Une plante malsaine germé en moi, j’avais mal au ventre…/ Je tombais dans l’écriture. Pauvre de moi ! Pauvre con de moi !

Voilà comment on devient écrivain !

Les poèmes en version bilingue d’Allison Eir Jenks (traduction de Régis Maurois), Isabelle Voisin qui crie la souffrance de l’enfermement en milieu hospitalier, une ambiance de " Vol au-dessus d’un nid de coucou ".

La revue fait 85 pages, je ne vous en donne qu’un avant goût. A conseiller aux amateurs d’écriture " contemporaine ".

Xavière Remacle