Vivre en poésie

 

Vivre en poésie
Club des Poètes
30 rue de Bourgogne
75007 Paris

directeur de publication ; Jean-Pierre Rosnay

site : http://www.franceweb.fr/poesie/

Le Club des Poètes, fondé en 1961 par Jean-Pierre Rosnay, a pour vocation de " rendre la poésie contagieuse " et la revue trimestrielle " Vivre en poésie " prolonge la convivialité des soirées du Club. Elle veut entretenir la mémoire de la poésie officielle mais aussi donner une chance à des auteurs peu connus. Jean-Pierre Rosnay s’indigne régulièrement que de bons auteurs restent dans l’ombre alors que d’autres doivent leur notoriété à leurs bonnes relations. La ligne éditoriale est plutôt " classique et bon enfant " et l’on déplore parfois que le ton soit celui de " la poésie de papa ". Mais " papa " découvre des perles et encourage les talents prometteurs. On ne peut que s’en réjouir. Avoir mis la poésie sur Internet au moment des balbutiements du Web français n’est pas le moindre de ses mérites.

Enfin ne manquez pas les soirées du cabaret poétique (recommandées par le Guide du Routard !) il faut y aller une fois dans sa vie ! Dès 22h : Récitations, chants, poètes classiques ou moins connus, soirée à thème ou panachée. Le programme se consulte sur le site.

Vivre en Poésie N°33 – juin 99

Un dossier sur les poètes de la guerre 14-18 : Apollinaire, Duhamel, et les textes bouleversants de Robert Graves porté pour mort alors qu’il n’était que blessé : mais je fus mort pendant une heure ou plus / je m’éveillai de l’autre côté de cette porte/ que garde Cerbère, à michemin de la route/ du Léthé selon les indications de la vieille signalisation grecque…Un article passionnant de Marie Brisson sur " Le soldat inconnu " livre des textes trouvés sur les corps des " Poilus " pour qui l’écriture fut la seule façon de donner un sens, avant de mourir, à l’horreur des tranchées : des bras restaient levés, d’autres coupés en deux/ rendaient leur moignon rouge en un geste hideux/(…) J’ai mal maman… maman…Mon Dieu, je vais mourir/ (Anonyme mars 1917)

En poésie internationale, beaucoup de découvertes et d’excellents textes.

Le poète polonais contemporain, Maciej Niemec voit dans la quête et le questionnement la vocation principale du poète : Connais-tu les mots justes ? Si tu les cherches,/ je ne te dirai que cela : ne les cherche pas trop loin./ Ils sont là où tu es, s’ils existent. En t’éloignant trop loin./ tu devras chercher plus loin encore./ Conseil à suivre!

Slavko Mihalic, poète croate très prolixe vient de publier ses œuvres complètes à l’occasion de son 70ème anniversaire et Vanda Miksic nous livre une traduction française d’une journée impétueuse : Tu t’installes en moi comme si je t’avais appelée./ Tes oiseaux dont les fous devant ma porte/ comme s’ils étaient nés ici,/ et le soleil- cet impudent- éventre les barreaux/ et les rideaux de fenêtres/

Marin Sorescu, poète roumain traduit par Constantin Frosin et publié chez l’Ancrier : je considère toute chose par deux fois/ une fois pour m’en donner à cœur joie/ et une autre pour m’attrister.

Ahmed Skif, algérien, publié aux éditions " Autres temps " : Ce pote qu’on gifle/ et qu’on frappe/ un pistolet armé/ Sur la tempe/ c’est moi/ (…) Ce n’est pas juste/ alors prends ce coup/ cet autre encore/ Et va dire aux pouilleux/ que les flics aiment la poésie/ armée jusqu’aux dents/

Mireille Seasseau ramène de son voyage dans le désert les poèmes de Isamël Guey, instituteur mauritanien : Rose et rouge à égale lumière/ je regardais debout/ la boule d’or disparaissait/ à perte de vue/ Rose et rouge à égale lumière.

Derek Mahon, irlandais de Belfast, traduit par Claude Meunier : Je gis ici dans une orgie de soleil/ regardant l’aurore et les nuages dériver/ tout ira bien.

Par contre, je suis un peu déçue des poètes " d’ici ", même s’il y a pas mal de " cyber poètes " confirmés et des familiers d’Ecrits vains : Nath, Martine Morillon-Carreau, Maria Labeille, Hélène Soris, Jean Barbé, Mireille Seasseau, Etienne Pinat, Laurence Sainte-Mareville, Victor Martinez. Mais, connaissant ces auteurs, je les sais capables de mieux.

Je salue cependant le talent de Jean-Luc Wronski et ses photos de vacances " en strophes rimées: Bataille d’écume enfantine/ salves de gouttes qu’illumine/ un éclat de soleil hors champ/ Château de sable terminé/ comme presqu’île dominée/ par les deux jambes d’un géant/ (…) Bébé au bain, bébé barbote/ bébé boit la tasse et sanglote/ C’est Simon il y a trente ans/ Une silhouette imprécise/ devant le proche de l’église/ Cette énigme est en noir et blanc.

A lire : Balancement, une beau texte de Jean Barbé, ainsi que Vénerie arabe de Victor Martinez, le poème d’Odile Rougé, le court texte d’Etienne Pinat.

Xavière Remacle


Vivre en Poésie n° 32 – juin 98

Ce numéro m’est parvenu bien tard mais cela valait la peine d’attendre. Les pages de mon numéro sont toutes cornées : c’est bon signe. J’ai marqué les textes qui m’avaient séduite. Il y en a beaucoup. Dans le désordre : Paul Bézard, Maria Labeille, Odile Rougé, Jean-Luc Wronski, Reine Bud-Printems, Jacques Brossard, , Jean Barbé, Blaise Rosnay, Isabelle Jousseaume, Céline Varenne, Fabienne Massiani-Lebahar, Marie Brisson : faisceau posé sur les flots je t’attrape et te kidnappe/ (…) je sais tu vas retrouver celui qui très loin va t’emmener vers d’autres promeneurs de galets.

Mon coup de cœur va à Anne Le Coz : Nous deux/ si malcommodes à apprivoiser par nous-mêmes/munis pourtant/ de cette commune certitude/ il reste en nous des hypothèses à confirmer, / des cieux à franchir/ des terres/ inattaquables.

Un dossier consacré à Louise Labé, l’ardente poétesse de la Renaissance. Une poésie de forme classique (nous sommes au 16ème S) qui défend des valeurs indémodables: le droit des femmes à la passion. Il y a encore des pays, où l’on se fait brûler au bûcher pour moins que ça ! Je vis, je meurs : je me brûle et me noie,/ J’ai chaud extrême en endurant froidure ;/La vie m’est trop molle et trop dure,/ J’ai grands ennuis entremêlés de joie./

 

Xavière Remacle