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De l'autre côté brûlé du très pur

par Salah Stétié

présenté par Marie Bataille

 

Editeur : Gallimard

Prix : 85 F.F.

 

J'ai découvert Salah Stétié grâce à Poésie Première qui lui consacrait de fort belles pages dans son numéro 11. Ce fut pour moi une révélation, un véritable coup de foudre.

Né au Liban, à Beyrouth précisément, en 1929, Salah Stétié a choisi de s'exprimer en français, pour le plus grand bonheur de notre langue.

Son recueil, De l'autre côté du très pur, est en fait un seul long poème déclinant des séquences qui s'enroulent les unes autour des autres… dirai-je un cheminement ? Sans doute car le poète nous promène dans les brûlures d'un pays rouge et clair où se mêlent douleur et lumière, nostalgie de l'enfant rêvé :

Et l'arbre de bleu pur
Si pur est-il dans la douleur de l'arbre
Comme est raisin la mer
Lavée et relavée
Pour que brille parfois l'obscur et le solaire
Cruellement avant l'enfant qui nous est nuit

La poésie de Salah Stétié est musique pure, puisant sa force dans la source orientale des textes sacrés. Le poète prête sa voix aux forces antagonistes du cosmos dans une langue dont la concision confine à l'épure, d'une justesse rarement égalée :

Et le voici l'enfant qui tourne au songe
Traînant l'éclat de ses colombes déchirées
Dans la lumière naturée de ce monde
Où si mêlées et si démêlées ses colombes
Qu'elles semblent neige, et vives, et ombres vives
Sur le visage de l'enfant indéchiré

D'un poème à l'autre, les mêmes mots reviennent, lancinants, douloureux et tendres, ouvrant à chaque fois des fleurs nouvelles dans ce jardin qui est le sien :

"Sombre et doré de vent est l'enfant mort…"


"Sombre et doré de monde est l'enfant mort…"


"Brûlant selon l'esprit…"


"Dans la brûlure de l'esprit l'étoile…"


"Et la brûlure de l'esprit jusqu'aux racines"

Mais à trop parler de la beauté, il se pourrait bien qu'on l'altère. Je n'en dirai donc pas davantage sinon pour laisser parler ce grand poète :

Œuvrée comme est douleur

De femme attendant l'aube

Attendant l'aube et ses rosées qui tombent

Près du ruisseau de la beauté de la substance

Soleil passé les cils

Et les nuages bleus des confusions

Passé les cils entremêlés des confusions

Ton corps de blé torride

Ton corps de blé brûlé de gel

Colombe ouverte gorge

Habitant invisiblement ces maisons

De ce côté si pur de la poussière

Où nous dormons avec nos lampes filles

Et seulement nous garde

L'oiseau d'icône vide

Marie Bataille, 25 juillet 99