Armand Monjo
Lettres du jardin
Editions Alain Benoît, 2000.
15 euros

 

 

 

 

 

par   Anita Beldiman-Moore

22 ans c'est le bel âge.
Celui du Marché de la poésie. Bien sûr, les organisateurs se disent chaque année plus désargentés et incapables de reproduire la rencontre si cela continue. Bien sûr les exposants trouvent qu'ils payent déjà beaucoup trop cher ces baraques de bois vert, serrées comme des sadrines dans leuboîte, surtout qu'on n'y vend pas, ou peu, en tout cas pas assez.
Mais tous se retrouvent pour dire que c'est un formidable espace de rencontre.
Vendredi 25 juin 2004 dans la fraîcheur du soir et dimanche 27 sous un soleil de plomb qui tiédissait jusqu'à l'eau de la fontaine de la place Saint Sulpice,j'y ai retrouvé mes amis, mes camarades, ceux dont j'admire le travail et qui rejoignent le mien...

Ainsi Alain Benoït petit éditeur provençal dans son "exil" gardois. Petit ! Voilà que j'use de cette typologie imbécile qui hiérarchise par chiffre d'affaire ou plan comptable. Alain Benoît est bien un grand éditeur. Chez lui, chaque collection existe d'abord dans la forme : typographie, format, couleur, grain du papier ; c'est un bel objet.

J'avais découvert cet éditeur avec Lucie Petit qui a publié "Mosaïques" dans la collection Raffia. C'est donc tout instinctivement que ma main a pris, feuilleté et choisi un recueil de la même collection. Ce n'est que lorsque Alain Benoît me le fit remarquer que je réalisai qu'il s'agissait du tout premier texte publié dans cette collection.

"Lettres du jardin" d'Armand Monjo est une édition posthume de très beaux textes de celui qui fut cousin de René Char et aussi un grand poète.
Par touches successives et circonvolutions, Armand Monjo décrit la vie et la mort du jardin en été, avec en creux, l'absence de son double, de sa femme, qui se dessine jusqu'au cataclysme de l'orage.
Il parle du jardin bien sûr... et puis ?

"Nous savons
déjà que demain matin chaque flaque sera soleil
ébouriffé,
que le soir, l'orage oublié,
il suffira d'une fenêtre ouverte pour tenir la lune
dans le creux de la main
(comme un fruit vert)."

"Dans l'air embrasé,
des souvenirs de nous vibraient vers le haut,
plus étroitement enlacés qu'
ipomée
ou
volubis.
(...)
Mais dans ce coin du jardin
où ne pénètre jamais le soleil,
l'ombre du tilleul abritait toujours l'interrogation
humide
des fougères ..."

"Cette trop longue canicule nous épuise.
Malgré mes arrosages, les fleurs sont pressées de vieillir ...
Dans la campagne,
l'herbe trop sèche explose en sauterelles.
(...)
Mais
on sent quelque part que les dés sont jetés.
Et le coeur n'y est plus ...
La fêlure de l'air est en nous ..."

"     Le feu de bois craque, ronchon.
Le chat, cercle parfait,
épouse son coussin,
lové dans son secret.
Il sait que je t'écris ;
il lève la tête,
nous nous regardons en silence :
nous pensons que bientôt, dans la maison vide,
       la pendule
       va s'arrêter."

Mais tout en définitive se résume en cette phrase splendide :

"La loi
c'est qu'il faut vivre à corps heureux."