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"Un poète
doit laisser des traces de son passage, non des preuves.
Seules les traces font rêver"
René Char - En trente-trois morceaux et autres poèmes
-
Gallimard (Poésie n°310), 1997
J'ai
découvert Lucie Petit à l'occasion du Théma,
"Ailleurs". Elle m'avait envoyé le texte suivant
:
il
prend son baluchon un bonnet de vent et des mots en écharpe
au fond de sa poche une bille un parfum une ivresse et la
douceur fanée d'une joue de grand-mère sur
la route il rencontre trois éléphants blancs
une tasse de porcelaine craintive un napperon de dentelle
une pendule à balancier qui regarde constamment derrière
elle pour vérifier si elle n'a pas perdu une minute
un escargot qui mesure le chemin sur son mètre déroulant
il marche marche le coeur dans les souliers sans compter
les cailloux qui cachent des regrets sans suivre les espoirs
qui tombent dans le ravin se retrouve devant une porte il
l'ouvre et dans un immense miroir il voit un type usé
fatigué avec un
baluchon un bonnet de vent et des mots en écharpe
au fond de sa poche une bille un parfum une ivresse et
la douceur fanée d'une joue de grand-mère
une route et trois éléphants blancs une tasse
de porcelaine un napperon de ..........................
Il
y avait dans ces mots tant de simplicité et de tendresse,
avec, comme la pointe de sel dans un gâteau, un certain
exotisme du quotidien, que je suis tombée sous le charme.
Je le lui ai dit et en réponse elle m'a envoyé
son recueil de poèmes Mosaïques aux
éditions Alain Lucien BENOIT (Rochefort-du-Gard), n°16
de la collection Raffia.
Alors
aujourd'hui je vais tout simplement essayer de vous transmettre
le plaisir pur que j'ai éprouvé à le lire.
D'abord parce que cette collection est un bonheur. Le livre
est un objet de beauté à lui seul : un papier
d'une qualité rare, une typographie gourmande et ces
deux liens de raffia qui ne lient rien sinon le plaisir de l'auteur
à celui du lecteur.
Et
puis après avoir éprouvé la douceur chaleureuse
du papier, on ouvre le recueil et on lit :
elle
tourne une à une les pages de sa vie entre les lignes
flotte une odeur d'asphalte et de terre Quelques notes montant
de la vallée sèment leurs sortilèges
aux fenêtres et des mots lus autrefois s'inscrivent
au fond des miroirs l'imaginaire remplit l'armoire a linge
aux senteurs de thym et de cannelle Parmi quelques nuages
un morceau de soleil emballé dans les dernières
feuilles de l'automne le facteur vient de laisser un
paquet
au
guetteur de mots
Il
tire la couverture à lui oubliant qu'à la
fraîche j'ai besoin d'un nuage à remonter sous
le menton La lune entre par la fenêtre pour jeter
son or sous mes paupières
Insolite
l'ombre d'une chouette s'étale sur le mur, ailes
ouvertes et j'imagine la décoller et la tirer sur
le lit pour me blottir sous l' ombre des plumes
la
chouette
une
plume s'ennuie dans la poussière au-dessus de l'armoire,
rêve d'aigle aux confins du ciel ; bataille d'oreillers
ailes d'ange Par la fenêtre ouverte entre une brise
mutine qui lui donne un baiser sur le nez ébouriffe
la lumière chante un air au miroir tourne la page
et s'en va, la plume accrochée, à sa queue
la
poussière s'ennuie au-dessus de l'armoire
plume
vole
Et,
telle cette fine poussière qu'on imagine diamantée
par un rayon de soleil, les mots de Lucie se posent sur nos
yeux et nous éblouissent l'âme.
Cela
a réveillé en moi des échos de Claude Roy
notamment dans son recueil Poèmes à pas
de loup, 1992-1996 (Gallimard, 1997) :
(...)
On pourrait prendre à deux mains le jour
et le tordre comme on tord une serpillère trempée
Il est peut-être dix heures ou un peu plus
La lumière sombre saute......Ventre
de truite hors de l'eau
lumière soudain vive.......couleur
d'argent très clair
La brume goutte à goutte s'est retirée de l'air
et le soleil chante en silence......répétant
Je suis là
Sous le vieux pommier tors d'où il pleut des pommes
trois grives un peu sorcières font ripaille de fruits
(...)
Matinée
Et
cela ne m'a pas surpris le moins du monde d'apprendre que Lucie
Petit "aime
l'absurde (non-sense) et la fantaisie, l'imaginaire"
qu'elle puise chez ces écrivains qu'elle admire : "Lewis
Carroll, Maeterlinck, Italo Calvino et plus récemment
Christian Bobin (pour sa prose poétique)". Pas
plus que cela ne m'a surpris d'apprendre que son amour du beau
texte jusque dans le papier qui le porte s'accomode difficilement
de publications en ligne (et je peux vous dire que ses textes
mis en page au cordeau sont presque impossibles à reformer
sur une page web).
Jamais
en effet recueil n'a mieux mérité son titre :
Lucie choisit ses mots avec la patience et la minutie d'un artisan.
Comme ces minuscules éclats de résine ou de faïence
qui forment une mosaïque. Le tout entrecoupé d'illustrations
originales de l'auteur :

Marie
Bataille me faisait remarquer qu'avec l'âge je versais
dans le minimalisme. Et c'est vrai, j'aspire à une poésie
dépouillée, réduite à son essence.
Mais la poésie de Lucie Petit illustre mieux qu'un long
discours à quel point une poésie dépouillée
peut être riche et foisonnante. A quel point un seul mot
choisi, poli, retourné et placé juste à
la place qui lui est dévolue et qui ne saurait être
une autre, porte en lui un univers entier.
Anita
Beldiman-Moore
Lucie
Petit a également auto-édité d'autres recueils
mêlant poésie des mots et poésie des formes
:
INSTANTANES
8 poèmes sur papier à cuve
1 dessin (6,20€)
JE
TE DONNERAI
poème en 6 chants sur papier velin à la cuve
plié au format 20x22 cm
sur papier bleu et blanc (18,59€)
sur papier blanc (13,63€)
QUELQUES
MOTS...
PRESQUE RIEN
7 poèmes sur papier calque
une fois monté, se présente comme un parapluie
sur bambou (7,44€)
4
COULEURS
bleu jaune rouge noir
4 mini-livres illustrés par l'auteur
sous étui - papier blanc (16,11€)
FLEURS
DE LUNE
conte poétique dialogué en deux scènes
couverture décor original sur papier Countryside 15x17
cm (7,39€)
LE
TEMPS SE BRODE AU POINT DE SAISON
poèmes à suspendre sur papier à la cuve
orné de fils au point lancé 16,5x20,5 cm (33,47€)
"
accablée
la nuit pleure
éparpille ses mouchoirs de dentelle
que le matin compatissant
pique de perles
irisées
force tranquille d'un enchanteur
face aux rêves malfaisants"
OMBRE
coll. Conte de fraises des bois à savourer du bout
des doigts
36 pages sur papier Countryside 15x17 cm imprimé et illustré
par ordinateur
40 exemplaires numérotés (9,50€)
"...
je cours sans me retourner pour échapper à cette
ombre que je sens là dans mon dos, prête à
frapper, prête à mordre, à me dévorer
toute entière... "
Je
voudrais également souligner ici le courage et la passion
de l'éditeur de Mosaïques et vous
engage à écrire pour lui demander le catalogue
de ses publications : on sent là aussi l'amour du texte
et du travail d'artisan.
Alain
Lucien BENOIT
912 chemin de bel-air
30650 Rochefort du Gard
04.90.31.72.18
06.15.80.39.06
abedition@waïka9.com
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