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Enseignement de l'aube

par Daniel Leduc

présenté par Marie Bataille

Paru aux Editions EDITINTER
dans la collection "l'échappée belle", dirigée par Robert Dadillon

Adresse :6, square Frédéric Chopin
B.P. 15

91450 SOISY-SUR-SEINE

Prix : 60 F / 9,14 euros



Le recueil de Daniel Leduc est préfacé par Jean Rousselot, ce qui n'est pas anodin et il est accompagné de superbes dessins exécutés par R.V. Miloux.
Le titre même du recueil est suggestif : Enseignement de l'aube. L'aube est une frontière, déjà, et, à ce titre, elle invite à un parcours. Parcours initiatique et symbolique re-liant la nuit et le jour. Elle est ouverture, invitation. Nombre de poèmes dans le recueil mettent l'accent sur le thème du parcours. Il suffit, d'ailleurs, de lire le poème d'ouverture :

Mon premier regard sur ta source
fut ciselé dans la brise
qui plissait l'ombre des oiseaux morts.
Ton corps n'avait d'écueils
qu'immensité du temps,
que perfection des vagues.
Il s'approchait de mon attente
par son voyage et son exil,
par le flux qui s'abandonne
au reflux.
Et ton aurore s'exaltait
sous les branches
d'un arbre aux mille soleils.


L'aube est ce moment fragile, éphémère, qu'il s'agit de saisir tant qu'il est encore sur la corde ténue du temps et de l'espace,. Elle est, comme le dit Daniel Leduc : Ce matin [qui] parle encore des empreintes du soir / lorsque tout se déchire en se tissant de rêves. Il s'agira, alors, de "Communiquer l'aube au regard qui se ferme, / afin que la vision soit plus forte que l'obscur, / que la flamme existe au cœur même de l'abîme." C'est bien de cela qu'il s'agit : saisir au vol ce moment originel, pour aller vers l'essentiel, vers soi, vers l'homme : Le matin te confie la légende du verbe ; / et le soir t'ensorcelle / dans son antre de ciel.
Je citerai encore ce poème qui parle de lui-même :

Au-dessus de l'arbre, la nuit s'évapore
dans son essaim de ciel.
Il est temps d'abriter la parole,
de cueillir le chant des oiseaux insulaires.
D'écouter le regard de l'enfant qui prodigue
son espoir en d'autres temps songés.
D'aborder la rive qui s'écarte des rives,
de suivre les pas qui ne se suivent pas.
D'emporter loin de soi ses autres certitudes,
ses autres promesses.
Il est temps de lever son corps vers la lumière,
d'ouvrir ses mains
à d'autres lendemains.


La quête, pour le poète, est le chemin de la parole, celle qui permet la fusion et qui traverse les transparences. C'est pour cela que le poète est seul. Il a besoin du silence pour mieux y voir.
Voici le dernier poème du recueil. Il rassemble les thèmes abordés au fil des pages :

Toi l'Homme,
assis sous l'arbre de l'ombre,
ta parole prend essor dans l'écho
que te renvoie l'aube.
La paix est un seuil
près du cri ;
la sagesse allie l'eau et le feu.
Derrière le vent est l'oiseau ;
derrière l'oiseau est le silence,
le chant immobile du temps.

Je terminerai en citant le poète lui-même. Voici ce qu'il nous confie, parmi les quelques lignes qui figurent en quatrième de couverture : "L'aube signifie que l'être est perfectible, qu'il peut - par la lune ou le soleil - tourner son regard vers la transcendance."

Marie Bataille