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La pluie danse sur le toit

par Emmanuel Hiriart

présenté par Marie Bataille

Paru aux Editions EDITINTER
dans la collection "l'échappée belle", dirigée par Robert Dadillon

Adresse :6, square Frédéric Chopin
B.P. 15

91450 SOISY-SUR-SEINE

Prix : 60 F / 9,14 euros

 


Quand Robert Dadillon m'a envoyé, il y a tout juste quelques jours, huit recueils de poésie, j'ai commencé par ouvrir celui d'Emmanuel Hiriart. Pourquoi celui-ci, précisément ? Pour savoir ce qu'un "ours des Pyrénées" pouvait bien avoir à dire? Que les nouveaux arrivés sur le site se rassurent. Je ne me permettrais pas d'employer cette expression si elle ne m'avait été suggérée par Emmanuel lui-même, il y a maintenant quelques mois. Peut-être était-ce, tout simplement, pour suivre le parcours d'un des anciens d'"Ecrits… vains ?"…
    Toujours est-il que c'est le premier que j'ai ouvert, à la première page. On lit une dédicace : "Pour Mamie". Sobre, simple, enfantine.
    Après cela, on entre dans le recueil. J'y suis entrée avec la simplicité à laquelle m'invitait la dédicace. Je n'ai pas refermé le recueil sans aller jusqu'au bout. En le refermant, j'avais les larmes aux yeux. J'ai dit à Jacques : "C'est bouleversant.". Il me semble vain de chercher d'autres mots. On peut, tout au plus, essayer de comprendre pourquoi le poète suscite pareille émotion et j'insiste sur le verbe "essayer". Il serait vain de vouloir faire le tour du recueil. Je me suis simplement demandé pourquoi j'étais dans cet état, en refermant le recueil. Où donc était la magie ? Mais il est difficile d'évoquer la magie sans la partager. C'est pourquoi je donne à lire le premier poème de la première des trois sections :

Il reste une chambre blanche
Un lit,
Deux chemises dans l'armoire
Son corps sur les draps froissés
Creux.

Un verbe suivi de quelques compléments. Pas davantage. L'essentiel. L'émotion nue, sans fioritures. Et, pour le lecteur, déjà, le creux dans l'estomac, qui reste.

    Plus loin, l'œil du poète capte les images de la vie qui continue sans elle, images cruelles à force d'être simplement dérisoires comme dans ce poème :

De la fenêtre du train
Sérénité des bruyères
Sèches sous les pins
Sur le chemin des obsèques.
Les heures ne savent plus
Ecrire
Elles chantent
Comme des enfants.
Sur le quai de la gare
Une petite fille
Saute à la corde.


    La seconde section du recueil nous déplace dans un autre lieu : le funérarium. Le dernier poème de la section tire le rideau sur l'épisode et se clôt sur deux vers qui font écho au titre :

Fin du spectacle.
On a tiré le mur du fond.
On redescend la tête,
Lentement,
Comme un objet fragile.
Deux employés
Posent le couvercle,
Le vissent,
Scellent le cercueil.
La mort
Fait rouler ses dés
Sur le toit.


    Les chutes sont souvent très belles. Aucun artifice gratuit. Une épure. On ne trouve nulle part le travail du poète. C'est là qu'est l'art. On n'atteint pas aussi facilement une telle simplicité. Il n'est rien de plus difficile.

    Pour rester encore un peu en compagnie d'Emmanuel Hiriart, je ne résiste pas au plaisir de vous donner à lire l'un des derniers poèmes du recueil :

Elle a regagné la nuit :
C'est ici la terre sans lieu,
La très profonde et silencieuse,
L'intime étrangère,
Le pain des morts au cœur de braise,
L'hostie de cendre.


    Et l'ultime, enfin. J'espère qu'Emmanuel ne m'en voudra pas trop :

Dans la maison vide
Le voleur n'a rien pu prendre
Il voulait la lune
Il a trouvé le chat
Venu chercher dans la chambre
La morte qu'il aimait
D'un amour de marmiton
Le voleur s'en est allé
Sur la pointe des pieds
Le chat s'est réveillé
Dans les bras creux de la lune
Sur le parquet ciré.


    Voici un recueil que je relirai souvent. Simplement parce que je sais que l'émotion n'est pas en moi, mais dans la parole du poète. Merci pour ces moments, Emmanuel.

Marie Bataille